Alain Léopold, le patron champion

Note
0.0 / 5 (0 note)
Date
Catégorie
Portrait
Lectures
Lu 3.016 fois
Auteur(s)
Par filipe
Commentaires
0 comm.

Si le match décisif à Montpellier ce vendredi est logiquement dans toutes les têtes, le week-end à venir est aussi celui des trente ans du titre : portrait du président à la tête du club champion de France 79.

Champion à 40 ans
Plus jeune que Bernard Tapie quand l'OM remporta le titre de champion en 1989 ou que Gervais Martel en 1998 pour le sacre du RC Lens, Alain Léopold, âgé de 40 ans et patron du RCS en 1979, reste à ce jour l'un des plus jeunes présidents victorieux du championnat de France de football.
Une belle performance pour celui qui avait pris les rênes de la section professionnelle le 5 mai 1976 alors que le club connaissait une des pires crises de son histoire. Rétrogradé en deuxième division, les caisses du club étaient vides, le public avait déserté le stade (1637 spectateurs face à Bordeaux pour le dernier match de la saison) et il n'y avait pas grand monde pour accepter de prendre la tête d'un club au bord du gouffre : le patron d'une fabrique de sièges à Illkirch s'installe donc dans le fauteuil bancal de président du RPSM (Racing Pierrots Strasbourg Meinau, puisque le club se nommait alors ainsi).
A ses côtés, René Maechler (président délégué chargé des affaires techniques, sportives et des relations avec la presse), Francis Kappeler (vice-président responsable des finances), Gérard Haeringer (vice-président en charge du commercial), Pierre Koenig (responsable des terrains et du matériel), Nicolas Wiltberger (responsable de la commission juridique et de discipline), Jean-Jacques Schneider (responsable des relations publiques) et Jean-Pierre Kress (responsable du centre de formation). « On formait une équipe dirigeante unie. On avait tous le même âge, on débattait de tout, sans être toujours d'accord. On était conscients de nos responsabilités, mais on n'a jamais eu la tête dans les nuages » dira plus tard Léopold.

Bord et Léopold sauvent le club
Arrivé dans le comité de gestion du Racing trois ans auparavant, grâce à André Bord, c'est avec le réseau de connaissances ce dernier que le club va éviter le dépôt de bilan. Bord-Léopold, le duo fonctionne à merveille : le premier parvient à trouver les indispensables subventions et rouvre les portes de la mairie, de la préfecture, des banques et de la presse qui s'étaient fermées à double tour depuis de longs mois ; le second travaille les dossiers, convainc les bons joueurs de rester à Strasbourg malgré les graves problèmes financiers et sait faire preuve d'ingéniosité pour attirer d'autres footballeurs de bon niveau. « Il avait fallu courir, faire d'innombrables démarches mais il fallait convaincre. Il ne fallait pas inspirer confiance mais donner confiance ».
Alain Léopold parvient de plus à s'imposer naturellement comme le patron du Racing, dans un club où jusqu'alors « tout le monde se mêlait de tout, sans aucune structure, aucune ligne de conduite avec une pagaille à tous les niveaux » (commentaire d'un joueur de l'équipe, Jacky Duguépéroux). C'est également l'équipe formée autour de lui qui va lancer les premières études pour la construction du Stade de la Meinau dans sa version moderne et qui sera inauguré en 1984.
Enfin, le nouveau président impose le retour du sigle 'RCS' et un nouveau logo est adopté (le logo actuel), « de façon qu'il nous soit possible de dire à nouveau et pleinement : Allez Racing ».
Le Racing Pierrots Strasbourg Meinau est mort, vive le Racing Club de Strasbourg !

En car jusqu'à Brest
Et pour la rude lutte qui attend le RCS en D2, Alain Léopold rappelle Ivica Osim, en fin de contrat à Valenciennes, joueur déjà passé par Strasbourg et que les supporters avaient apprécié.
Il persuade aussi Elek Schwartz, retraité paisible à Haguenau, de devenir l'entraîneur du club pour dix mois, en relais d'Heinz Schilcher, l'entraîneur-joueur de plus en plus joueur et de moins en moins entraîneur, engagé quelques temps plus tôt parce qu'un coach à plein temps coûtait trop cher au club. Un contrat de quelques mois pour Schwartz, pas plus et à moindre coût, car Léopold avait déjà en tête le nom de l'entraîneur qu'il voulait voir à la tête du club une fois ce dernier de retour dans l'élite...
Cette arrivée fait d'ailleurs sourire, les anciens se souviennent de Schwartz comme joueur du RCS en finale de la Coupe de France... 1937. Que vient t-il faire dans cette galère d'un club relégué en D2 ? Il y apporte son expérience et son charisme. Avec lui, Léonard Specht, Albert Gemmrich, Roland Wagner et consorts progressent : le Racing retrouve effectivement dès la fin de saison sa place en première division avec en prime un titre de champion de D2.
Mais le stade sonne toujours creux (moins de 5000 spectateurs pour fêter la montée face à Monaco), les déplacements se font en car jusqu'à Brest, Hazebrouck ou Noeux-les-Mines, les repas sont pris dans les restaurants pour routiers, les entraînements se déroulent sur le parking de la Meinau quand le terrain est impraticable et le club économise sur le moindre sou ; « c'était la vie de bohème. Nous n'étions pas très sérieux, c'est vrai. Il nous arrivait de boire un petit coup de trop mais l'ambiance était à cette époque très importante. Qui était avec nous ? Ce n'était pas la grande foule. » Dans l'indifférence et les difficultés, une équipe est en train de se forger un caractère.

Le recrutement de Gress
Ne reste alors plus qu'à dénicher un entraîneur capable de concrétiser dans les tribunes la confiance retrouvée dans les coulisses et sur le terrain. Pour Alain Léopold, un nom s'impose depuis bien longtemps, celui de Gilbert Gress. Ce n'est pourtant pas l'avis de son entourage et d'un bon nombre d'observateurs. Le dernier passage de Gress en temps que joueur du RCS n'a pas laissé que des bons souvenirs de part et d'autre. Mais Léopold insiste de longs mois auprès de Schilles avant d'obtenir finalement sa signature en mai 1977.
Jacky Novi et Francis Piasecki signent sans indemnités quelques jours après et Raymond Domenech arrive quelques temps plus tard pour compléter l'équipe qui va décrocher le titre de champion 1979.

Une démission en toute discrétion
Passe une nouvelle année jusqu'au 5 août 1980. Une heure avant le coup d'envoi du match face à Auxerre à la Meinau (1-0), René Maechler et Pierre Koenig (rejoints le lendemain par Francis Kappeler et bientôt par Jean-Jacques Schneider) annoncent leur démission du comité directeur, marquant ainsi publiquement leur soutien à Gilbert Gress face à André Bord.
Ce dernier, homme politique de premier plan, est le président du RCS depuis la démission à contrecoeur d'Alain Léopold le 29 juin 1979 : « André Bord s'immisçait de plus en plus dans la gestion de la section pro. Si nous nous sommes efforcés de ne pas faire apparaître dans le domaine public nos dissensions, c'était pour éviter qu'elles ne nuisent à la sérénité du club dans sa conquête du titre » avait-il déclaré quelques temps après son départ du club, en compagnie de Nicolas Wiltberger lui aussi démissionnaire et solidaire du désormais ex-président du RCS.
Léopold, peu habitué aux joutes politiques et sentant le club lui échapper, avait préféré s'effacer discrètement après trois ans de présidence, d'autant qu'à cet instant, l'entente entre André Bord et Gilbert Gress était encore parfaite.
Il quitte ainsi le club avec un titre de champion de D2, une troisième place et un titre de champion de D1. A son arrivée le club accusait un déficit de 3,8 MF ; à son départ, il y avait exactement la même somme en caisse.

André seul maître à bord
Et quand le conflit entre les dirigeants du RCS finit par éclater au grand jour ce 5 août, certains se mettent à espérer le retour de Léopold à la tête du club. Dans une interview accordée aux DNA le 12 août, ce dernier déclare qu'un « président est élu. Il a décidé de se maintenir à tout prix. La place est prise. Si elle était libre, j'étudierais les conditions d'un retour. Je serais dans ce cas favorable à ce que tout l'ancien comité revienne... » Mais Bord ne démissionnera pas ; bientôt Gress sera limogé par lui. Léopold ne reviendra jamais à la tête du club.
A ce jour, il reste donc le seul président champion de France avec le RCS, qui lui attendra 1997 pour gagner un nouveau titre, la Coupe de la Ligue. Cette année-là, le championnat fut remporté par l'AS Monaco, présidé par Jean-Louis Campora. En 1978, un an avant le succès du Racing, ce dernier avait conquis le premier de ses cinq titres de champion de France avec l'ASM. Il avait alors 40 ans. Comme Alain Léopold.

filipe

Commentaires (0)

Flux RSS
  • Aucun message pour l'instant.

Commenter