Delphine Roux

17/09/2006 16:39
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Une des protagonistes du roman américain "The Human Stain" est française et mérite bien un petit traitement de faveur.
Delphine Roux est présidente du département Langues et Littératures à l'université d'Athena. Jeune, séduisante et ambitieuse, la française de vingt-neuf ans a contribué avec force à pousser à la démission le doyen Silk pour propos racistes.

Diplômée de l'école normale supérieure, où comme elle ne le cache pas "on n'en reçoit que trente par an", Delphine Roux a quitté le milieu favorisé d'une vieille famille noble pour atterrir aux Etats-unis, à Yale, précisément, qui devait constituer la rampe de lancement de son brillant parcours. Elle était parmi ses jeunes français ambitieux "parfaitement préparés, connaissant les intellectuels qui comptent, des jeunes très intelligents, immatures, dotés de l'éducation française la plus snob, se préparant à être enviés toutes leur vie" (p.235). Elle était une intellectuelle, qui s'interdit d'être frivole, si bien qu'elle cherche l'amour en se posant sur les bancs du parc ou à la bibliothèque de New York avec un livre de J.Kristeva en espérant que celui qui viendra la déranger évoquera ses lectures. A son arrivée aux Etats-unis, elle garde en elle le fait d'être conditionnée à être violemment marxiste ou violemment antimarxiste, souffrant d'un effarement congénital devant tout ce qui est américain. En effet, elle est sidérée devant ce qu'ils les amusent. Elle avait vu tout Kurosawa, tout Tarkovski, tout Fellini, eux, n'avaient vu que Star Wars, à vrai dire, elle pensait qu'en arrivant en Amérique, elle allait déchaîner des : "oh la la, une normalienne!"(p.236). Qu'elle ne fut donc pas son dépit, lorsqu'elle fut nommée à Athena, ne comprenant pas qu'aux Etats-unis, c'est différent de la concentration française et du prestige de l'incontournable Paris. A l'instar de l'Allemagne, on peut briller en tout point du pays. Malgré tout, elle allait employer tout son talent pour corriger la pédagogie fossile du doyen et ses méthodes archaïques, qui pensent, par exemple, « offrir à ces lecteurs naïfs d'une optique féministe sur Euripide est l'un des moyens les plus sûrs de leur fermer l'esprit avant même que la réflexion ait eu la moindre chance de venir à bout d'une seule de leurs assimilations imbéciles. »

La remarquable plume de P.Roth a décrit magistralement la fièvre intellectuelle jusqu'à l'hystérie d'une jeune femme brillante et immature, saturée de connaissances et sentimentale.

edit: ce roman a été adapté au cinéma pour un résultat moyennement tentant.

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