Le sort des Echos, un crève-coeur

08/11/2007 07:45
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Vous l'avez peut-être entendu le journal économique "Les échos" va passer dans le portefeuille d'un homme d'affaire français. Petit lecteur parmi les lecteurs, je suis dépité par cette nouvelle. Il y a quelques années, le magnat Murdoch a racheté le prestigieux Time Magazine et de l'avis de tous, sa qualité a décliné.
Ici bas la lettre de son rédacteur en chef.
Aujourd'hui, après deux jours de non-parution, nous devons des excuses à nos lecteurs. Nous les avons privés de leur quotidien - de ses informations, de ses analyses, de ses échos du monde. Pendant ces deux jours, il s'est pourtant passé beaucoup de choses - l'envolée de l'euro, du pétrole, d'Alibaba ou de Boursin notamment. Priver nos lecteurs de ces informations, cela a été, pour la rédaction des « Echos », un véritable crève-coeur. Certains d'entre vous nous ont fait part de leur soutien, beaucoup de leur incompréhension. Nous vous devons des explications.

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Si vous êtes si nombreux, de plus en plus nombreux en réalité à nous faire confiance (les ventes en kiosque des « Echos » ont augmenté de 10 % environ depuis le début de l'année, les visites du site Lesechos.fr plus encore), il n'y a pas de secret à cela. Il n'y a qu'une raison, une seule : notre indépendance. « «Les Echos», rien n'est plus sûr », disait il y a une dizaine d'années la publicité du journal. Rien n'est plus vrai non plus. Ce qui fait, depuis si longtemps, la force des « Echos », ce qui fait sa réussite économique aussi, c'est d'abord le professionnalisme, l'honnêteté et la qualité de sa rédaction. Il faut ici rendre hommage aux deux précédents directeurs de sa rédaction, Nicolas Beytout (aujourd'hui directeur de la rédaction du « Figaro ») et Jacques Barraux (conseiller de la direction de la rédaction aux « Echos »). Ce sont eux qui ont constitué cette équipe. Le succès, il s'explique ensuite et surtout par l'indépendance dans laquelle cette équipe travaille depuis toujours, depuis sa création, en fait, il y a quatre-vingt-dix-neuf ans. Cette rédaction a, de ce point de vue, bénéficié de circonstances exceptionnellement favorables avec Pearson, son actionnaire depuis 1988, également propriétaire du « Financial Times ». Peut-être a-t-elle pris, à cette occasion, de mauvaises habitudes !

Lorsque vous, lecteurs, lisez dans ce journal un article sur Arnault ou Pinault, Suez ou Veolia, Renault ou Citroën, Areva ou EDF, vous savez que le journaliste a peut-être mal compris, mal traduit, mal rapporté un fait (cela peut arriver à tout le monde), mais que jamais il ne l'a fait sous la dictée, sous l'influence ou avec un quelconque parti pris. Jamais, dans « Les Echos », où pourtant nous évoquons, chaque jour, des centaines d'entreprises, un actionnaire ou un annonceur n'a pu peser sur ce que nous écrivons. C'est ce qui fait la crédibilité de ce journal, sa valeur économique aussi !

Nous appelons souvent, dans ces colonnes, à regarder ce qui se fait ailleurs, à observer les meilleures pratiques dans les pays les plus performants. Eh bien, appliquons ce principe (on l'appelle le « benchmarking ») à la presse économique et financière. On constate que dans aucun pays démocratique développé, absolument aucun, le principal quotidien économique n'est détenu par un grand groupe industriel aux intérêts économiques diversifiés. Ce n'est pas le fruit du hasard. Un journal économique noyé dans un tel groupe, c'est immédiatement le risque de conflits d'intérêts permanents, c'est son indépendance qui est mise en doute. Voilà les raisons de notre combat, mené depuis quatre mois dans une unité exceptionnelle. Aujourd'hui qu'une nouvelle étape est franchie, avec la signature par Pearson d'une promesse de vente au groupe de luxe LVMH, la rédaction a voulu dire que ce combat restait d'actualité. Plus que jamais. Un journal, ce n'est pas seulement une marque, un portefeuille d'annonceurs ou un fichier d'abonnés. C'est aussi une équipe de journalistes. Celle des « Echos » est déterminée à défendre son indépendance - dans l'intérêt de ses lecteurs. « Les Echos », rien n'est plus sûr. Pour eux, pour vous, nous voulons pouvoir continuer à justifier ce logo dans le futur.

ERIK IZRAELEWICZ

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