Vignette Popini #2 : "Bleu Pétrole"

26/04/2008 01:11
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Ca y est, le voilà enfin : l'objet discographique qu'attendaient fébrilement tous les fans transis de Bashung (dont je suis) est arrivé.

« Bleu Pétrole » met un terme à six longues années de silence radio bashungien et succède donc à « L'Imprudence », album ultime, disque crépusculaire et magnétique, et à son prédécesseur « Fantaisie Militaire », autre chef-d'oeuvre absolu.
C'est même au regard de l'axe « Chatterton »-« Fantaisie Militaire »-« Imprudence » dans son ensemble, qui a rythmé la carrière récente de Bashung et transmuté le chien fou déjanté en crooner visionnaire, qu'il faut mettre en perspective « Bleu Pétrole ». En effet, après avoir aligné deux chefs-d'oeuvre et demi, vers quels territoires encore inexplorés allait bien pouvoir nous entraîner le plus parisien des Alsaciens ? Le nouvel opus saura-t-il se montrer digne des sommets vertigineux atteints depuis une dizaine d'année, et qui hissent leur auteur au niveau d'un Brel ou d'un Ferré (et je pèse mes mots) ? L'enjeu artistique, on le voit, est de taille.

« Bleu Pétrole », donc. Premières impressions sur le visuel de l'objet : sur la pochette aux tons sépia, un Bashung légèrement voûté montre son profil pris de dos sur fond de paysage neurasthénique d'inspiration vaguement Far-West. S'agit-il d'une légère éclaircie sur sa nuque pas vraiment dégagée, ou s'assure-t-il par un regard oblique que dans le rétro il n'a pas la raie douteuse ? La photo, toute en monochromie nuancée, tranche avec le noir et blanc crépusculaire de la pochette de « L'Imprudence » et le clair-obscur du marigot de « Fantaisie Militaire ». Le gaillard, l'air las, semble regarder ailleurs...

Ouvrons la pochette, et intéressons-nous aux crédits : sur les 9 morceaux originaux qui composent l'album, Gaétan Roussel signe 5 titres, Gérard Manset en signe 2, Joseph d'Anvers/Armand Meliès sont crédités d'une chanson, Roussel et Manset co-signant « Je Tuerai La Pianiste ». Deux reprises complètent la tracklist : « Suzanne » de Leonard Cohen dans la version française de Graeme Allwright et « Il Voyage En Solitaire » de Manset justement. Une grosse déception pour ma part : l'absence de la dream-team Bashung-Fauque à l'écriture. Le travail fascinant de ces deux plumes acérées a enfanté certains des plus beaux textes de la chanson française, et c'est un regret que d'apprendre que la cinquantaine de chansons écrites en commun en vue « Bleu Pétrole » n'ont pas abouti. Et, de fait, Bashung a entièrement délégué l'écriture de « Bleu Pétrole » à ses nouveaux acolytes Gaétan Roussel et Gérard Manset. Bashung-Manset : la confrontation entre ces deux monuments fait autant saliver qu'elle est source d'interrogations...

Etape suivante : faire infuser l'album. Bashung n'est pas Mika, ses albums sont denses et nécessitent de l'auditeur qu'il remette toujours son attention à l'ouvrage. La première écoute apporte déjà une surprise : l'ambiance générale est à la simplicité, le son est très ouvert et la guitare sèche fait un retour remarqué. On est loin des amours de loin et des atmosphères claustrophobes aux arrangements travaillés de « L'Imprudence ».
L'opus s'ouvre avec les contributions de Gaétan Roussel, et déjà l'impression d'un Bashung en pilotage automatique est très prégnante : la voix et son timbre de gorge caractéristique sont impeccables comme à l'habitude, mais n'arrivent pas à cacher une vague sensation de manque de conviction dans le chant. Roussel sue sang et eau pour adapter son univers à celui du Bash, n'hésitant pas à singer les fameuses périphrases à entrée multiples commises par Bashung/Fauque (« Je t'ai manqué / Pourquoi tu me visais ? »). Las, ses textes, malgré quelques bons passages (« Ici à Sfax, hier à Sousse, demain Paris... ») semblent tellement impressionnés par le statut du commandeur qu'ils restent la plupart du temps scotchés sur le tarmac (« A nous Dehli... »). Son morceau de bravoure restera le single « Résidents de la République », héritier délavé du « La Nuit Je Mens » d'il y a dix ans, avec son curieux gimmick vocal, ses cordes a la George Martin et ses allusions pataudes (« Résidents de la République / Où le rose a des reflets bleutés... »).
En comparaison, les chansons écrites par Manset paraissent bien plus denses et tourmentées. Le chant de Bashung fait bien entendu merveille, mais le côté bien trop marqué « Manset » des chansons fait qu'on croit avoir affaire à des reprises animales (on est mal) de l'auteur de « La Mort d'Orion » plus qu'à des chansons originales écrites pour leur interprète. Manset n'a pas plus que Roussel réussi à faire entrer ses propres obsessions dans le monde singulier de Bashung et est resté planté devant la porte close de cet univers, faute d'avoir suffisamment tambouriné (tambouriné) au seuil de sa bonté. Peut-être aurait-il fallu qu'il se débarrasse de ses oripeaux d'artiste culte et qu'il se grime en rouquine carmélite ?
Les montagnes auront une nouvelle fois accouché d'une souris, et c'est bien dommage, puisque c'est en abandonnant toute emphase pour découper une chanson au scalpel que Manset signe le meilleur titre de l'album : « Je Tuerai La Pianiste » (« Je tuerai la pianiste / Pour ce qu'elle a fait de moi... »)
Les reprises de « Suzanne » et « Il Voyage en Solitaire » arrivent en fin d'album et restent anecdotiques. Et dire que Bashung chantait si bien « Il est six heures au clocher de l'église... »

Au final, un album mi-figue mi-raisin : à une distance stratosphérique de la production hexagonale moyenne, mais légèrement décevant à l'aune de l'oeuvre du bonhomme. Et la mauvaise nouvelle, c'est que Bashung donne l'impression d'être déjà loin, très loin...

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