MTK d'espèce

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Roland Merschel

Il y a tout juste 50 ans, le Racing disputait ses premiers matchs de coupe d'Europe. Et recevait à cette occasion la plus grosse gifle de son histoire.

Sans Remetter ni Koza
Tandis que la France est sous le choc après un attentat le 8 septembre contre le général De Gaulle, dont il sort indemne, l'actualité sportive de la rentrée 1961 concerne l'équipe nationale de football : le mercredi 13 septembre, elle affronte le Servette de Genève au Parc des Princes, tandis que l'équipe B est opposée au Standard de Liège en lever de rideau.
Une double confrontation amicale qui n'est pas sans conséquence pour le Racing. Le club strasbourgeois doit en effet disputer, le même soir à la Meinau, le premier match européen de son histoire contre le MTK Budapest, en étant privé de son gardien François Remetter et de son avant-centre Casimir Koza, tous deux convoqués par le sélectionneur national. Koza sera d'ailleurs buteur face à Liège.

Engagé en Coupe des villes de foire
Si Monaco dispute la Coupe des champions face aux Glasgow Rangers et Sedan la Coupe des coupes face à l'Atletico Madrid, le RCS et l'Olympique Lyonnais sont quant à eux engagés en Coupe des villes de foire.
Cette compétition, ancêtre de la coupe UEFA, aujourd'hui Ligue Europa, était, comme son nom l'indique, réservée aux villes européennes accueillant des foires internationales et cela indépendamment de leur classement en championnat.
Créée en 1955, la première édition s'était déroulée sur trois ans, afin de coïncider avec les dates des différentes foires organisées partout en Europe, et opposait des sélections de joueurs issus des meilleurs clubs des villes engagées.
Au cours de cette première finale, Barcelone prit le meilleur devant Londres (2-2, 6-0) : mais si la sélection anglaise comprenait bien onze joueurs de différentes formations londoniennes (Arsenal, Chelsea, Tottenham, Fulham, etc.), la sélection espagnole était en réalité composée de 10 joueurs du Barça, renforcée d'un seul joueur de l'Espanyol Barcelone.

Le MTK, une belle équipe
En 1961, pour la quatrième édition de l'épreuve, dans une formule plus classique, la compétition est réduite à une seule saison, et permet l'entrée en lice du Racing, tout juste promu en première division. Les Strasbourgeois doivent donc affronter en 16ème de finale le MTK Budapest, troisième du dernier championnat hongrois.
Si les résultats du RCS depuis le début de la saison sont plutôt encourageants (3 victoires, un nul et une défaite), la confrontation semble déséquilibrée face à une des meilleures équipes hongroises, 18 fois championne du pays, victorieuse de 8 coupes nationales et qui comprend dans ses rangs deux titulaires en sélection nationale : Ferenc Sipos (défenseur central) et Karoly Sandor (attaquant), plus de 100 sélections à eux deux et présents à la Coupe du Monde 1958.
« Notre entraîneur Emile Veinante ne jurait que par les jeunes joueurs, et laissait les plus expérimentés sur la touche » se rappelle Roland Merschel, milieu de terrain du Racing ; et ce manque d'expérience risque de coûter cher face à une formation que les Dernières Nouvelles d'Alsace annoncent comme jouant « un football classique à la fois spectaculaire et efficace. »

Une première à la Meinau
Comme il se doit, le séjour de l'équipe hongroise en Alsace débute par une visite à la foire européenne qui se tient au même moment au Wacken.
Les joueurs et les dirigeants s'y trouvent le matin du match pour une réception en leur honneur, présidée par le secrétaire général de la foire, avant d'être conviés à déjeuner sur le stand Kronenbourg pour y déguster les spécialités alsaciennes et y boire quelques verres de bière.
Suffisant pour déstabiliser l'équipe adverse à quelques heures du match ? Malheureusement non. D'après le compte-rendu paru dans les DNA, le Racing fait illusion durant les dix premières minutes de la rencontre, grâce notamment à Casimir Novotarski qui se crée la première occasion après avoir dribblé deux adversaires ; mais les Hongrois prennent ensuite le dessus.
François Mateo, le fils de Paco Mateo, titularisé dans les buts en l'absence de Remetter, réalise plusieurs bons arrêts jusqu'à la 20ème minute de jeu où il doit s'incliner une première fois face à Istvan Szimcsak, puis trois minutes plus tard devant Karoly Sandor.
0-2, ce sera le score logique à la mi-temps, car si ce n'est sur un coup-franc tiré par Roland Merschel, meilleur joueur alsacien de la rencontre d'après le journal, le RCS n'a pu réellement inquiéter la défense hongroise.

Lachot, premier buteur
Les Alsaciens offrent cependant une deuxième mi-temps de meilleure qualité et sont récompensés à la 73ème minute : après un corner de Charles Isel, une frappe sur le poteau et un cafouillage dans la surface, Jean-Michel Lachot place une tête victorieuse et devient ainsi le premier buteur de l'histoire du Racing en Coupe d'Europe.
On pense un moment que le RCS pourra revenir à égalité, mais dans les derniers instants de la rencontre, l'avant-centre hongrois, Istvan Kuti, rajoute un troisième but après une erreur de Robert Jonquet.
« Les amateurs du beau jeu et du football classique ont été largement servis par les footballeurs de Budapest » constate le journaliste des DNA, tout en regrettant la faible affluence de ce match disputé en nocturne à la Meinau : 3401 spectateurs seulement.

Polémique au sujet de l'éclairage
Mais après cette victoire, les Budapestois n'en ont pas tout à fait fini avec l'Alsace. Le lendemain matin, on les retrouve en visite à la Brasserie de l'Espérance à Schiltigheim. Au programme : bière et saucisses alsaciennes. Le Président de la brasserie leur remet également à chacun une cravate de marque et une chope de bière en grès. Bref, tout porte à croire que les Hongrois ont, à tout point de vue, bien apprécié leur visite en Alsace.
Du côté du Racing, l'ambiance est moins sereine et on doit faire face à une polémique liée à l'éclairage du stade que beaucoup de spectateurs et de journalistes, en particulier ceux des DNA, considèrent comme trop faible.
Immédiatement, Electricité de Strasbourg publie un communiqué dans le journal régional pour préciser que « les installations sont alimentées par un poste de transformation du Racing et qu'il appartient à celui-ci de choisir la tension convenable. »

Retour au Nepstadion
Pour le match retour, quinze jours plus tard au Nepstadion de Budapest, Emile Veinante récupère Remetter mais est à nouveau privé de Koza, retenu en équipe de France pour disputer le match qualificatif à la coupe du Monde 1962 face à la Finlande.
Devant 25.000 spectateurs, le Racing fait le plus souvent jeu égal en première période, d'après le journaliste des DNA, mais seulement au milieu de terrain. Les joueurs locaux étant bien plus efficaces dans les surfaces de réparation, ce qui se concrétise par deux buts dans le premier quart d'heure de jeu grâce Kuti et Sandor, puis un troisième signé Janos Molnar à la 37ème.
Dans l'intervalle, le Racing est parvenu à répliquer par l'intermédiaire de Pierre Nabat, à la 21ème minute.

Une déroute inédite
Le score à la mi-temps est donc de 3-1 mais le RCS va connaître une véritable débâcle au cours de la seconde période en encaissant 7 buts en 38 minutes. Frappes de loin, actions construites, mauvaises relances alsaciennes, les Hongrois s'en donnent à coeur joie face à des Alsaciens totalement absents.
Même le gardien strasbourgeois, d'habitude très performant, rate complètement ses interventions d'après les DNA : « la cage a été mal gardée par Remetter, qui a laissé passer plusieurs tirs lointains et d'apparence assez anodins. »
Seul moment de répit, ce penalty transformé par René Hauss à la 75ème minute suite à une faute subie par Jean-Michel Lachot.
Alors comment expliquer un tel revers ? Si Roland Merschel reconnaît la qualité de l'équipe hongroise, il s'interroge sur l'état physique dans lequel lui et ses partenaires ont disputé cette rencontre : « nous étions tous complètement dans les vapes. J'ai particulièrement gardé en mémoire François Remetter, notre gardien, d'ordinaire très bon, qui ce jour-là a encaissé des buts sur des frappes de 35-40 mètres en restant figé sur sa ligne. C'était très bizarre, d'autant qu'au cours du match de lever de rideau, l'une des deux équipes était elle aussi totalement passive. »

Onze matchs sans victoire
Après cette rencontre surprenante, le MTK Budapest continuera son chemin dans cette Coupe des villes de foire jusqu'en demi-finale, où il tombera face au futur vainqueur de la compétition, le FC Valence.
Du côté du Racing, ce score final extrêmement lourd (13-3 sur l'ensemble des deux matchs) est difficile à digérer et la presse alsacienne ne manque pas souligner le manque de combativité de l'équipe. Cette déroute laisse bien sûr des traces, puisque le RCS va aligner onze matches sans victoire, en commençant dès le dimanche suivant par une défaite à domicile dans le derby face à Metz (0-1).
Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, on apprend le 1er octobre que l'arrivée de l'international allemand Klaus Stürmer (champion d'Allemagne avec Hambourg en 1960) - et qui avait déjà été présenté au public de la Meinau - a dû être annulé suite au refus de la ligue allemande de le libérer.
Finalement, en toute fin de saison, après le limogeage d'Emile Veinante et son remplacement par Robert Jonquet, le RCS se sauvera d'une relégation qui lui semblait promise et saura bientôt effacer l'humiliation hongroise : trois ans plus tard, dans cette même Coupe des villes de foire, le Milan AC, le FC Bâle et le FC Barcelone tomberont tour à tour face à Strasbourg.


Sources


- Archives des Dernières Nouvelles d'Alsace ;
- Roland Merschel, que l'on remercie pour ses réponses.

filipe

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