Poésie
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Poème à Lou
Je t'écris ô mon Lou de la hutte en roseaux
Où palpitent d'amour et d'espoir neuf coeurs d'hommes
Les canons font partir leurs obus en monômes
Et j'écoute gémir la forêt sans oiseaux
Il était une fois en Bohême un poète
Qui sanglotait d'amour puis chantait au soleil
Il était autrefois la comtesse Alouette
Qui sut si bien mentir qu'il en perdit la tête
En perdit sa chanson en perdit le sommeil
Un jour elle lui dit Je t'aime ô mon poète
Mais il ne la crut pas et sourit tristement
Puis s'en fut en chantant Tire-lire Alouette
Et se cachait au fond d'un petit bois charmant
Un soir en gazouillant son joli tire-lire
La comtesse Alouette arriva dans le bois
Je t'aime ô mon poète et je viens te le dire
Je t'aime pour toujours Enfin je te revois
Et prends-la pour toujours mon âme qui soupire
Ô cruelle Alouette au coeur dur de vautour
Vous mentîtes encore au poète crédule
J'écoute la forêt gémir au crépuscule
La comtesse s'en fut et puis revint un jour
Poète adore-moi moi j'aime un autre amour
Il était une fois un poète en Bohême
Qui partit à la guerre on ne sait pas pourquoi
Voulez-vous être aimé n'aimez pas croyez-moi
Il mourut en disant Ma comtesse je t'aime
Et j'écoute à travers le petit jour si froid
Les obus s'envoler comme l'amour lui-même
10 avril 1915.
Guillaume APOLLINAIRE -
Impression de printemps
Il est des jours - avez-vous remarqué ? -
Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau,
Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai
Que la même gaieté d'un damoiseau.
L'on se souvient sans bien se rappeler...
Évidemment l'on rêve, et non, pourtant.
L'on semble nager et l'on croirait voler.
L'on aime ardemment sans amour cependant
Tant est léger le coeur sous le ciel clair
Et tant l'on va, sûr de soi, plein de foi
Dans les autres, que l'on trompe avec l'air
D'être plutôt trompé gentiment, soi.
La vie est bonne et l'on voudrait mourir,
Bien que n'ayant pas peur du lendemain,
Un désir indécis s'en vient fleurir,
Dirait-on, au coeur plus et moins qu'humain.
Hélas ! faut-il que meure ce bonheur ?
Meurent plutôt la vie et son tourment !
Ô dieux cléments, gardez-moi du malheur
D'à jamais perdre un moment si charmant.
Paul Verlaine -
Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée
Lettre de Georges Sand à Alfred de Musset :)) -
Journée de la pleine lune
Au sommet de la dune
A caresser de loin ton chien
T'oublies or not t'oublies
Les ombres d'opalines
au rendez-vous suivant, j'attends
Au fond d'une autre limousine
Qui ne vaut pas plus cher
Que ce bouquet de nerfs
A frôler la calanche
Les étendues salines
A perte de vue on s'imagine en Chine
Trompe la mort et tais-toi
Trois petits tours et puis s'en va
J'opère tes amygdales
Labyrinthiques, que dalle
Ne m'est plus rien égal
Je sais je n'ai offert que des bouquets de nerfs
Rubis de Sade et jade, déjà je dis non
Diamant, c'est éternel
Des fleurs, des bouts du ciel immense
La liste des parfums capiteux
Capitalistes c'est bien bien
Mais olfacultatif
Liste en boule, au panier
Finalement j'ai offert quelques bouquets de nerfs
Agendas donnez-moi
De vos dates à damner
Tous les bouddhas du monde
Et la Guadalupe
S'il arrive qu'un anglais
Vienne me visiter
Dans la métempsychose
Je saurai recevoir je peux lui en faire voir de la sérénité
Et même lui laisser un certain goût de fer
Et ce bouquet de nerfs
Noir Désir-Bouquet de nerfs -
captainflirt a écrit : Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée
Lettre de Georges Sand à Alfred de Musset :))
Réponse d'Alfred :
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
Réponse de George :
Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
-
"On les rencontre parfois
Sur une route d'un jour
On les surprend souvent
En train de faire l'amour
A des portées de vent
Qui chantent et qui s'amusent
Sur les filets du temps
Où ballerinent ces muses
Ce sont de jeunes enfants
Pourtant vieux
comme le monde
Qui vous parlent d'un jour
En dessinant une ronde
Ce sont des magiciens
Qui habillent de musique
Les parfums d'un automne
Ou d'un baiser unique
Laissez s'envoler
Les papillons symphoniques
Funambules voyageurs
D'une comptine féerique
Regardez-les partir
Ces naufragés rêveurs
Qui transforment la laideur
En un bouquet de fleurs
Ecoutez la pavane
Des mômes de septembre
Cette marelle insolente
Que la mort ne peut prendre
On peut les voir aussi
Boire cette vieille absinthe
Qu'est le chant du souvenir
De la mémoire labyrinthe
Ils cherchent quelques notes
Dans un coin d'enfance
Ils cherchent quelques mots
Pour prolonger cette danse
Alors il tournent
et ils soufflent
Sur des pavés mouillés
Pour confier à la pluie
Des rengaines oubliées
Des rengaines qui éclatent
Comme des balles
dans le coeur
Des passants qui oublient
Qui se rappellent
et pleurent..."
BABX -
LA ROSE ET LE RÉSÉDA ( Louis Aragon )
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle la sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle l'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle la rose et le réséda -
J'ai vu passer dans mon rêve
-Tel l'ouragan sur la grève,-
D'une main tenant un glaive
Et de l'autre un sablier,
Ce cavalier
Des ballades d'Allemagne
Qu'à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon
Rouge-flamme et noir d'ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop! ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours! Toujours!
Un grand feutre à longue plume
Ombrait son oeil qui s'allume
Et s'éteint. Tel, dans la brume,
Eclate et meurt l'éclair bleu
D'une arme à feu.
Comme l'aile d'une orfraie
Qu'un subit orage effraie,
Par l'air que la neige raie,
Son manteau se soulevant
Claquait au vent,
Et montrait d'un air de gloire
Un torse d'ombre et d'ivoire,
Tandis que dans la nuit noire
Luisaient en des cris stridents
Trente-deux dents.
Paul Verlaine "Cauchemar" -
le plus beau de tous ( le rythme est incroyable) :
EL DESDICHADO
Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Gérard de Nerval -
(...)
"Je viendrais à quatre heures" m'avait promis Marie.
Huit heures.
Neuf heures.
Dix heures.
A son tour, le soir
s'éloigne des fenêtres
dans l'horreur nocturne
renfrogné,
décembral.
Dans mon dos de vieillard
se tordent et s'esclaffent
les candélabres.
On ne me reconnaîtrait plus si on me voyait:
le géant noueux
gémit,
se contorsionne.
De quoi pareille masse pourrait-elle avoir envie?
Mais c'est que justement la masse veut tant de choses!
(...)
Marie ! Marie ! Marie !
Marie ouvre-moi cette porte!
Je ne peux rester à la rue!
Tu ne veux pas?
Tu attends
que, les joues creusées,
goûté de tous,
fadasse,
je veinne te dire
dans un marmonnement édenté
qu'aujourd'hui je suis
"d'une surprenante honnêteté"?
Marie;
tu le vois,
mon dos se voûte déjà.
(...)
Marie, veux-tu d'un homme comme celui-là?
Marie, ouvre-toi à ma supplique !
Marie, la convulsion de mes cinq doigts
étranglera la gorge de ta sonette métallique!
Marie!
Les parcs à bestiaux des rues deviennent féroces.
Les doigts de la cohue couvrent mon cou de cicatrices.
Ouvre-moi!
J'ai mal!
Regarde - j'ai les yeux hérissés
d'épingles à chapeaux de dames !
Elle m'a ouvert.
Vladimir Maïakovski Le nuage en pantalon., 1915. -
Charles Baudelaire : "Le revenant"
Comme les anges à l'oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit,
Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.
Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Où jusqu'au soir il fera froid.
Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.
Magnifique...! :) -
(...)
Marie, plus près !
Dans ton indécence déshabillée
ou dans ta crainte frissonante,
donne-moi de tes lèvres le charme non fané :
mon coeur et moi n'avons jamais vécu jusqu'en mai,
or il n'y a guère eu que cent avrils
dans toute ma vie passée.
Marie!
Le poête chante des sonnets à Tiane,
mais moi
- je suis tout de viande,
je suis homme tout entier -
je demande simplement ton corps,
comme le demandent les chrétiens:
"Donne-nous aujourd'hui
notre pain quotidien."
Marie, donne !
Marie!
J'ai peur que ma mémoire perde ton nom,
comme le poête craint de s'aliéner le mot
que sa souffrance nocturne a fait venir au monde
et qui par sa grandeur aurait égalé Dieu.
Ton corps, Marie,
je l'aimerai et veillerai sur lui
comme un soldat
auquel la guerre a laissé un moignon
et qui prend soin de son unique jambe
en inutile
et solitaire compagnon.
Marie
- alors c'est oui?
C'est non!
(...)
Vladimir Maïakovski Le nuage en pantalon., 1915. -
Parce que la poésie c'est aussi cela...
(Satires de l'affable La Fontaine)
La cigale et la fourmi
Ayant goualé tout l'été
Avec les poteaux du loinqué
La cigal' n'eut plus un pélot,
Quand radina le temps frigo,
Pas un loubem de brignolet,
A se carrer sous les crochets.
Elle bagota en sourdine,
Chez la fourmuch' sa copine ;
La pilonnant en loucedé
De lui refiler à croquer ;
Car elle avait les chocottes.
"Nous avons toujours été potes
Lui bonit-elle en chialant ;
Ce n'est pas du boniment."
La fourmuche, une vraie tordue
Répondit :"Tu n'auras que pouic.
Qu'as-tu fabriqué de ton fric,
Pour être aujourd'hui si loqu'due ?
-Toutes les neuill's dans les beuglants,
Je goualais avec les aminches.
-Ah ! Tu goualais, p'tit' peau d'hareng ;
Et bien maint'nant cavale au guinche !
Le corbeau et le renard
Corbeau le ballotin sur un arbre paumé
Planquait entre ses crocs un comac frodogome ;
Renard-le-combinard qui n'avait pas croqué,
Radina en loucedé pour lui faire à l'estom :
"Bavonjavour mon pot', je n'avais pas gaffé
Que tu étais si bath, et si bien balancé,
Sans attiger, si tes chocottes
Sont kif-kif avec ta bouillotte,
Tu es le plus girond des mectons du loinqué..."
A ces vann's le corbeau se sentit chanc'tiquer,
Et pour mieux faire zieuter ses crocs,
Débrida son bavec, lâchant le calendos.
Le renard le brifa sans casquer un rotin,
Jaspinant :"Je t'ai eu avec mon baratin.
Les marles auront toujours la loi avec les caves ;
Ce rencard me vaut bien un fromag', têt' de nave !"
Le corbeau répondit ;"Vieille cloche,
Je m'en tap', ce fromgi avait des astibloches."
MORALITÉ
Chacun dans son loinqué, s'il veut rester peinard,
Doit boucler son clapet devant les combinards.
Jean ALEXANDRE, Les Fables de La Fontaine en argot
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