Nous sommes le 10 juin 1998...

06/02/2024 19:19
154 lectures
Chroniqueur depuis plus de 14 ans dans l'émission "Mojito Football Club", diffusée en direct sur RBS (91.9FM à Strasbourg ou radiorbs.com) tous les lundis entre 20h et 22h, j'ai dernièrement écrit un billet d'humeur sur l'évolution de mon rapport au football de l'enfance à aujourd'hui.
Voici ma chronique.
Nous sommes le 10 juin 1998, l’horloge indique 17 heures, lorsque je m’installe dans l’un des fauteuils du salon. Tout juste rentré de l’école, j’étais, une fois n’est pas coutume, plus excité à l’idée de passer une partie de la soirée devant le vieil écran cathodique qui trônait dans un coin de la pièce, plutôt que de jouer avec mes copains.

Cette excitation si particulière se manifeste par le démarrage de la Coupe du Monde. A deux jours de souffler mes neuf bougies, je vais pour la première fois regarder un match de football en entier. Ce match, c’est Brésil – Ecosse, qui marque le début des hostilités.

Ah toi, le football. Il est vrai qu’avant d’être pris dans l’enthousiasme général, je ne t’aimais pas beaucoup. Tu m’ennuyais, et n’ayant pas grandi dans une famille férue du ballon rond, rien n’indiquait que la donne allait changer. Il fallait bien une Coupe du Monde en France pour que ce petit garçon ait les yeux écarquillés devant une telle ferveur, des débats qui allaient d’un coup d’un seul déchaîner les passions. Le point d’orgue fut bien évidemment cette finale, irréelle, intemporelle. Je me dis alors que la France est un pays magnifique, où tous ses citoyens, de n’importe quelle origine et de n’importe quelle situation sociale, se retrouvent unis pour célébrer un même événement, évidemment bien loin encore de comprendre toutes les complexités sociétales qui meurtrissent notre chère patrie.

Toi le football, tu as allumé une flamme. A partir de là, tout est allé très vite. Mon attachement envers toi était grandissant. Je devais m’identifier à une entité, une famille, un club, et c’était bien évidemment le Racing Club de Strasbourg, qui, à l’époque déjà, avait pris un virage dangereux sous McCormack. Je devais tout savoir, tout voir, tout comprendre. Mon argent de poche se dilapidait dans les magazines et journaux sportifs. Les DNA du lundi et le France Football du mardi étaient devenus des bibles qui me permettaient d’être à la page.

Les années avançant, le petit garçon insouciant devint un adolescent fana mais candide, voyant d’un œil curieux l’arrivée dans le monde si romantique du ballon rond d’oligarques ou de fonds d’investissement dont les ressources semblaient illimitées. Devant les matchs de Ligue des Champions sur TF1, je m’interrogeais sur le fait de revoir presque inlassablement toujours les mêmes clubs au sommet, avant de comprendre que le football qui m’avait conquis n’était déjà plus le même que celui dont me parlaient « les anciens ».

L’arrivée dans le monde des adultes ne fit que confirmer mes craintes, celles que le foot n’était pas si blanc, si équitable et si propre que pouvait l’imaginer l’enfant de 9 ans devant sa vieille télévision.

Les premières années de romantisme étaient passées, d’autant plus que le football n’était plus gratuit. Terminé les matchs en clair, terminé les rencontres au couperet entre des équipes dont la confrontation était l’événement de l’année. M’étant pris d’affection à l’étranger pour Manchester United, je voyais avec tristesse la mue d’un club qui transpirait la classe avec ses illustres Paul Scholes, Ryan Giggs ou encore Rio Ferdinand, suivre le mouvement de la course aux investissements sans queue ni tête. D’autres, comme Southampton, s’oublièrent en souhaitant se réinventer dans ce football moderne, au détriment de leur capacité de formation exceptionnelle, alliant jeunesse et joueurs de classe comme Matt Le Tissier. Où allions-nous ?

Ces dernières années, des projets comme la Superleague eurent raison de ma foi dans cette discipline où désormais l’argent régissait tout. Il n’y avait définitivement plus d’âme dans l’évolution du football, le respect se mesurait à la capacité d’investissement, ou en masquant des malversations financières, le spectacle était devenu un cirque.

Mais dans ce flou artistique, il me restait la passion. Mon premier amour, et pour toujours, Strasbourg. Descendu aux enfers, le renouveau détonnait par rapport à ce football crasseux, poussé par une ferveur populaire exceptionnelle. Le Racing était redevenu un club à part, son ancrage régional au plus fort, et la fierté d’avoir vécu les moments les plus douloureux jusqu’à retrouver la lumière inestimable.

Jusqu’à ce 22 juin 2023. La multipropriété, un fléau nouveau du football moderne qui fait, quoiqu’on puisse en penser, perdre sa souveraineté à un club, atteint mon Racing. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Toi le football, tu m’as tiré une balle en plein cœur.

Nous sommes le 1er février 2024. L’horloge de mon téléphone indique 17 heures, lorsque je m’installe sur le canapé du salon. Tout juste rentré du travail, j’étais cette fois-ci bien plus animé à l’idée de passer une soirée tranquille dans mon appartement. Je consulte les dernières informations et apprend avec déchirement que Matz Sels a quitté Strasbourg, n’ayant plus foi en un projet qui fait du Racing la pouponnière de Chelsea et d’un fond d’investissement dont l’ambition sportive n’existe pas.

Je repense alors avec tendresse à ce petit garçon à qui tu avais offert un rêve. Aujourd’hui, tu lui as repris.

Toi, le football, tu as éteint la flamme.

Commentaires (1)

Flux RSS 1 message · Premier message par samh · Dernier message par samh

Commenter

Flux RSS Le stublog de knacki : billets, photos, souvenirs, activité racingstub.com, livre d'or...
knacki1203283850.jpg

knacki

Voir son profil complet

Chargement... Chargement...