spoutnik

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De Bayonne à Illzach Modenheim

21/09/2011 22:15
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De Bayonne à Illzach Modenheim ce sont quelques kilomètres à vol de mouettes ou d'échassiers emmanchés d'un long cou. Ce sont aussi presque trois mois de doutes, d'espoirs insensés, de désillusions. Du dernier match de Bayonne je me souviendrai longtemps car je me rendis à la Meinau après une absence de plus de quatre années, de la L1 à l'ultime journée de National avec le pressentiment terrible, lors de ce 22 mai, que la belle et tonitruante histoire du Racing allait s'arrêter là.

Beaucoup d'émotions et avouons le, quelques larmes lorsque Lolo et son équipe rejoignirent le Kop. Du match précédent, quatre années auparavant, je me souviens encore. Niang était parti. Esseulé en attaque demeurait Pagis pour un triste Strasbourg-Lens (nul 1 à 1) avec Keita qui se faisait expulser...

Je m'en souviens d'autant plus que j'avais convaincu une charmante supportrice de Lens de venir me rejoindre Strasbourg et lui offrait l'entrée à la Meinau. Je me souviens encore qu'au lendemain du match de Bayonne j'ai écris à la belle demoiselle pour lui exprimer mon désarroi. Elle ne m'en voudra pas de glisser quelques lignes de cette lettre intime ici, puisque nous avons tous le Racing dans le coeur, le sien fut-il du nord... :

" (...) Je louais un siège tribune centrale Nord en souvenir de souvenirs qui allaient affluer avec ce qui s'apparentait bien plus à un enterrement de première classe, qu'à un vulgus matchus de footballus. Au préposé aux tickets qui s'en étonnait, glissant malicieusement que vu le contexte et quel que soit le billet d'entrée, l'ensemble des places étaient accessibles (même les plus chères au prix des plus avantageuses), je ne répondis rien d'autre que je le supposais, en effet. Comment aurai-je pu, alors que le club se mourait d'un déficit abyssal, mégoter sur quelques euros, me payant sur la bête, alors qu'amoureux tant de fois éconduit, je regardai le Racing comme la plus belle de tous les plus belles fiancées. Est-ce que l'amour s'explique ? Certes il s'achète. Mais je n'achetais pas quelques plaisirs avec une gourgandine. J'osais simplement, le temps d'un regard imploré, poser ma mimine sur la sienne, comme un jeune jouvenceau ahuri et rougissant avec des poèmes, de la musique et des fleurs plein la tête s'enhardirait suivant Goethe, ou la culotte surmontée de chausses sur le point d'imploser, merci Rabelais.

Rejoindre la Meinau, c'était comme se retourner sur une passante délicieuse, dont on n'aurait aperçu que la silhouette, perçu le sourire moqueur, respirer le parfum délicat et s'en souvenir jusqu'à l'été. Un autre Rimbaud versifia « On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». Le Racing, fut pour moi, une femme espérée, adulée, inaccessible. Je demeurai éperdument ridicule en errant, désarçonnée par Rossinante, en Chevalier de la Mancha magistralement épris d'une Dulcinea fantasmagorique, catin parmi les catins mais à mes yeux, immaculée comme une icône ibère.

Le guichetier avait raison, toutes les tribunes étaient accessibles sans vérification du sésame. J'osais m'imaginer gagner celle du Kop strasbourgeois, la Fédération des supporters, UB, KCB et Bleus & Blancs réunis. D'ailleurs ils l'avaient fait savoir : portes ouvertes au quart de virage nord-ouest pour tous ceux qui voulaient une dernière fois « témoigner » leur passion. J'y renonçais. Non que l'ambiance me l'eût fait éviter. Au contraire. Et au contraire de ce contraire. Mes problèmes dorsaux m'eussent rendus impossible ce trépignement de tous les instants, cette vocifération tonitruante, cette exaltation des corps, poings, bras, écharpes, oriflammes et drapeaux, jetés aux vents fougueux de l'adversité. Cette puissance vocale comme un cri primale, vagissements de ceux qui naissent à leur spectacle du monde, exutoire passionnelle de leurs ambitions contrecarrées par l'inertie des possédants de ma génération, était aussi éloignée de ma santé présente qu'un quart de final de championnat du monde de tricot des espérances d'intellection de blondes généreusement ensemencées...

Elle l'était pourtant, blonde, et plutôt ravissante, Virginie Schaeffer et sa ballade simili irlandaise sur un contenu qui n'aurait orchestré deux ans auparavant, que mépris ou moqueries des plus indulgents : [i]« Quand le virage entonne, l'hymne d'une terre unie, tout le Racing frissonne, à l'appel de ce cri ! Chez nous on dit « jetzt geht's los », c'est à vous de jouer, jamais les Bleus ne renoncent, c'est à vous de marquer. Si tu sais la douleur et l'effort, l'odeur des vestiaires te fascine, que la gloire et la chance t'honorent, n''oublie ô jamais tes racines, les « Ciels et Blancs » chantent la cigogne sur les rivages du Krimmeri, toute une région se passionne, acclame ses joueurs favoris, si fatigué, la foi t'abandonne, saison des orages et des vents, garde à toujours l'âme championne, Strasbourg répondra présent ! (...)
 ».

Cueillis à froid. Et pourtant préparés à tout cela. Faisant abstraction du propriétaire des lieux, le speaker, chauffeur de salle, poussait les chants à l'effervescence et la sono, crachant l'hymne du club mis le Kop en transe. Le quart de virage plein comme la progéniture encapsulée d'une épanouie maternité d'autruches, allez les oeufs, allez les bleus... chantait la gloire et le mythe passés. Le reste du stade écoutait la ballade de Virginie certain que la messe qui s'y disait ressemblait davantage à une mise en bière et que cela faisait longtemps déjà que la 1664 était interdite aux buvettes du 1906.

Le match sans grand intérêt autre que la nécessité d'une victoire pour entretenir un vague espoir se déroula comme il put, avec le niveau de son championnat, pas folichon mais sobrement courageux. Beaucoup se doutait que le spectacle s'activerait après le coup de sifflet final. Mais bien peu était à même de savoir que les joueurs de champ allaient offrir au Kop un moment où le foot business, les ambitions médiatiques « alliage belle-gueule-frime-fringues-Apple 4x4 ou 911 Carrera » poreuses n'auraient qu'à s'incliner. Joueurs, remplaçants, staff, techniciens, salariés du club, ils montèrent tous dans la tribune des supporters, pour fêter. Pour fêter quoi ? Pour ne rien fêter qui eut trait à un titre, une coupe, un galon, une audience télévisuelle. Juste pour remercier le Kop et son millier de visages et mains tendues, jeunes et moins jeunes, jeunettes et jeunesses déconfites, classes sociales conglomérées, de les avoir soutenus dans la France entière (ils étaient 200 à Amiens ou 30 à Luzenac et participèrent à l'intégralité des déplacements sur leur fond propre, sachant qu'ils sont lycéens ou étudiants pour la plupart) contre vents, marées (et mariées pour certains...) suffisance parisienne et pro Hilali à l'heure où le club vivait ces derniers instants. J'avoue qu'en près de quarante années de sympathie pour le football, je n'avais jamais rencontré cela. Et la Meinau, par ailleurs si prompte à se vider une fois le spectacle consommé, restait alanguie, comme une femme amoureuse sous les mots tendres de cet amant volage et vorace, si distant et si passionné, si enclin à incendier, vilipender, ostraciser mais là, épris et pris à son tour en une étreinte fusionnelle dont il devinait confusément qu'elle serait la dernière avant, au mieux, la longue traversée d'un désert aussi mortifère qu'un célibat séminariste imposé.

J'ai fini par rejoindre le Kop, du moins, je me suis glissé sous sa tribune alors que ni supporters ni joueurs n'arrivaient à mettre un terme à l'ensorcellement. Je voulais sentir "vivre" la Meinau. L'appréhender, la respirer autant que l'écouter ahanner puisque d'aucun supposait que la vieille bête blessée ne survivrait pas à l'ultime assaut des incompétences, médiocrités et coups tordus depuis trente ans assenés. Mais je n'étais pas seul sous cette tribune dont les vibrations provoquées par l'émotion populaire, dix mètres plus haut, faisait trembler le sol et tentait de répercuter ses fréquences comme les caissons de basses des amateurs de Metallica. D'autres que le prosateur avaient eu la pareille idée, faite de timidité à ne pas oser s'aventurer un étage plus haut ; de quête de l'instant rare pour les collectionneurs d'impressions fortes ; d'une forme de voyeurisme auditif où les présents de ce contrebas seraient spectateurs interdits, sans images mais abreuvés de sons de l'ultime asssaut amoureux qui se déroulait au-dessus, comme si nous nous rendions témoins d'un acte de chair, glissées sous le lit d'amants impétueux, mais nous trop ternes ou réservés pour oser rejoindre les fous d'absolu.

J'ai quitté mon vieux stade non sans avoir laisser trainer mes mains le long du béton, des rambardes, des grilles, comme l'on flatterait le dos d'un chat pour une ultime accolade avant la finale perdue contre le vétérinaire, comme on calmerait un enfant malade en lui suggérant que l'école du lendemain n'aurait guère d'importance, comme on poserait sa paume au creux d'une anche aimée, imprimant du bout des doigts la chère chair intimement rudoyée pour y laisser une signature, une oraison, une presque épitaphe : « Et dire que nous nous sommes tant aimés »."[/i]

Depuis, quelques litres d'eau à glisser sous les ponts du Krimmeri. Je suis revenu à la Meinau comme on irait en maison de convalescence rencontrait l'ami de sa vie, sauvé on ne sait comment d'une mort imminente. Pardon pour les filles de Vendenheim et les quelques plutôt jolies canons de l'armada lyonnaise, mais le 3 septembre c'est pour mon amitié de toujours, bleu blanche et oriflamme que je rejoignais mon cher stade. Et lorsque le Kop a scandé "Strasbourgeois, strasbourgeois", c'est presque l'égale itinéraire émue qui me gratta la gorge. Putain. C'est con. On était toujours vivant.

Spoutnik