La multipropriété en débat en France (au-delà de BlueCo)
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sa3ntiagoL'Assemblée nationale de la république va discuter une loi transpartisane, mais portée par Eric Coquerel (LFI), « visant à lutter contre les dérives de la multipropriété dans le secteur du football professionnel » (proposition de loi n° 1301, déposée le jeudi 17 avril 2025).
https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1301_proposition-loi#
Pour ceux qui n'ont pas envie de lire la proposition de loi, un court débat sur RMC où Riolo dit, il me semble, l'essentiel :
Ceci dit, ça a au moins le mérite de mettre les pieds dans le plat. -
Quand tu vois qu'ils ne sont pas foutus de légiférer sur le droit à disposer de sa propre mort, sujet qui transcende les partis et fait plus appel à la sensibilité de chacun plutôt qu'à des positions partisanes de politique politicienne, voir LFI porter une loi qui ferait l'unanimité au parlement me parait au mieux un doux rêve, au pire un échec annoncé.
Je suis totalement pour que la MP soit a minima très régulée et encadrée, aux mieux totalement interdite.
De là à croire que ça arrivera dans un avenir proche ce serait totalement inouï. En tout cas avant le terme de cette législature. -

Dans un article du Monde du 26/09/2025, il est dit que « selon le décompte de l’observatoire danois Play the Game, 229 formations européennes étaient concernées en », et en 2025-26, en France, « dix en Ligue 1 et sept en Ligue 2 ».
Après un passage sur le Racing Chelsea-Strasbourg qui n'apprend rien à un lecteur de ce site, la journaliste cite E. Coquerel (« ce modèle [de multipropriétés] va vite se révéler inopérant »), et rappelle que celui-ci « veut promouvoir une solution de remplacement à la tendance actuelle en Europe, […] avec l’« exemple allemand [comme] figure de référence : outre-Rhin, la règle des « 50 + 1 » garantit que la majorité des droits de vote demeure entre les mains du club et de ses membres. Un investisseur peut financer le développement sportif ou commercial, mais sans jamais contrôler seul les décisions stratégiques. »
D'autre part, l'article cite « Pierrick Courbon, député socialiste », qui « prône un modèle hybride mêlant “actionnariat populaire” et sponsors locaux, soutenu par des incitations fiscales », or, d'après, elle « fragilisés par des droits télévisuels trop faibles, les clubs manquent de ressources », sans interroger la structure des dépenses d'un club, notamment sa masse salariale.
Enfin, la journaliste donne la parole au porteur du projet et le cite à nouveau : « si on n’arrête pas ça maintenant, il est fort probable qu’on puisse se retrouver avec 10 ou 15 multipropriétaires qui détiennent de fait la plupart des clubs ayant une quelconque importance au niveau européen et français. Elle termine avec sa sentance : « conscients de la faible adhésion des clubs à leur projet, les députés espèrent néanmoins lancer une dynamique européenne », qui parait totalement illusoire dans l'Europe des 27 et de la Commission d'Ursula von Leyen… -
takl a écrit, le 29/09/2025 00:08 : …voir LFI porter une loi qui ferait l'unanimité au parlement me parait au mieux un doux rêve, au pire un échec annoncé.
J’essayais de souligner l'aspect transpartisan de la chose pour que ce ne soit pas un débat sur LFI, le NFP ou autre, mais sur la multipropriété…
takl a écrit, le 29/09/2025 00:08 : Je suis totalement pour que la MP soit a minima très régulée et encadrée, aux mieux totalement interdite.
De là à croire que ça arrivera dans un avenir proche ce serait totalement inouï. En tout cas avant le terme de cette législature.
J'ai l'impression qu'on est face à un Frankenstein que plus personne ne maîtrise : tout le monde trouve ça dangereux, contraire à l'éthique sportive, peu ragoutant pour les clubs annexes (mais bougrement logique en terme de groupe et du point de vue du club grand frère) et pourtant personne ne semble pouvoir arrêter la chose. Un peu comme l'IA, l'identité numérique et le contrôle des populations qu'elle permet, la guerre biologique, etc. qui sont créées par l'humanité mais lui échapperaient.
Enfin on ne va pas faire de la philosophie, Alain Plet et Marc Keller nous l'ont interdit, mais dans le sport on a ouvert la boite de Pandore, apparemment. -
Il y a deux écueils majeurs à ce que cette loi soit adoptée:
* La L1 souffre en majorité à cause de la MP, mais le PSG est une tête de gondole de la sienne. Il y aura donc des réticences à ce niveau.
* La loi a vocation nationale, ça ne stoppera pas le phénomène ailleurs en Europe. C'est à l'UEFA de se bouger. Mais l'UEFA ne bougera sans doute jamais, il faut de l'apport d'argent frais en permanence dans le système. Maintenant que les États interessés sont propriétaires de leur équipe, il ne reste plus grand monde en mesure d'apporter la quantité d'argent nécessaire.
Bref, je ne crois pas à une résolution politique de la MP.
Je vois trois scenario :
* La CJUE interdit le système, car contraire à l'équité sportive. Je n'y crois pas trop.
* Le système arrive de lui-même à bout de souffle, car in fine tout la pyramide est financée sur les droits TV, qui finiront bien par baisser un jour.
* L'intégralité du foot européen se structure en MP, créant de facto une Super-League. Youpi......... :( -
raukoras a écrit, le 29/09/2025 06:25 :
* La L1 souffre en majorité à cause de la MP, mais le PSG est une tête de gondole de la sienne. Il y aura donc des réticences à ce niveau. (...)
* Le système arrive de lui-même à bout de souffle, car in fine tout la pyramide est financée sur les droits TV, qui finiront bien par baisser un jour.
* L'intégralité du foot européen se structure en MP, créant de facto une Super-League. Youpi......... :(
Sur le premier point, je pense que tu fais erreur. C'est la crise du foot français, liée aux droits TV qui attire les MCO, c'est pas la multipropriété qui fait souffrir la L1.
Y 7/8 ans, avec des droits TV à 500 ou 600M/saison, personne n'aurai envisagé d'adhérer à une MCO comme celle de BlueCo. Ni dans l'état-major du Racing, ni dans les tribunes de la Meinau. C'est la crise financière du foot français qui a rendu acceptable cette option.
Sur le deuxième point, effectivement, les droits TV sont centraux dans le financement du foot. Et c'est bien pour cela que faire partie d'un groupe qui y a accès à cette ressource en quantité importante est une tentation forte pour un club en panne de recettes. C'est le choix fait par Keller avec BlueCo.
Aujourd'hui, y a quasiment plus que 3 compétitions qui te garanties des ressources suffisantes pour envisager un projet sportif compétitif sans déficit structurel : la PL et la Bundesliga (avec un gap énorme entre les deux), s'ajoute la Ligue de Champions qui présente la particularité d'un accès non garantie. On notera le cas particulier du Réal et du Barça qui ponctionnent la majeure partir des droits TV espagnols.
Tous les autres clubs sont obligés de faire du trading pour survivre (chacun à son échelle). Enfin, non le trading c'est pas cool, donc les clubs construisent des effectifs dont l'objectif prioritaire est de "créer de la valeur".
Enfin, la Super-League existe déjà de facto. C'est la première division Anglaise et la Ligue des Champions.
N'importe quel joueurs professionnel n'aspire qu'à un chose, rejoindre la PL ou un club jouant la LDC.
La concentration du talent sportif suivant la concentration des moyens financiers.
D'où le terme de "NBA-sation" que j'utilise régulièrement (sans parler de l'américanisation du football dans les aspects connexes au jeu en lui-même : merchandising, communication, internationalisation...) -
knack90 a écrit, le 29/09/2025 09:24 :
Sur le deuxième point, effectivement, les droits TV sont centraux dans le financement du foot. Et c'est bien pour cela que faire partie d'un groupe qui y a accès à cette ressource en quantité importante est une tentation forte pour un club en panne de recettes. C'est le choix fait par Keller avec BlueCo.
C'est une des raisons pour laquelle la multipropriété de Textor était bancale. Pas de club avec un accès à de grosses ressources TV, puisqu'il n'était pas majoritaire dans Crystal Palace. -
@tomifan
Tout à fait, c'est un des deux principaux points absolument cruciaux sur lesquels les situation d'Eagles et de BlueCo diffèrent :
1- BlueCo profite des droits TV anglais et des primes de classement en PL de Chelsea (sans compter les LDC ou le Mondial des clubs), contrairement à Eagles qui avait échoué à prendre le contrôle de Crystal Palace (puis d'Everton). Ça change complètement le modèle financier avec, d'un côté le trading comme source de bénéfices (le fonctionnement étant couvert par les recettes) et de l'autre le trading comme obligation de survie en raison d'un déficit structurel important (en gros, le modèle français classique mais plombé en plus par le coût de fonctionnement des autres structures).
2- Par ailleurs, BluCo a acheté Chelsea et Strasbourg avec l'argent de ses actionnaires (dont Clearlake), contrairement à Eagles qui a acheté ses clubs avec l'argent de prêteurs extérieurs (dont Ares notamment) et doit donc, à termes, rembourser ses prêts en plus de faire suffisamment de bénéfices en trading pour combler son déficit structurel. Ça devient quasiment mission impossible.
On en revient toujours au point de central du sujet abordé dans ce topic : on parle de MCO comme d'un modèle générique, mais il y a autant de modèles de MCO que de projets différents.
Comparer BlueCo, City group, Eagles ou BlueCrow (Le Havre, Leganes, Cancun, un club tchèque et un club des EAU) n'a absolument aucune pertinence et dans ces conditions, comment légiférer/réguler de manière efficace ?
Enfin, avec BlueCo, je considère qu'on est tombé sans doute sur le modèle de MCO la plus dur à accepter d'un point de vue moral et de l'égo (avec une hiérarchie très claire, où un club est clairement l'outil quasi-exclusif de valorisation du groupe) mais sans doute aussi sur le modèle économique le plus sécurisant et sportivement le plus pertinent.
D'ailleurs, le nouveau propriétaire du HAC a brossé les supporters Havrais dans le sens du poil en affirmant qu'il n'y aurai jamais, contrairement à Strasbourg, de hiérarchie au sein de BlueCrow. Alors, oui, ça fait plaisir à l'égo des fans et ça évite sans doute des grèves, mais dans l'absolu c'est bien plus dangereux pour la pérennité à termes des entités de la MCO.
Parce que sans sources de revenus stables sur une des entités (droits TV, qualifs européennes régulières...), en cas de trading raté sur 2/3 ans ou d'augmentation incontrôlée des dépenses, la tentation de recentrer toutes les ressources du groupe sur l'entité la plus rentable, y compris en bradant les actifs financiers des autres, existe fortement. -
Pour rebondir sur les arguments intéressants développés ici par les uns et les autres, je pense qu'il est utile de se pencher sur les tenants et les aboutissants ayant amené les gérants de ces fonds d'investissement (que ce soit Blueco, Clearlake, Eagles...) à investir dans le sport américain et plus récemment dans le football en Europe.
Suite à une citation d'un membre du Stub, j'ai regardé il y a quelques mois sur Youtube un débat dénommé “Buying a sports team is one of the ways that you can get a legal monopoly” auquel participait Behdad Eghbali ainsi que d'autres gérants de fonds.
Dans les grandes lignes voici les opportunités qu'ils ont identifiées pour motiver leurs actionnaires à investir dans le sport :
1/ Le sport professionnel est l'une des rares industries aux États-Unis (avec la santé et l'éducation) à avoir maintenu une croissance des revenus d'au moins 6 % pendant 25 années consécutives, grâce à un pouvoir de fixation des prix monopolistique sur le divertissement en direct dans son marché local.
En terme de business, ce monopole repose sur les éléments suivants : structure de ligue fermée avec absence de promotion/relégation réduisant les risques de crash industriel, système de zone géographique réservée pour les franchises, partage des droits TV égaux et salary cap, marché de l'offre et la demande inélastique avec une forte demande pour les diffusion de matchs en direct prime time. Tous ces éléments permettant des droits TV toujours plus élevés entrainant une hausse de la valeur des franchises...
2/ L'opportunité européenne : le gap de sophistication.
Le consensus des gérants de fonds est que le football européen représente une opportunité immense, principalement parce qu'il est en retard sur le plan commercial et technologique par rapport aux ligues américaines.
Le constat d'Eghbali et consorts est saisissant :
* Le sport européen est « probablement 20 ans derrière nous » en matière de sophistication commerciale
* 90 à 95 % des bases de fans des meilleurs clubs anglais sont situés en dehors du Royaume-Uni, mais la monétisation de ce public mondial via le mobile et les médias est encore au stade de « 1999 »
* Le marché américain est largement optimisé. La capitalisation boursière cumulée des grands championnats européens (avec une base de fans mondiale de 3 à 4 milliards) est de l'ordre de 30 à 35 milliards de dollars, contre 150 milliards de dollars pour la seule NFL (avec une base de fans de seulement 200 millions de personnes)
3/ Le modèle de multipropriété (MCO ou multi club ownership) vu comme une logique industrielle
A. Gestion du Talent et Arbitrage
Le MCO crée des « parcours de développement » pour les joueurs. Il permet de signer et de retenir le talent jeune (Cf. Emegha).
Il permet de gérer les coûts de main-d'œuvre de manière plus efficace, en évitant d'acheter des agents libres coûteux de 30 ans.
Il ouvre la possibilité d'un « arbitrage de talents » en identifiant et en développant des joueurs dans des ligues ou des régions moins chères (Portugal, Afrique, France).
Behdad Eghbali cite l'exemple du groupe Red Bull qui génère 50 à 100 millions de dollars de bénéfices annuels grâce à la vente et au trading de joueurs
B. Intégration verticale
Selon Jerry Cardinale (Redbirds Capital propriétaire du Milan AC et du FC Toulouse), la MCO permet une « logique industrielle ». En développant ses propres capacités (analyse de données, marketing, infrastructures) et en les amortissant sur plusieurs clubs, on peut réaliser une intégration verticale et « éliminer tous les intermédiaires » qui monétisent la propriété intellectuelle.
De manière imagée les clubs en MCO permettent de fonctionner de la manière suivante :
1) Imaginez que la performance sportive soit le produit d'une usine. Auparavant, chaque club était une petite usine isolée. La MCO transforme le groupe de clubs en une grande corporation industrielle.
La « logique industrielle » signifie ici qu'on applique au sport les principes qui rendent les grandes entreprises plus rentables :
Standardisation et Efficacité : Au lieu que chaque petit club développe son process, le groupe crée un système unique et efficace. Par exemple, le club principal (comme Chelsea ou l'AC Milan) met au point les meilleures méthodes d'entraînement et d'analyse de données (le know-how).
Amortissement des Coûts : L'achat d'un logiciel d'analyse de données ou l'embauche d'une équipe de psychologues sportifs coûte cher. Si vous n'avez qu'un club, ce coût n'est amorti que par cette seule équipe. Si vous en avez dix (le Multi-Clubs), ce même coût est divisé par dix, rendant l'investissement immédiatement plus rentable. C'est l'idée d'« amortir les coûts sur plusieurs clubs ».
C'est comme les centrales d'achats de supermarchés achetant en gros les produits : le coût unitaire est bien plus faible que si chaque magasin achète séparément.
2) L'Intégration Verticale : Maîtriser sa Matière Première
L'étape suivante est de maîtriser la chaîne de production pour ne plus dépendre de personne. Dans le football, la « matière première » est le talent du joueur (le jeune espoir).
Avant l'Intégration (Externalisation) : Sans MCO, l'ancien Racing devait acheter un joueur plus ou moins talentueux de 25 ans à un club tiers. Il payait alors le prix fort du marché, incluant la marge de l'agent et du club vendeur.
Après l'Intégration (MCO) : Grâce au MCO, le grand club possède un club plus petit (une « filiale ») dans un pays d'Amérique du Sud ou dans une ligue de deuxième rang (ex :la France). Ce petit club est utilisé pour repérer, former et développer les jeunes espoirs. Le grand club peut ensuite transférer ce joueur dans ses rangs pour un coût très faible, car le fournisseur, c'est lui-même ! (Ex : M. Sarr)
C'est cela l'intégration verticale : le contrôle de toutes les étapes, de la matière première brute (le jeune talent) jusqu'au produit fini (le joueur professionnel).
3) Éliminer les Intermédiaires : Monétiser la Propriété intellectuelle
Enfin, l'objectif est d'« éliminer tous les intermédiaires qui monétisent la propriété intellectuelle (PI) ».
Dans le sport, la Propriété Intellectuelle (PI) est la marque (le logo, le nom), l'image de l'équipe et, surtout, le contenu (les vidéos, les droits TV, les données).
Avant (Dépendance) : Le club cédait les droits de merchandising à des tiers et laissait l'accès aux données des fans à une plateforme. Chaque intermédiaire prenait une commission (une marge).
Après (Autonomie) : Le groupe (le MCO) créera sa propre plateforme de contenu, gèrera sa propre billetterie, et vendra directement les produits dérivés via ses propres canaux.
En reprenant la « logique industrielle », si le groupe contrôle sa propre chaîne de distribution de contenu (l'intégration en aval), il capte l'intégralité de la marge et contrôle la relation client (le fan), maximisant ainsi les profits sur toutes les activités du groupe.
C. Risque et Réglementation
Le principal défi réglementaire mentionné est le règlement de l'UEFA sur la propriété multiple qui interdit à deux clubs ayant le même propriétaire de participer à la Ligue des Champions (Champions League). Une solution possible est d'être actionnaire minoritaire dans certains clubs, tout en maintenant un « pare-feu » (firewall) clair sur le scoutisme et la prise de décision. Ce défi règlementaire sera peut-être plus important en France avec la nouvelle loi en discussion.
J'en doute...Lorsque les Etats-Unis ont voté leur première loi anti-trusts (loi Sherman anti-monopoles de 1890) pour mettre fin au monopole sur le pétrole de l'empire Rockfeller le contrôle inefficace de la loi et l'évasion juridique (création des holdings) avait entrainé une augmentation considérable du nombre de monopoles...
4/ Stratégie d'Exit et Vision à Long Terme
Face à l'obligation du Private Equity (PE ou capital-investissement en français) d'offrir des rendements et des sorties à ses investisseurs (C'est l'étape où le fonds vend l'entreprise qu'il a développée ou restructurée souvent dans une période de à 10 ans. C'est l'unique moment où l'argent investi, augmenté du profit, est récupéré et distribué aux investisseurs...), les représentants des sociétés de gestion participants au débat proposent des solutions adaptées à la nature de l'actif sportif.
Le modèle de Cardinale, basé sur l'analogie du "Mini-Disney" visant à transformer les équipes sportives, historiquement déficitaires ou peu rentables, en entreprises générant d'importants flux de trésorerie positifs (cash flow properties).
Mécanisme : Une fois que le travail de création de valeur est effectué (nouveaux stades, accords médiatiques optimisés, expansion de la marque), l'équipe génère plus d'argent qu'elle n'en dépense. Ce surplus (les flux de trésorerie) peut être utilisé pour rembourser les investisseurs du fonds de PE.
Résultat : Le fonds peut distribuer une partie du capital initial et du profit aux investisseurs (les LPs) sous forme de dividendes ou de distributions régulières, sans avoir à céder l'équipe. L'investisseur obtient son rendement, mais l'équipe reste sous le contrôle du gérant du fonds ou du fonds de continuation.
une autre solution est de créer un Véhicule de Continuation (Icon Vehicle)
Behdad Eghbli introduit la notion de « Continuation Vehicle », un outil de PE qui permet de conserver des actifs de très longue durée, voire permanents. Cela répond à la demande des investisseurs institutionnels (fonds de pension) qui souhaitent détenir ces actifs pour une période étendue. Ce modèle permet aux investisseurs initiaux de choisir de vendre ou de rester dans le nouvel instrument. En résumé, le fonds de continuation fournit le capital nécessaire pour acheter l'actif au fonds initial, permettant ainsi au fonds initial de se liquider (de fermer) comme prévu contractuellement et de satisfaire l'obligation de sortie et de rendement envers ses propres investisseurs. C'est une transaction de rachat entre deux fonds gérés par la même entité.
5/ La Relation avec les Fans et la Structure des Ligues
L'investissement en Europe est considéré par les fonds comme un « partenariat public-privé » où le devoir est de « fournir une proposition de valeur aux fans qui sont des partenaires implicites, c'est à dire que les fans sont considérés comme les principaux clients.
En Europe, les clubs sont souvent des institutions culturelles et sociales profondément enracinées. Leur succès dépend du soutien continu et passionné de la communauté. L'investisseur privé (le PE) doit s'aligner sur les attentes publiques et sociales (le "public") pour réussir.
Les fans européens ont une influence morale et émotionnelle sur la gestion du club qui dépasse celle d'un client lambda. Ils ne peuvent pas être traités uniquement comme des consommateurs passifs. Leurs exigences de victoire et d'identité (la nécessité de "gagner" citée dans le débat) sont des contraintes de gestion que les investisseurs sont obligés d'intégrer.
En somme, le fan est le client payeur, mais le Private Equity le qualifie de partenaire implicite pour reconnaître que l'équation ne se limite pas à la transaction financière ; elle inclut un devoir de performance et de respect de l'héritage sans lequel l'actif perdrait sa valeur émotionnelle et économique.
Ce débat de 2023 ne vous semble pas d'actualité au regard des différents sujets de friction agitant la communauté locale ??? -
Vivement que cela soit interdit. J'ai rarement vu quelque chose d'aussi chiant et inintéressant.
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Regarde un match du Racing pour te changer les idées... ah non...
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Merci @numbtrinity pour le travail.
Complexe mais tellement pertinent pour analyser le projet BlueCo au sens large, dans un contexte d'americanisation du football déjà bien avancé, y compris dans des clubs a l'actionnariat traditionnel, sur des sujets comme la com' ou le merchandising.
Le Premier League, en avance de 10ans, illustre bien ce que sera l'avenir du football européen.
Que cela nous chagrine ou non n'y changera rien. -
@numbtrinity j’avais vu la même chose à l’époque super intéressant et on remarque vite que le projet BlueCo au racing en prend la direction. Merci beaucoup de l’avoir posté !
Mes questions sont en deux parties du coup :
1. ne doivent-ils pas continuer à augmenter la valeur de leur actif (le RCS dans ce cas) et jusqu’à où (ou se trouve le plafond de verre) ? Possibilité de coexister au même niveau que Chelsea la champions league ou alors ils se satisferont de C2?
(On dit à juste titre que la C1 c’est la super league, la communication va dans le sens d’aller chercher la C1)
2. C’est évoqué la part des fans avec le côté identitaire fort par rapport aux US. Mais les dernières mesures prises par le club semble justement pousser les fans avec une forte identité (respect héritage etc) dehors et les garder les fans pour qui « seul » le sportif compte. Quid de ce qui était prévu en 2023 ou du moins évoqué ?
Ils ont vite remarqué plus de révolte que prévu voilà pourquoi cette action ? -
numbtrinity a écrit, le 29/09/2025 17:26 :
Ce débat de 2023 ne vous semble pas d'actualité au regard des différents sujets de friction agitant la communauté locale ???
J'ai écouté une vidéo de Boehly qui dit grosso modo ce que tu as résumé de Eghbali sur la multipropriété.Impossible d'afficher la vidéo youtube https://youtu.be/9emGSQsQB1Q
S'accaparer le maximum de recettes possibles et réduire les frais par différents mécanismes.
J'ai aussi écouté Boehly sur d'autres sujets vu qu'il était invité à un forum au Qatar. Quand il s'agit du sport, pas une seule fois Strasbourg est cité et on comprends assez vite pourquoi. Les chiffres qu'il donne en terme d'audience, de suivi, d'objectifs que ce soit dans le sport, les investissements technologiques de reconnaissance facial par exemple, donnent le tournis. A Chelsea ils visent des recettes avec une demande qui n'existera jamais à Strasbourg. Je ne crois pas un seul instant qu'on entre dans l'équation qu'Eghbali a décrite avec le private equity vis à vis des supporters et du public lambda. Nous c'est vis à vis de Chelsea, point barre. Satisfaire tout ce qui gravite autour de ce club. -
Merci pour la traduction @numbtrinity.
Cette conférence est assez prophétique, car bon nombre d'éléments qu'elle aborde se sont déjà réalisés.
Le coup du "tant qu'on gagne ce sera accepté par les supporters" me paraissait trop gros pour être vrai, mais c'est visiblement ce qui se réalise (et même MK a repris cette réthorique dans sa dernière conférence de presse).
Sur le tableau de marche dressé pendant la conférence l'étape suivante est de s'attaquer aux droits TV, dans leur répartition ou sur ce qu'un club peut monétiser de lui-même. Curieux de voir comment ils vont s'y prendre.
Attention spoiler - cliquez pour afficheret l'intervention de Cardinale me fait toujours autant sourire, c'est vraiment l'arrogance typique américaine. -
« Le tant qu’on gagne sera accepté par les supporters » fonctionne sous n’importe que type d’actionnariat!
À Strasbourg on est un cas particulier, peut être unique, puisque avec des voyants totalement au vert, la situation reste compliquée en tribune. -
@quentin671, pour ma part je pense que :
1) La stratégie des fonds d'investissement est, par définition, d'augmenter la valeur de leur actif pour garantir le rendement attendu par leurs actionnaires car leur modèle de Private Equity repose sur la création de valeur pour une sortie future ou un refinancement.
Le risque majeur pour Blueco va se situer dans 5-7 ans si l'actif Racing ne se valorise pas assez pour assurer la rentabilité de leur opération dans le cadre d'une vente du club ou de la création via une de leur filiales d'une société de refinancement (via l'endettement ou la création de nouvelles obligations).
Pour atteindre cet objectif, ils ont déjà commencé à actionné les leviers de valorisation du club : performance sportive (qualification en coupe d'Europe avec volonté de la jouer chaque année) + modernisation des infrastructures via le stade pour créer des nouveaux flux de trésorerie + monétisation de la marque pour augmenter les revenus commerciaux et les partenariats (nouveaux sponsors, développement du Racing Business Club...) et bientôt certainement un développement de la monétisation numérique pour les fans (offres mobiles personnalisées...).
2) Le débat de 2023 qui évoque les fans comme des « partenaires implicites » dont les « exigences de victoire et d'identité » sont des contraintes obligatoires sert à mon avis à rassurer les investisseurs en soulignant que le fonds comprend la spécificité européenne. En réalité, "Partenaire Implicite" ne signifie pas partenaire moral : il signifie un client captif qui, par sa passion et son attachement à l'identité et à la victoire, garantit la demande et donc la valeur économique de l'actif.
Ce qui était prévu ou évoqué en 2023, c'est une monétisation progressive et une professionnalisation commerciale, tout en conservant une image de "respect de l'héritage" pour maintenir la fidélité de la base de fans. L'idée était à mon avis d'augmenter la base de fans et de transformer les fans locaux vers un profil de "consommateur d'événement sportif (=le modèle US de divertissement).
Les actions récentes (hausse des prix, gestion de la billetterie, réduction des avantages pour les abonnés historiques, suppression de certains symboles) semblent aller dans ce sens en privilégiant le fan consommateur au détriment du fan identitaire (héritage, ultras...).
Par contre, il est très probable que le fonds ait sous-estimé la profondeur de l'attachement identitaire en France (et en Europe). Le fan européen n'est pas un consommateur passif comme dans le modèle de ligue fermée américaine.
Pour Blueco, la révolte identitaire est un risque opérationnel qui menace la stabilité et l'image de marque. L'objectif pourrait donc être de désactiver les factions les plus bruyantes et structurées pour reprendre le contrôle total du "produit club" et de son récit. -
Pour rappel, on parle de la MP en général, pas de BlueCo en particulier.
Si ce que fait BlueCo avec les UB90 est une bonne illustration de la stratégie décrite par @numbtrinity, la discuter se fait dans d'autres topics.
En vous remerciant par avance :) -
numbtrinity a écrit, le 30/09/2025 09:07 :
Par contre, il est très probable que le fonds ait sous-estimé la profondeur de l'attachement identitaire en France (et en Europe). Le fan européen n'est pas un consommateur passif comme dans le modèle de ligue fermée américaine.
Je pense surtout que c'est les européens qui surestiment la résistance à l'américanisation.
Ca me fait penser aux réflexions lorsque les fast-food sont arrivés -> "on a une culture de la bonne nourriture en France, ça ne fonctionnera jamais". On voit où on en est quelques décennies plus tard, il y a limite plus de fast food que de restaurants traditionnels... -
@inonime, tu as raison.
Le débat concernant la multipropriété et la résistance identitaire se heurte à la force de frappe économique et à l'attractivité de la performance. Le fan de football, tout en valorisant la tradition, valorise aussi (et parfois surtout) la victoire.
La plupart des spectateurs de foot pourront s'accoutumer à la multipropriété, par pragmatisme face aux moyens financiers qu'elle peut offrir à leur club, tout comme le Français a intégré le fast-food par commodité. -
Pour en revenir à la proposition de loi que @sa3ntiago a cité à l'origine de ce topic, on peut tout de même s'interroger sur sa conformité avec le droit européen.
L'interdiction de la multipropriété internationale, telle que formulée dans l'Article 1, pourrait être jugée contraire au principe de libre circulation des capitaux et à la liberté d'établissement au sein de l'Union européenne.
Au nom de la libre concurrence, les investisseurs pourraient faire valoir que cette loi entrave leur droit d'investir librement dans des entreprises (les clubs de football) à travers l'Europe.
Et même si elle était adoptée, la loi pourrait être attaquée devant les tribunaux européens (comme la Cour de justice de l'Union européenne), ce qui rendrait son application incertaine… -
Le fast-food tout comme la multi-propriété ce sont des tendances, absolument rien n'est gravé dans le marbre, rien ne nous assure qu'il s'agit d'un aboutissement et donc la voie à absolument suivre
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rubinsteiner a écrit, le 30/09/2025 08:13 : « Le tant qu’on gagne sera accepté par les supporters » fonctionne sous n’importe que type d’actionnariat!
À Strasbourg on est un cas particulier, peut être unique, puisque avec des voyants totalement au vert, la situation reste compliquée en tribune.
Ce point de vue ne tient qu'à la condition de ne pas différencier modèle (multipropriété) et méthodes, qui sont pourtant très opposées entre Strasbourg et Lens par exemple -
@yannickfm, le modèle du fast-food est plus qu'une mode ; c'est une solution presque parfaite à des contraintes sociales et économiques modernes. Même si ça ne préjuge pas du fait qu'il s'agit de la voie à suivre, tu sais comme moi que les modèles capitalistes dominants sont difficiles à contrer dans la société actuelle...
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