5 ans après : retour sur Montpellier-Racing

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Par kitl
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Il y a aujourd'hui cinq ans, le 29 mai 2009, vaincu à Montpellier, le Racing Club de Strasbourg disait adieu à une remontée immédiate en Première division. Retour sur une journée tragique et néanmoins mémorable.

(La première personne du singulier risque d'être souvent mise à l'honneur, un souvenir étant par nature subjectif)

Putain, cinq ans. Cinq ans que le Racing trébucha au cours de ce que l'on n'appelait pas encore une « finale », emporté par la furia héraultaise. Un match, un déplacement qui marquera une génération de supporters, ceux qui ont vécu plus de déceptions que de bonheurs en compagnie de leur club. Avant de retracer le fil du 29 mai 2009, quelques éléments de contexte.

Michael Jackson est alors attendu en tournée, il se livre à une préparation médicale très poussée. Le Festival de Cannes vient de rendre sa copie, Isabelle Huppert choisissant de récompenser Le Ruban blanc de Michael Haneke. Blanc, c'est aussi le nom de l'entraîneur qui mettra bientôt fin à la domination lyonnaise sur le championnat de France que rêve de retrouver le Racing. L'Equipe du 29.05.2009 fait d'ailleurs sa Une sur le maître à jouer girondin : « GOURCUFF VOTE BORDEAUX » avec la manchette « Grande nouvelle pour le club, la Ligue 1 et tout le football français : Yoann Gourcuff a signé un contrat de quatre ans en faveur des Girondins. De quoi leur donner un moral d'acier avant le match, décisif pour le titre de champion, qu'ils disputeront demain soir à Caen. » Autre petit titre en bas à droite de la page, « Montpellier a les clés ».
Dans le reste de l'actualité et sans transition, Rafael Nadal est encore invaincu à Roland Garros. Denis Menchov s'achemine vers la victoire dans un Giro d'Italia marqué par les exploits stupéfiants du revenant Danilo Di Luca. Le quartier du Port du Rhin se remet à peine du sommet de l'OTAN, tandis que « les paradis fiscaux, c'est terminé » depuis le sommet du G20 à Londres. Les élections européennes approchent, en plein flou institutionnel consécutif au référendum du 29 mai 2005 (tiens, cette date ; si vous en voulez encore c'est le jour du Heysel en 1985. Ou bien du 6-0 infligé au Racing par Nice en 1990). Et ce vendredi 29, la snowboardeuse Karine Ruby trouva la mort dans les Alpes. C'est quand qu'on supprime ce jour du calendrier ?

Revenons à nos moutons. Le RCS vient de battre Reims (3-2) à la Meinau, le vendredi 22. L'échec à Boulogne-sur-Mer, marqué par l'entrée en jeu de [lien=http://www.racingstub.com/fiche/pe/712-romulo-marques-antonelli]Rômulo[/lien], semblait effacé. Conduit par Renaud Cohade, buteur sur penalty puis d'une frappe tendue, le Racing semble avoir verrouillé la montée avant de descendre dans le Sud. Le MHSC vient d'être tenu en échec 0-0 à Tours. Certes, la solidarité entre Ch'ti a joué à fond à Bollaert le même soir (Lens-Boulogne : 0-1), mais il suffira à Strasbourg d'obtenir un nul à la Mosson pour accéder au Graal.
Devant l'enjeu de la rencontre, le Racing met les petits plats dans les grands : le déplacement sera offert aux supporters, pour un coût estimé entre 20000 et 30000€. Débarrassés de leurs examens, les étudiants strasbourgeois sautent sur l'occasion. 78 éminents stubistes – ceux qui se sont comptabilisés sur la fiche du match – font partie de la délégation alsacienne, composée de plusieurs bus. Partie tôt le matin dans la fraîcheur meinauvienne, la nuée de maillots, d'écharpes et de drapeaux blancs et bleus traverse la France, ne manquant pas d'interloquer les passants aux aires d'autoroute. Comme souvent dans ce genre de situation, le timing prévu s'est avéré bien trop large et la colonie strasbourgeoise parvient à Montpellier en début d'après-midi. Et cela malgré un détour dû à l'indication peu efficiente des panneaux héraultais, autant qu'au sens de l'orientation du chauffeur. Certains profitèrent de l'occasion pour faire trempette à Palavas-les-Flots. D'autres prirent leur courage à deux mains (je plaisante) pour traverser le quartier de la Paillade, dont les tours cernent le stade, et sauter dans le tramway.

Le petit groupe de quatre stubistes auquel j'appartenais choisira de se prélasser dans un parc proche de la place de la Comédie (esplanade Charles de Gaulle ? Le Montpelliérain du Stub tomifan confirmera). Bières et brosse à dents sont au programme, le soleil est de la partie et le moral au beau fixe. Il est temps de converger vers la Mosson, où un important dispositif policier attend les visiteurs. Les Strasbourgeois sont dirigés vers le parcage portant le gouleyant nom de Corbières : ceux qui privilégieront la vue sur le terrain resteront en hauteur, la majorité rejoignant le petit réduit proche du terrain afin d'encourager au mieux leurs joueurs. En face la Butte Paillade est chaud bouillante, à l'image du stade et de l'hideuse tribune verticale découverte qui se dresse devant nous.

Le match en lui-même est difficile à retranscrire cinq ans après. A vrai dire, quelques flashs me reviennent, comme les deux buts montpelliérains consécutifs à deux coups-francs de Tino Costa, ou la réduction du score de [lien=http://www.racingstub.com/fiche/pe/701-kandia-traore]Kandia Traoré[/lien] juste avant la pause (suite à un cafouillage monstre dans mes souvenirs). Toutefois, le fait majeur de la rencontre est bien inscrit dans ma mémoire : le fameux penalty de Renaud Cohade arrêté par Johann Carrasso, lequel se blessera sur l'action. Ce qui offrit à Geoffrey Jourdren, borduré toute la saison, un statut de héros et la garantie d'être titularisé la saison d'après. Suivra l'occasion à bout portant de Traoré, qui sera également regrettée a posteriori. Il faudra quand même un jour le revoir ce match...
M. Bré siffle la fin et envoie Montpellier en Ligue 1. En colère, hagards, dépités par cette fin de saison ahurissante, les supporters strasbourgeois devront patienter plus d'une heure avant de pouvoir sortir de l'enceinte, sans possibilité de s'assoir ou de boire. Ils subiront le supplice suprême : celui d'entendre la joie (légitime) des locaux. Le retour jusqu'en Alsace sera un chemin de croix, commençant par un nouveau détour dans les rues de Montpellier, l'occasion de voir le stade de rugby Yves-du-Manoir. Personnellement, je ne me suis réveillé qu'à Ostheim, charmant village sis sur le tracé de l'A35 au nord de Colmar. Inutile de vous dire que l'heure de route jusqu'à la Meinau a paru interminable...

La suite est connue, les éléments sont publics. S'appuyant sur les héros de 2009, les vainqueurs de la Gambardella la même année comme Belhanda, Cabella ou Stambouli ainsi qu'Olivier Giroud ou Hilton, le MHSC de René Girard connut une série de maintiens faciles puis la joie du titre de champion de France en 2012. Au palmarès de cette saison figure également le Racing, mais pour le compte du groupe Nord-Est du Championnat de France Amateur 2. Véritable match-charnière, Montpellier-RCS 2009 marque également la fin de l'utopie Eurostadium, dont il ne manquait plus que le terrain et le financement, deux broutilles. Les panneaux verts « L'Euro 2016 à Strasbourg » continueront quelques mois de narguer les Strasbourgeois sur le parvis de la Meinau...

Je souhaitais modestement faire partager ce souvenir au plus grand nombre, la date du 29 mai 2009 étant à jamais gravée dans ma mémoire. N'ayant pas connu le titre de 1979, les barrages de 1992, les différentes finales de Coupe à Paris, ce match est longtemps resté emblématique. La virée à Epinal un dimanche de juin 2013 viendra atténuer le choc, mais la plaie montpelliéraine demeure béante...

kitl

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