Chroniques d'un confiné alsacien, acte#4

25/03/2020 12:45
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Jour de match.
Un petit rappel d’abord, que je veux formel et directif: Les règles doivent être respectées. Chacun tente de les détourner, de les adapter pour son petit confort personnel, et c’est proprement insupportable. Je me faisais cette réflexion ce matin, dans la rue, pendant que je promenais le hamster russe de ma fille.

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur l’Homme. Enfin c’est une façon de parler hein, je reste avec ma chérie. Celui avec un grand « H », qui englobe donc les dames, les messieurs, et les enfants. J’y inclue exceptionnellement même le vosgien, le supporter du FC Metz, le stockeur massif de papier-toilettes, et notre nouvel ami d’avant-hier, qui visite quotidiennement la pharmacie en ces temps de confinement. Les confinés, et les cons tout court, donc.

[N.D.L.R. : La rédaction ne s’associe absolument pas aux propos de l’auteur, dont il est seul responsable. On a plein de copains en Lorraine, on pense à eux et on leur fait des schmoutz.]

Bref, nous vivons une période exceptionnelle, dont on parlera dans les livres d’histoires. L’humanité est devant un sacré challenge, un match au sommet en quelque sorte. Mieux, un derby ! Alors, prenez-place pour cette rencontre au sommet : Humanité – Covid19.

L’analyse d’avant match :
Covid19 va jouer à l’extérieur, et fait figure d’outsider. C’est une équipe dont on ne connait que peu de choses, au vu de son essor très récent. Le danger peut venir de partout, et elle tire très rapidement au but, quand on ne l’attend pas. Elle manque cruellement de fair-play, et n’hésites pas à frapper un membre de l’équipe adverse déjà à terre. Ses bons résultats récents ne doivent pas occulter un modèle de développement peu élaboré et très discutable. On souhaite d’ailleurs tous qu’elle se casse la gueule et retourne au niveau amateur le plus vite possible, dans le championnat du pangolin de la province de Wuhan.

Humanité va jouer essentiellement en contre-attaque. Regroupée en défense, l’équipe va d’abord tenter de contenir les assauts adverses, pour frapper où ça fait mal, au moment opportun. La stratégie est risquée et l’effectif devrait être quelque peu affaibli en fin de match. Mais en étant sérieuse et appliquée, la victoire ne peut pas lui échapper. D’autant qu’Humanité va jouer à domicile, et que son douzième homme peut la transcender.

Le stade de l’Humanité est un terrain de jeu qui accuse un peu le poids des années. Il a déjà été pas mal sollicité, et même s’il est continuellement rénové, certaines tribunes sont fragiles. La pelouse est bosselée, gorgée d’eau, mais c’est malgré tout le plus beau stade qu’il m’ait été donné de voir. Quand il résonne à l’unisson, waouh…

- La tribune EST, bondée, est paradoxalement assez silencieuse. On ne sait pas trop ce qu’elle pense mais elle peut faire du bruit quand elle s’y met. Tous les supporters sont ordonnés et rangés au carré, avec un drapeau rouge.
- La tribune NORD est peu remplie, et assez froide de premier abord. Mais elle suit formidablement le mouvement.
- La tribune SUD est populaire, colorée et constamment bien garnie. Au son des vuvuzelas et des flûtes de pan, elle montre qu’elle n’est pas encore trop concernée par le match, mais ça devrait arriver rapidement.
- Enfin, la tribune OUEST a plusieurs groupes de supporters, regroupés en kops. Elle se veut le leader de l’ambiance, à tort ou à raison : Le leader du kop le plus à l’Ouest (dans tous les sens du terme) a des moyens illimités, le prénom d’un personnage de Disney, et une moumoute sur la tête : On y trouve quelques bad boys armés, agressifs et intolérants. C’est souvent strass & paillettes, mais comme c’est très localisé, le rendu visuel est perfectible. L’on y trouve aussi le kop historique, vestige des temps anciens, qui a du mal à trouver des chants communs. Les produits de la buvette et la restauration y sont parfois indigestes, car trop hétérogènes : Entre spaghettis, paella, bière, camembert, thé, morue salée, et saumon gravelax, on souhaiterait plus d’harmonie, de lien.

Malgré les défauts, tout le monde l‘aime bien, ce stade de l’humanité. Les rares qui voudraient le détruire rencontrent une forte opposition, et c’est très bien ainsi, parce qu’il n’y pas possibilité d’en reconstruire un autre.

La rencontre est actuellement retransmise sur à peu près toutes les chaînes de télévision, en direct. Ce qui confirme donc, pour ceux qui n’aiment pas le sujet, que c’est aussi chiant qu’une finale de coupe du monde. Sauf que chaque mi-temps dure 45 jours.

Sur BFM, chaque action est décortiquée au millimètre, avec un véritable sens profond de l’analyse : Quand un pingouin à micro est posé au milieu de la place centrale désertée d’une métropole: « C’est tout vide ici ! » Ben non connard, on allait t’applaudir aux fenêtres pour ta pertinence. J’ai aussi relevé « A l’hôpital, on soigne ! », « Les promeneurs à pieds marchent » ou « A la nuit tombée, on ne distingue rien ». Fort de ces nouvelles vérités jusque-là insoupçonnées, je suis tombé en inanition.

Sur TF1, avant la chronique de J.P.P. (Non ! Pas Jean-Pierre Papin, Jean-Pierre Pernaut !) sur la fabrication des semelles en bambou dans le Loir-et-Cher, ils interviewent un consultant spécialisé, qui est docteur. Mais un grand hein ! En général, le type est au moins Directeur Régional des Opérations en Laryngologie Expérimentale (D.R.O.L.E). Tout masqué qu’il est, on distingue uniquement son mono-sourcil froncé et son air grave.

[N.D.L.R : Pourquoi tous nos docteurs qui passent à la télé ont plus de 75 ans ? C’est tellement long les études de de médecine ?]

Là où ça devient compliqué, pour nous, humains de rang modeste, c’est qu’il dit en général l’inverse du Responsable Interne de Gynécologie Obstétrique et des Lobotomies de l’Oreille (R.I.G.O.L.O) qu’on a vu au 20 heures de la veille.

« Ne portez pas de masques ! » contre « Ce serait bien si tout le monde en mettait un, comme dans les autres pays ». J’ai donc décidé unilatéralement de porter un masque dans la cuisine et la salle de bains, mais pas dans le salon et aux W.C. Par pure adhésion à la position gouvernementale.

« Les urgences sont saturées partout » contre « Ici c’est calme ». Et tu vois une rangée de 47 lits vides, et des files d’infirmières en rang d’oignon avec chacune un papier A4 avec un mot écrit dessus : « Restez » ; « Chez » ; « Vous » ; « Pensez » ; « à » ; « Nous » ; « Ne » ; « Sortez » ; « Pas » ; « ! ». Y’a un flash-mob organisé et ils ne veulent pas que j’vienne ou quoi ?

[N.D.L.R : Celle qui a eu le papier avec le « ! », c’est la connasse que personne n’aime dans le service.]

Ah oui, j’oubliais. ARTE. Faudrait leur envoyer un mail… euh un télégramme pour leur dire ce qu’il se passe dans le monde. Ils ne sont pas du touuuut au courant pour le match ! Leur envoyé spécial, au musée d’art contemporain de Poitiers, continuait cette nuit de disserter sur la photo en 4 x 6 mètres d’une huître posée sur la souche d’un peuplier nain d’Ouganda. Et, quand j’vous dis que je dors peu, je suis resté en hypnose vers 4h00 du mat’ devant le nouveau concept culturel du moment, qu’est la danse immobile : Tu poses un mec et une nana sur scène, dans un clair-obscur, avec un décor minimaliste, et tu leur fait prendre une position débile. Ensuite, ben ils ne bougent plus et tu entends un tamtam répétitif pendant l’heure et demi que dure le « spectacle ». Au bandeau déroulant de fin, tu constates qu’il a fallu mobiliser 34 personnes pour élaborer cette merde et qu’en plus, ils avaient même une subvention pour la réaliser. Finalement, laissez tomber, on les prévient pas !

Bon, et on n’oublie pas, hein, les amis, on respecte les consignes, SCRU-PU-LEU-SEMENT ! Allez, j’vous laisse, c’est l’heure de sortir le lapin…

Bisous.

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