Legende : José Farias

Note
0.0 / 5 (0 note)
Date
Catégorie
Legende
Lectures
Lu 40.586 fois
Auteur(s)
Par filipe
Commentaires
0 comm.

Avant-centre très technique, cet Argentin éclaira la Meinau de son talent et son intelligence.

Parmi les onze footballeurs argentins qui ont, à ce jour, porté le maillot du Racing, il est sans doute celui qui marqua le plus nettement le club de son passage.

Et pas uniquement parce qu'il mit la roulette à la mode en France, ce dribble permettant d'éliminer un adversaire en effectuant un demi-tour tout en conservant un pied sur le ballon.
« Un entraineur m'a dit un jour : un footballeur doit être un magicien avec une grande valise » : en Alsace, pendant près de quatre saisons, José Farias va enchanter de sa technique le public alsacien et participer à quelques-uns des plus beaux exploits de l'histoire du club.

Pourtant, sans le concours décisif de Ramón Muller, son compatriote et coéquipier au RCS, rien n'aurait pu être possible...

Arrivé en France à l'été 1962 « pour découvrir le monde et gagner de l'argent », il ne doute alors guère de sa capacité à s'imposer dans son nouveau club, le RC Paris. « Quand je suis arrivé, sans être prétentieux, je pensais avoir une valise suffisamment grande pour montrer quelque chose. Je pensais m'imposer. Hélas, j'ai dû déchanter ».
Les matchs s'enchaînent sans que Farias ne parvienne à trouver sa place au sein de sa nouvelle équipe et, bientôt, il se trouve contraint de suivre les rencontres de son club depuis les tribunes.

Laissé libre par le RC Paris en fin de saison, l'Argentin attend, en vain, les offres d'autres clubs francais tout au long de l'été 1963.
Un échec violent et inattendu pour celui qui avait fait ses débuts professionnels dans le prestigieux stade de la Bombonera de Boca Juniors, où sa photographie figurera plus tard en bonne place dans les couloirs : en quelques mois, cette flatteuse réputation, qui avait précédé son arrivée en France, était totalement dilapidée.

Après avoir perdu toutes ses illusions, José Farias doit donc se résoudre à rentrer au pays. C'est à ce moment que le Racing décide de l'engager sur la recommandation de Ramón Muller.

Arrivé en Alsace en octobre au sein d'un effectif emmené par Robert Jonquet et composé de joueurs aux tempéraments bien trempés comme François Remetter, René Hauss ou encore Gilbert Gress, José Farias impose rapidement son style et son caractère. « Jonquet m'a remis en confiance. Après mon aventure parisienne, c'était ce dont j'avais le plus besoin. J'ai trouvé auprès de lui un grand réconfort moral ».

Et la magie s'opère si rapidement qu'il termine meilleur buteur dès sa première année au club, à égalité avec Casimir Koza, l'autre artificier patenté de l'équipe.
Surtout, Farias est le principal artisan de l'exploit strasbourgeois de la saison en étincelant de son talent, le 15 décembre 1963, le succès 2 à 0 du Racing à la Meinau face à l'AS Saint-Etienne, leader alors incontesté et futur champion de France.

Quelques jours plus tard, le 1er janvier 1964, c'est encore Farias qui ouvre la voie, et le score, face à Rouen lors de la finale de la Coupe de la ligue gagné par le RCS (2-0).

Son acclimatation rapide est une bénédiction pour l'équipe, jusque-là en manque d'efficacité offensive, et ravit ses coéquipiers. « C'était un très bon joueur, mais surtout un homme chaleureux et intelligent » disait de lui Raymond Kaelbel, à ses côtés pendant trois ans au Racing. « Il s'intéressait aux autres sur et en dehors du terrain. Et puis, il avait une grosse personnalité. Quand il avait quelque chose de désagréable à vous dire, il venait vous le dire en face ».

A son poste d'avant-centre, Farias dispute en quatre saisons 138 rencontres et inscrit 47 buts.
Au-delà des statistiques, il impressionne le public strasbourgeois par sa maîtrise du ballon et son sens du spectacle. « Il y a d'innombrables façons d'utiliser un ballon : les surfaces du pied, le corps lui-même, offrent des variétés infinies. A quoi servirait la plus efficace des tactiques si les joueurs chargés de l'appliquer ne sont pas capables de garder le ballon, de faire une passe correcte et utile, de varier leur jeu ? ».

L'année suivante, l'équipe connaît une rare alchimie qui permet au club de vivre l'une de ses plus belles saisons, avec en point d'orgue le parcours en Coupe d'Europe.

Opposé dès le premier tour au Milan AC de Cesare Maldini et Giovanni Trapattoni, le Racing s'impose 2 à 0 à la Meinau : dans le dernier quart d'heure de la rencontre, c'est José Farias qui offre deux passes décisives à ses coéquipiers Merschel et Hausser.
Et, au retour, le RCS parvient à donner une véritable leçon de réalisme défensif aux Italiens en résistant aux assauts des Milanais, signant ainsi l'une des plus belles performances de son histoire.

En 16e de finale, le Racing confirme cet exploit en écrasant Bâle, avant d'accueillir au tour suivant, sur une pelouse enneigée, le FC Barcelone, au palmarès déjà éloquent (8 titres de champion, 15 coupes du Roi et 2 coupes d'Europe).

Contraint au nul par les Catalans (0-0), le match retour au Nou Camp, devant 75 000 spectateurs, s'annonçait périlleux. Pourtant, le RCS mène 2-1 jusqu'à la dernière minute, grâce notamment à un but de la tête de Farias, qui se faisait ainsi pardonner sa piètre performance à l'aller.
Le Barca égalise dans les derniers instants et le score restera inchangé au cours de la prolongation. A cette époque, pas d'avantage pour les buts marqués à l'extérieur, ni de tirs au but : il faut donc jouer un match d'appui, en Catalogne.

Le Racing résiste toute la rencontre et c'est le tirage au sort qui désigne le vainqueur : le capitaine René Hauss est le plus chanceux et le Racing réalise l'exploit d'éliminer le Barça, quelques semaines à peine après avoir sorti le Milan AC...

En quart de finale, c'est Manchester United qui se présente à la Meinau, mais le Racing doit faire sans Farias, blessé jusqu'au terme de la saison.
Face à George Best, qui dispute à cette occasion son unique match sur le sol français, les Strasbourgeois sont dépassés tactiquement et s'inclinent 5 à 0 avant d'arracher un 0-0 au retour, à Old Trafford, devant plus de 40 000 personnes.

Au-delà de cet impressionnant parcours européen, le Racing nourrit un autre rêve au cours de cette saison, celui de devenir champion de France.
En lutte avec le FC Nantes, tout semble pouvoir se jouer le 5 mai 1965, lorsque le RCS accueille les Canaris à la Meinau.
Les Bleus mènent au score jusqu'à la 86e minute et étaient donc virtuellement leaders du classement.
Hélas, l'égalisation de Jean-Claude Suaudeau brise l'élan alsacien : privés des tours de passe-passe de Farias et émoussés par une longue saison, les Strasbourgeois finiront difficilement le championnat au cinquième rang.

Mais le Racing prendra une éclatante revanche sur Nantes un an plus tard en finale de la Coupe de France au cours de laquelle le Racing marque l'unique but sur un coup-franc obtenu par Farias.
Une finale dont il jouera l'essentiel de la seconde période sur une jambe suite à une blessure au péroné, les remplacements étant à cette époque interdits.
Ironie de l'histoire, un joueur nantais, également blessé, dut quitter ses coéquipiers dès les premières minutes de cette finale. Il s'agissait de son ami Ramón Muller, passé à Nantes à l'intersaison précédente.

Cette victoire consacre le travail d'un entraineur, Paul Frantz, et d'une équipe arrivée à maturité, à l'image de José Farias. « Je dois au football alsacien de m'avoir communiqué ce que les Argentins n'ont pas, c'est-à-dire cette endurance, cette obstination, cette force de caractère, cette volonté de gagner, des qualités qui caractérisent, autant que j'ai pu en juger, les gens de l'Est. Il est inconstestable que mon séjour en Alsace a enrichi mon bagage de footballeur. En un mot, je suis moins bohème qu'auparavant ».

Cependant, au RCS, chaque grand succès est suivi d'une période de désenchantement et la démission à l'intersaison de Paul Frantz marque la fin d'une époque brillante.
Gilbert Gress s'en va à Stuttgart et l'Argentin Rubén Muñoz est engagé pour le remplacer au poste d'ailier droit.
En 1967, le Racing compte ainsi pas moins de trois Argentins dans son effectif suite au retour de Ramón Muller en Alsace après son passage à Nantes.

Mais en fin de saison, Farias quitte à son tour l'Alsace pour rejoindre le Red Star pendant trois belles années (96 matchs, 30 buts) avant de terminer sa carrière professionnelle à Toulouse, en deuxième division, club contre lequel il avait disputé son premier match – et marqué son premier but - sous le maillot strasbourgeois.

Revenu ensuite au Red Star en tant qu'entraîneur pendant quatre ans, Farias quitte définitivement la France en 1975 pour poser sa valise dans son ranch de 40 hectares en Argentine, afin de s'occuper de ses 300 cochons, 40 vaches et 10 chevaux.
Il crée un peu plus tard une école de football, à quelques kilomètres de Buenos Aires, avant de devoir se retirer pour affronter une maladie qui l'emportera en 2004.

Déjà en France, José Farias avait aimé transmettre ses meilleurs tours aux plus jeunes. « A l'école de football de Strasbourg, j'apprenais aux gosses des gestes techniques. Ils étaient fascinés et leur joie était immense quand ils avaient réussi un truc que je leur avais montré. Et ma foi, moi aussi, j'étais heureux. Le football est un jeu merveilleux qui exige de l'inspiration. Créer engendre de la joie. »

filipe

Commentaires (0)

Flux RSS
  • Aucun message pour l'instant.

Commenter