Le bonheur est une terre stérile

01/03/2007 15:59
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J'ai fait une terrible constatation. Me promenant il y a quelques jours sur le site de mon ami bloguant le Nain Dien, je tombai par hasard sur un commentaire que j'avais laissé il y a quelques mois.
Que c'était drôle ! Tellement plus drôle que tout ce que j'ai pondu récemment ! Où sont passés mes phrases aiguisées comme des poignards, affûtées comme une sarbacane, dont la pertinence n'avait d'égale que ma modestie et mon respect affiché pour l'intelligence remarquable de mes lecteurs ? Ces textes d'orfèvre ciselés par un chirurgien de la prose (option Dr Frankenstein parfois, la chirurgie, mais bon...), tellement percutants que je me retenais de finir tous mes textes par « à la fin de l'envoi, je touche » ?
Que sont devenus mon sens du bon mot et ma spontanéité légendaires, réputés dans tous les pays de l'ex-CEE, voire jusqu'à Lomme, qui ont fait souiller leur culotte à des centaines (probablement) de jeunes filles bien élevées en manque de cruauté et d'irrévérence ?

Partis, envolés, comme ça, pschiiiiitttttt... Plus rien. Plus d'inspiration, plus d'envie de cogner au bazooka sur tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi), d'enfoncer la tête sous l'eau d'acteurs ou de flims qui ne méritent même pas cette appellation, plus besoin d'expurger mes frustrations et ma haine de la race humaine dans des jets sordides où l'unique but était de dézinguer un max. Bien sûr, une petite fulgurance de temps à autre n'est pas à exclure, comme un rot après un bon repas qui vient vous rappeler combien pitance fut bonne. Mais le sniper a perdu l'envie de tuer, le bourreau de torturer. Tout ça, me rendis-je compte lors d'une inversion verbe-sujet comme on n'en fait plus, parce que je suis heureux. J'ai fait le ménage dans ma vie ces derniers temps, dans ma tête, et tout est bien. Plus rien à foutre au fond des lendemains qui déchantent, de la future élection de Sarkozy, du réchauffement climatique, de la prochaine guerre mondiale qui ne devrait plus tarder (on en sera à la combientième au fait ?), des catastrophes nucléaires annoncées des 10 prochaines années, de la non-remontée en L1 du Racing et de la reprise de la chasse à la baleine par des pêcheurs japonais qui mériteraient tellement qu'on leur enfile des kilos de ronces dans l'anus, à condition qu'on me donne la certitude qu'ils n'aimeront pas ça.
Je suis en paix, et j'ai envie d'en profiter un max. Par contre, j'ai perdu l'envie d'écrire. Le bonheur est un salaud d'égoïste.

Commentaires (4)

Flux RSS 4 messages · 300 lectures · Premier message par Nain Dien · Dernier message par anaconda

  • Cela va faire cinq ans ce mois-ci que je suis un bloguant et je peux te dire que, durant ce lustre, j'ai arrêté un nombre de fois considérables l'écriture, me disant que moi non plus je n'avais plus envie de faire montrer à mes lecteurs ma prose appliquant le célèbre adage "Tout c'est con, tout c'est de la merde !". Bien entendu, pendant quelques temps, avant de jeter l'éponge, je me faisais violence pour continuer à écrire, mais m'astreindre à mon rythme de parution d'article habituel me dégoûtait encore plus. Alors, l'inévitable se produisait : l'abandon.

    Immédiatement après, la pression que je m'étais mise s'évanouissait et plusieurs mois d'un bonheur béat s'écoulaient. Néanmoins, parfois, je me disais "Tiens, j'aurais pu romancer cette situation" ou encore "Comment m'y prendrais-je si je devais écrire un article avec ce qui vient de m'arriver ?", tout de suite après, je revenais à la raison "Je n'ai plus de blog, je n'ai plus envie d'écrire, c'est trop contraignant !". Rien à faire pourtant, l'idée s'insérait de plus en plus insidieusement en moi...

    Et je redevenais un bloguant.

    A l'heure actuelle, je pense avoir trouvé la formule idéale. Je vois mon blog comme un "work in progress", me permettant de publier mes idées, de modifier de vieux articles, de les actualiser, de les triturer encore et encore, me moquant éperdument de la parution régulière ou pas. J'écris quand j'en ai réellement envie, ce qui n'était pas forcément le cas, il y a cinq ans.

    Tout le monde connaît ces moments de doute, de dégoût, de crise, de remise en question, mais l'écriture n'est pas une maladie dont on guérit. Inévitablement, d'une manière ou d'une autre, les mots nous rattraperont toujours et nous replongerons en eux, l'esprit acide, comme au premier jour. J'ai hâte que cela t'arrive...

    Même si, grâce à cet article, cela vient déjà de te retomber dessus.
  • Effecitvement, le concept de work in progress me séduit pas mal.
    Pousser péniblement un texte comme on pousse un étron, c'est pas trop ma came.
  • Si l'envie te venait de changer de crèmerie et de pousser tes vieilles ou nouvelles critiques nanar-étrons sur naindien.com, envoie-moi un mail.
  • Pourquoi pas ? J'avoue que l'idée de ton collectif bloguant est séduisante. Je te tiens au jus.

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