J'ai vu mourir un monde ancien




Der Weg ins Freie

Citation:
Georg von Wergenthin saß heute ganz allein bei Tische. Felician, sein älterer Bruder, hatte es vorgezogen, nach längerer Zeit wieder einmal mit Freunden zu speisen. Aber Georg verspürte noch keine besondere Neigung, Ralph Skelton, den Grafen Schönstein, oder andere von den jungen Leuten wiederzusehen, mit denen er sonst gern plauderte; er fühlte sich vorläufig zu keiner Art von Geselligkeit aufgelegt.



Vienne au crépuscule raconte l'histoire d'un jeune aristocrate viennois, brillant et paresseux, qui se consacre à la musique et aux mondanités. A travers ce roman psychologique, nous suivons les amitiés et les inimitiés de la bourgeoisie qui se partage entre l'antisémitisme, le conservatisme et le nationalisme.

Paru sur ce site, à propos d'un livre sur Schnitzler, qui a inspiré Eyes wide shut, cette critique judicieuse : Schnitzler fut un subtil observateur de la société viennoise de la Belle Epoque. Juif assimilé à la culture allemande de la bourgeoisie viennoise, il n'a pas de définition claire de l'identité juive mais se montre très sensible aux manifestations répétées d'un antisémitisme dont il comprend et montre qu'il est devenu le code culturel dominant dans les sociétés allemandes et autrichiennes de l'époque. Le roman Vienne au crépuscule est en la matière emblématique.



La musique classique est très présente car elle est le signe distinctif de la bourgeoisie viennoise.



Das Leben der Anderen

Les critiques de comptoir sont unanimes :
Paul-Paul : "enfin, je peux me vanter d'avoir choisi allemand première langue".
Olo : "Les Inrocks en ont même dit du mal."
Almendralejo : "J'ai mis une semaine pour m'en remettre"
Wolf Beerman : "Die Gespenter treten aus dem Schatten"
NV : "C'est mieux, j'imagine, qu'Effroyables jardins".

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Poison et Allégorie

Pour un petit gars comme moi, Disgrâce est un roman sidérant, car je partage toutes les incompréhensions du héros, Tel Charon, David Lurie est un passeur qui essaie de faire ressuciter les vieux morts (Byron et sa vieille amante) et accompagne les chiens abandonnés à trépas. Il est à la jonction de deux mondes. Un monde blanc crépusculaire "post-Christian, post-historical, post-literate" qui n'a plus que faire de sa culture (les boers sont en voie d'extinction un à un, à l'université, la communication a remplacé la littérature, où le père ne protège plus sa fille du viol), qui ne sait plus se mouvoir sans s'étendre et un monde noir (dans ce livre, conquérant et barbare, stupéfiant et édificateur).

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La première des disgrâces de David Lurie intervient lorsqu'une étudiante qui n'a jamais refusé ses avances (par indécision), les a subies, l'amène à démissionner de son poste pour harcèlement sexuel. Le prédateur sexuel tombe de son pied d'estale.
La deuxième des disgrâces secoue Lurie lorsque retournant à la campagne, à la terre, il ne peut protéger sa fille des agresseurs et qu'au final, celle-ci se retourne vers ceux qui peuvent la prendre sous leur aile protectrice, quelques soient les sacrifices. "There must be some niche in the system for women". Lucy se coupe de son père, il n'est plus de ce monde. Il ne peut même plus sauver l'honneur. Les derniers scènes sont cinglantes, il compose un opéra sur Byron dans un chenil misérable.


Disgrâce de J.M Coetzee

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Au Cap, Afrique du Sud, David Lurie, un séduisant universitaire de 52 ans, doit démissionner de son poste car il est convaincu de harcèlement sexuel sur une étudiante avec qui il a eu une aventure. Il part rejoindre sa fille, qui s'occupe d'une ferme dans la province du Cap-Oriental. Alors qu'il tente de renouer avec elle, des événements terrifiants et banaux vont le précipiter dans le cauchemar.

Ce roman qui glaçe et qui sidére, a été récompensé par de nombreux prix, si bien qu'on le tient pour un des classiques de la littérature anglosaxonne contemporaine.
Dans le contexte sud-africain, d'une violence indicible, l'auteur met côte à côte la déchéance d'un être cultivé vers la brutalité et une société civilisée vers la décrépitude.




Macao, l'enfer du jeu

Pour commencer, quelques extraits de mon journal de Californie. 11 mars 1942
Ce matin, je crois bien avoir découvert la trace d'un nouveau pudendum, d'un nouveau motif de honte encore inconnu dans le passé. Pour le moment, je l'appelle « /la honte prométhéenne/ », et j'entends par là « /la honte qui s'empare de l'homme devant l'humiliante qualité des choses qu'il a lui-même fabriquées/ ».
Günther Anders, L'obsolescence de l'homme/ Sur l'âme à l'époque de la deuxième révolution industrielle (1956)

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Un écrivain

En écoutant l'émission d'A.Finkielkraut, ce matin, j'ai repensé à un texte de G.Matzneff qui m'avait marqué:


"Petit-fils et fils d'émigrés russes, je m'interroge sur les émeutes qui ont ces dernières semaines enflammé notre pays, sur cette haine de la France qui anime certains des jeunes manifestants, sur la difficulté de s'intégrer dont se plaignent les autres, eux aussi fils et petits-fils d'émigrés.

Entre les deux guerres, c'est-à-dire dans les années 1920 et 1930, les étrangers qui émigrèrent en France, qu'ils fussent russes, ou italiens, ou arméniens, ou grecs, connurent eux aussi la misère, les logements insalubres, la xénophobie.

A l'époque, il n'y avait ni les allocations familiales, ni la Sécurité sociale, et les conditions de vie étaient beaucoup plus difficiles qu'elles ne le sont aujourd'hui. Et si certains de ces exilés parlaient le français,l'immense majorité n'en savait pas le moindre mot, beaucoup moins encore que les émigrés d'aujourd'hui issus des ex-colonies francophones d'Afrique.

Oui, une grande pauvreté. Voilà quelques années, nous célébrâmes le jubilé de la paroisse des Trois-Saints-Docteurs, rue Pétel, dans le XVe arrondissement de Paris. À cette occasion, le métropolite Antoine évoqua son adolescence (il était alors âgé de 17 ans), ses premières années d'exil en France: " Ce fut une période d'extrême misère. Cinq moines vivaient dans des cellules vétustes, l'argent manquait même pour se procurer de la nourriture. Le soir, on pouvait voir le vieil évêque Benjamin, couché sur le sol, enroulé dans sa cape de moine; dans sa cellule, sur sa couche, il y avait un mendiant, sur le matelas un autre mendiant, sur le tapis un troisième; pour lui, il n'y avait pas de place."
Aujourd'hui, on s'émeut de la pauvreté des mosquées, mais à l'époque, croyez-moi, personne en France ne s'émouvait de la misère des chrétiens orthodoxes. Les gens n'en avaient rien à foutre. Les jeunes Beurs, les jeunes Noirs souffrent de la xénophobie française? Les émigrés de la génération de mes grands-parents en ont souffert, eux aussi. Quatre ans avant ma naissance, un Russe blanc nommé Gorgouloff a assassiné le Président de la République française, Paul Doumer. Imaginez un instant qu'un Arabe ou qu'un Noir émigré en France assassine Jacques Chirac, et vous aurez une idée de ce que pouvait être alors l'atmosphère concernant les étrangers avec des noms en off, en eff, en ine ou en ski.

Les conditions générales étaient donc extrêmement défavorables aux émigrés et à leurs enfants. Néanmoins, chez ceux-ci, qu'ils fussent arméniens, italiens, grecs ou russes, on observait un désir d'utiliser tous les moyens que la France mettait à leur disposition - l'école, le lycée, l'université pour échapper à la pauvreté, à l'exclusion, pour gravir les échelons de la société. Il existait chez ces jeunes d'origine étrangère un désir de faire de bonnes études et un grand appétit de connaissances.

Pourquoi ces garçons d'origine africaine, eux, traînent-ils toute la journée, ne s'intéressent-ils à rien, s'ennuient-ils, semblent-ils n'avoir aucune curiosité intellectuelle, aucune soif d'apprendre, de s'instruire, de lire de beaux livres. Peut-être parce qu'on leur parle trop des " valeurs républicaines ", de " l'engagement citoyen ", et que cet abstrait charabia ne les enthousiasme pas. Quand j'étais enfant, on se bornait à me parler de la France et de l'amour de la France. C'était beaucoup plus stimulant."

Gabriel MATZNEFF

Merci Gabriel

premier aperçu d'un monde tautologique

Le long dimanche de la vie est un poison sucré que s'inocule l'homme de l'occident comme une euthanasie douce. L'homme ne veut plus de son humanité, il remet ses douleurs aux médicaments du cerveau, il punit ses erreurs de lois scélérates qui le poussent à ne plus rien modifier, lentement, il ne souhaite que son anesthésie, pour que plus rien ne soit brusque, incertain ou violent. Il n'est plus question de bien et de mal, mais de bien et de bien. C'est le long règne du bonheur borné, du bonheur obligatoire. Nous ne croyons plus à la réalité, c'est l'idéal et son éloge qui l'ont remplacée, au nom du présent plus-que-parfait qui nie le passé simple et son imparfait. Il imagine le meilleur des mondes dans un présent qui dicte son avenir et qui ne craint pas le conditionnel.

Faut-il voir par là l'érotisation de la société, comme le signale P.Sloterdijk ?
Je reconnais que je suis tenté par cette idée, mais qu'elle m'échappe et que je la reconstruis par fragments à la lueur de P.Muray. L'Europe veut sortir de l'histoire en se séparant de la violence et l'européen de la responsabilité. Le principe de précaution nous enjoint de ne rien faire avant la catastrophe, la femme ne veut pas assumer une grossesse non désirée, le militant accuse et n'assume plus. Est-ce donc la fin des rapports de force que cette érotisation ? C'est par l'infantilisation généralisée que P.Muray décrit la vie de la société, mais finalement, il n'y a pas tant de contradiction avec le sexe mort et l'homme inaccompli. Les publicités nous affirment que la jeunesse est un âge qui dure, qu'il faut effacer les rides, maquillent la vieillesse et ringardisent la sagesse. L'homme d'aujourd'hui qui se prend pour l'homme de toujours est un enfant qui veut tout dans l'im-médiateté (consommation et abolition des distances), manifeste s'il ne pleurniche (contre les méchants racistes) et veut s'amuser, c'est un ardent militant de la fête (de la musique, de la science, etc...) avant tout. De l'érotisation, de l'infantilisation, le marketing (la séduction vénale) et la sociologie (la lame de l'idéologie) mettent fin à l'intime, car tout deux concourent à ce que nos fantasmes soient collectifs. Comme les affiches de lingeries placardées sur tous les abribus, autant que la libéra(lisa)tion sexuelle imposée, l'homme n'a plus de désirs qui lui soient propres, il est sous le cellophane d'un préservatif, c'est le dernier aperçu de sa préservation.
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