Racing_Club_de_Strasbourg_Alsace_logo_2016.png

RCS France

4.8 / 5 (140 notes)
Année de création
1906
Site officiel
rcstrasbourgalsace.fr
Stade
Stade de la Meinau
Ville
Strasbourg

De 2006 à 2011 : le Racing tombe de Charybde en Scylla

Eté 2006. Pour son retour en deuxième division à l’occasion de son centenaire, le Racing Club de Strasbourg entend faire contre mauvaise fortune bon cœur et ouvrir une nouvelle ère. Le président Ginestet est enfin seul maître à bord. Sur le banc, une personnalité du football français fait ses débuts d’entraîneur. Tout au long de cette saison, Jean-Pierre Papin saura transmettre à ses joueurs des vertus de combat et de persévérance, à défaut de proposer un football convaincant. Surarmé par rapport à ses rivaux, le Racing attend toutefois l’avant-dernière journée pour assurer son accession, face à Metz dans une Meinau chauffée à blanc. L’intersaison verra le couple Ginestet-Papin se séparer, au cours d’un de ces psychodrames dont le Racing a le secret. C’est finalement sous la houlette de Jean-Marc Furlan, technicien loué pour ses résultats avec Libourne Saint-Seurin et Troyes, et surtout pour ses idées, que le RCS retrouvera l’élite.

Le début de saison 2007/2008 est particulièrement réussi. Pratiquant un jeu flamboyant, Strasbourg domine Auxerre puis Lens et pointe à la quatrième place du classement fin août. En octobre, le Racing s’impose à Metz pour la première fois depuis 1983 en championnat puis l’emporte 3-0 à Lille. Il rentrera ensuite dans le rang avant de s’écrouler d’un seul tenant à partir du mois de mars. Onze défaites viendront jalonner la fin de cette saison au scénario inimaginable, ramenant le RCS au point de départ.

Contraint de se séparer de ses meilleurs éléments – Bellaïd, Gameiro, Mouloungui –, le club choisit de conserver son entraîneur pour les mêmes raisons économiques. Comme de coutume dans ces configurations, le Racing vise la remontée immédiate. Son début de saison parfait – cinq succès de rang – puis un nouveau coup d’accélérateur au printemps laissent présager de sa réussite. Mais Strasbourg s’effondre à nouveau, battu à Boulogne-sur-Mer puis à Montpellier au cours d’un affrontement direct décisif au scénario hitchcockien.

Cet échec sème un profond abattement autour du club. Meurtri par ces deux saisons et par l'enterrement de son projet d'Eurostadium, Philippe Ginestet décide de prendre du recul et confie la présidence à Léonard Specht, tout en conservant sa position d’actionnaire majoritaire. La nostalgie de 1979 opère à nouveau lorsque Specht annonce le retour de Gilbert Gress, 67 ans. Le légendaire entraîneur entend jouer la montée, il ne tiendra pas trois mois. Politique de recrutement illisible, rigidité du personnage, de son management et de ses préceptes footballistiques cadenceront cet été 2009 aux allures de pantalonnade. Abandonné par ses joueurs à Istres (1-6) en Coupe de la Ligue, puis lors de la première journée de championnat contre Châteauroux (1-2), Gilbert Gress est licencié dans la foulée, entraînant d’ailleurs Specht dans sa chute. Pascal Janin est chargé de l’intérim ; il restera aux commandes toute la saison malgré des rumeurs quasi hebdomadaires de limogeage. Touchant le fond à Clermont en septembre, le RCS se redresse difficilement sur les épaules de Fauvergue et Gueye. Mais incapable de s’imposer à l’extérieur, il n’échappe pas à une relégation accablante en National, matérialisée un nouveau soir de mai, à Châteauroux.

Le marasme sportif de cette saison-là n’est pas dissociable des soubresauts vécu en coulisses. Philippe Ginestet a finalement vendu le club, mais les repreneurs tardent à s’annoncer. Après plusieurs semaines de flottement, un financier du nom d’Alain Fontenla est présenté comme le nouvel homme fort du club, avant que n’apparaisse le nom de Jafar Hilali. Dans ce flou artistique, plusieurs hommes sont bombardés gestionnaires exécutifs du club : on retrouve le prometteur Julien Fournier, l’habile Luc Dayan puis le vétéran Jean-Claude Plessis.

Totalement exsangue, laissé à la dérive par un propriétaire aux foucades quotidiennes, le Racing lie connaissance avec la Direction Nationale de Contrôle et de Gestion, instance chargée de superviser les finances des clubs. S’il peut s’engager en troisième division et conserver son statut professionnel, le RCS voit ses contrats homologués au compte-goutte. Remise progressivement en selle par Laurent Fournier, l’équipe se débloque début 2011 mais bute au pied du podium. Au-delà de cette déception, les derniers fidèles du Racing, soudés par les frasques répétées de Jafar Hilali, appréhendent de voir leur club rayé de la carte, tout en pressentant une prochaine délivrance.

La libération intervient à l’été 2011 mais le prix est lourd : à l’issue d’un chemin judiciaire sinueux, jalonné de tentatives fantaisistes visant le ranimer, le Racing doit se résoudre à solder 72 saisons de professionnalisme. Le centre de formation est dévasté, les joueurs de l’effectif professionnel libérés, le club décapité. Strasbourg est condamné à découvrir les divisions amateur. Ayant multiplié en vain les propositions de reprise auprès d’Hilali et gagné ce faisant une réputation de recours, Frédéric Sitterlé entend faire renaître le RCS, prenant appui sur l’Association et confiant les responsabilités d’ordre sportif à François Keller.

C’est donc à un plongeon dans l’inconnu qu’est contraint le Racing, en quête de rebond et animé d’un esprit inédit de reconstruction, destiné à effacer le souvenir des abominables errements ayant quasiment conduit à sa disparition.