Un patron à Koh-Lanta : le paternalisme délocalisé

06/11/2011 13:33
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Épreuve de confort : un parcours compliqué, de l'eau à transporter dans un bambou troué, un seau à remplir, une soirée avec des indigènes et du poisson à gagner. Martin est déclaré vainqueur, devançant in extremis le sympathique Tehura. "Yes papa!", déclare à la fin de la course le premier, heureux et fier.
Le présentateur expose à Martin et à la "tribu réunifiée" ce qu'il a gagné. Il a le droit d'amener avec lui un compagnon à cette soirée. Il écoute attentivement. Et comme à son habitude, il a les mains sur les épaules d'un camarade, en l'occurrence une camarade, l'étrange Virginie qui malgré son surpoids est encore présente dans le jeu. Il est apparemment ému. Il se lance dans un discours confus et sans grand rapport avec les questions posées par le présentateur. Sa chance à lui, c'est ses compagnons d'infortune, aux côtés de qui il a beaucoup appris, lui qui a déjà beaucoup voyagé, dit-il. On comprend qu'il a besoin de rappeler son statut social, là où le jeu de la décadence occidentale, Koh-Lanta, égalise les conditions de chacun pour quelques semaines. Même habit de merde, même bouffe de merde, même sommeil de merde à même le sol. Mais voila, dans la vie, Patricia conduit des camions, Tehura est cuisinier, Florence animatrice culturelle, et Martin dirige une entreprise. Ce n'est pas vraiment la même chose, et il ne faudrait pas l'oublier. Alors Martin, gentillement, le rappelle : j'ai tellement voyagé, et ici j'ai rencontré des pauvres, comme Florence et Patricia qui ne sont jamais sorties de l'Hexagone. Ça l'a grandi, apparemment.
Il demande à rejoindre le présentateur, afin d'être face à ses camarades. Alors voila, il invite Patricia, la pauvre camionneuse qui élève seule ses enfants. Là on dit bravo, parce que Patricia avant la réunification des tribus originels, était une adversaire. C'est beau. Mais ce n'est pas fini : Martin poursuit son discours et annonce que ce qui le rendrait vraiment heureux, ce serait que Florence puisse également participer à cette soirée, à sa place. Il a les larmes aux yeux. Les deux mères célibataires sont en pleurs et ne savent comment le remercier : même à Koh-Lanta et quelques décennies après son âge d'or, le paternalisme patronal reste efficace.

Merci patron ! C'est la grosse Virigine, par contre, qui est déçue. Elle avait cru être elle l'heureuse élue lorsque Martin lui caressait l'épaule.
Le patron ne peut pas être gentil avec tout le monde, petite.

Commentaires (1)

Flux RSS 1 message · 134 lectures · Dernier message par zottel

  • C'est un peu la contradiction du Ravelston dans Et vive l'aspidistra (référence unique et indépassable), la culpabilité en moins apparemment.
    Jamais accroché, si j'avais la télé, je regarderais plutôt les trucs où ils ont à bouffer

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