Un tour des goals

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Omeyer et Vencel (Crédit photo : Greg www.cieletblanc.com) © strohteam

Les trois gardiens du Racing arrivent en fin de contrat et leur prolongation fait débat. L'occasion de se pencher sur ce poste si particulier, avec les analyses de consultants exceptionnels : Thierry Omeyer et Alexander Vencel.

Vendredi dernier, lors de la rencontre RCS-Brest, le coup d'envoi fictif a été donné par Thierry Omeyer, gardien de but plusieurs fois titré de l'équipe de France de handball. Il a également profité de son passage à la Meinau pour échanger avec Alexander Vencel et la rédaction de racingstub.com.
L'opportunité pour nous de faire le point sur le rôle si particulier d'un gardien de but, au moment où les trois gardiens du Racing voient leur contrat arriver à leur terme, avec les analyses de ces deux spécialistes.



Les qualités attendues chez un gardien


Selon Thierry Omeyer, au handball, les qualités d'un gardien de but sont « l'explosivité, la mobilité, les réflexes mais aussi le mental. C'est quelque chose de décisif même si ça n'entre pas en soi dans la technique ». Un mental à toute épreuve, c'est également nécessaire pour un gardien de football selon Alexander Vencel, pour qui « le mental fait que le gardien est à part. Dans le football, le gardien est abandonné complètement, comme un sport individuel au milieu d'un sport collectif. Imaginez par exemple un gardien qui rate un arrêt dans un grand stade devant des dizaines de milliers de personnes. Et deux minutes plus tard, le même ballon peut arriver, il faut vraiment être costaud dans la tête ».

Si le sang froid prime chez les gardiens, il ne passe pas exactement par les mêmes résultats. Si les gardiens de handball sont évalués en pourcentage d'arrêts effectués pendant un match, ceux de football le sont bien entendu en nombre de buts encaissés :

« En handball, le nombre de but encaissés n'est pas forcément intéressant car ça dépend du style de jeu des équipes et du rythme du match. Donc on juge le pourcentage d'arrêts par rapport aux tirs cadrés, même si évidemment les statistiques ne sont pas tout » (Omeyer).

« En football c'est différent. Le paradoxe de nos matchs est déjà physique : on fait plus d'efforts à l'échauffement qu'en match ! Il y a des rencontres où vous touchez quatre ou cinq ballons et ça s'arrête là. La marque du bon gardien c'est justement d'arrêter ces cinq ballons. Notre travail est bien davantage au quotidien, à l'entraînement » (Vencel).

On en vient à ce fameux travail quotidien, celui dont les supporters ignorent presque tout. La capacité d'encaisser d'importantes charges de travail est particulièrement attendue chez un gardien, qu'il soit handballeur ou footballeur. Si l'on devait faire un rapport entre le travail et l'instinct, Vencel considère qu'au foot, « c'est jusqu'à 90% de travail et 10% pour tout le reste ». Omeyer nuance : « Il y a des choses qui sont travaillées à l'entraînement, des répétitions de gammes mais il y a des parades qui sont faites en match et jamais à l'entraînement, avec le ressenti, l'adrénaline ».


L'évolution du poste de gardien




La préparation spécifique


C'est sans doute sur ce plan que le poste a le plus évolué au cours des vingt dernières années en dehors des changements de règle. Autrefois très rares, les entraîneurs de gardiens se sont généralisés depuis une vingtaine d'années dans le football professionnel. Au Racing, Pascal Janin a été le premier à s'impliquer dans cette mission, de façon ponctuelle, avant que Michel Ettore hérite du titre d'entraîneur des gardiens à plein temps début 1997. Depuis, le club a toujours compté dans son staff technique, un spécialiste de l'art puisque Etorre a été suivi par Christian Mattiello (2001-2002), Pascal Janin (2002-2004), Philippe Sence (2004-2006) et enfin Alexander Vencel (depuis 2006).

Auparavant, les gardiens étaient globalement livrés à eux-mêmes. Il y avait certes des exercices spécifiques mais les possibilités de bénéficier des consignes et conseils d'un spécialiste du poste étaient rares, les entraîneurs généraux préférant ne pas trop s'occuper de ce domaine réputé si particulier.

Pourtant, une préparation adaptée paraît indispensable en matière de musculation comme de réflexes, l'objectif étant de gommer les points faibles du gardien. La moindre faiblesse d'un portier ne peut en effet être rééquilibrée par les qualités de ses co-équipiers, une différence notable avec les joueurs de champ.

En revanche, dans le handball, la prise en compte des spécificités du gardien n'est pas encore la règle. D'après Thierry Omeyer « il y a souvent des exercices dédiés aux gardiens de but lors de l'entraînement, mais c'est vrai que beaucoup de clubs n'ont pas d'entraîneur des gardiens. J'ai eu la chance à Montpellier de travailler avec Branko Karabatic, le père de Nikola, ancien gardien avec qui j'avais d'excellents rapports. Avoir un entraîneur des gardiens permet un échange avant et après les matches en plus du travail spécifique. En Allemagne, il y a quelques clubs de handball qui ont des entraîneurs de gardiens de but. A Kiel [NDLR : son club] il n'y en a pas. Aujourd'hui, avec l'expérience, j'ai peut-être moins besoin d'un entraîneur. Mais l'échange avec quelqu'un qui connaît bien ce poste très spécifique reste important. Je pense qu'en football c'est pareil : c'est difficile quand on n'est pas passé par ce poste de réellement comprendre ».

Que ce soit au handball, ou par le passé au football, on comprend qu'en l'absence de tels entraînements spécifiques la progression des gardiens est parfois si lente comparée à celle des joueurs de champ. Le poste nécessitant une certaine expérience longue à acquérir, la plupart des gardiens de football ne s'imposaient autrefois qu'à partir de 25 ans - voire même la trentaine entamée. La généralisation de la préparation spécifique a sans doute permis l'éclosion précoce de gardiens comme Steve Mandanda ou Hugo Lloris, propulsés en équipe de France à seulement 20 ans. Stéphane Cassard a été une sorte de pionnier en la matière : formé à Sochaux par Jacky Nardin – un précurseur de cette évolution, il a débuté dans la peau d'un titulaire en première division à seulement 21 ans, en 1993.

Alexander Vencel va plus loin encore dans ce sens : « Avoir des entraîneurs des gardiens est indispensable dans le football aujourd'hui. Même dès le plus jeune âge, vers 7-8 ans. Ça facilite un apprentissage, une maîtrise de gestes qui sont importants pour plus tard. Ce travail est encore largement fait par des bénévoles qui, souvent, font plus de dégâts qu'autre chose. Si le gamin apprend un mauvais geste, il est très difficile ensuite de rectifier ». Une politique que le Slovaque applique actuellement au Racing, puisqu'on peut régulièrement le voir officier auprès des jeunes du centre de formation une fois l'entraînement des pros terminés. Le club fait également appel à Albert Stoeckel qui a commencé à former à Haguenau des joueurs comme Jean-François Kornetzky, Nicolas Bonis et Régis Gurtner. Stoeckel officie en effet depuis 2002 au centre de formation en qualité d'entraîneur des gardiens, pour toutes les catégories d'âge.

Cette tradition, en matière de formation spécifique, a produit une belle lignée de gardiens professionnels à Strasbourg . On y retrouve certes pas de vedette internationale, mais tout de même quelques bons portiers de première ou deuxième division, de Jean-Marie Aubry à Nicolas Bonis en passant par Laurent Weber, David Klein ou Thierry Debès. Il n'est sans doute pas non plus anodin de constater que nombre d'anciens du club se sont tournés vers une carrière d'entraîneur des gardiens. Pascal Janin, Sylvain Sansone, Franck Mary, Laurent Weber ou Alexander Vencel ont tous à un moment donné occupé cette fonction au sein d'équipes de haut niveau.


La supervision des adversaires


Autre changement notable depuis une grosse vingtaine d'années : l'explosion médiatique et l'apparition de la télévision par câble ou satellite. Aujourd'hui, point commun aux deux sports, le moindre match professionnel est au minimum filmé et souvent retransmis, ce qui ouvre d'importantes possibilités en matière de supervision. Fini le temps où joueurs et spectateurs découvraient sur le terrain les particularités d'une équipe exotique. Le jeu adverse et les préférences de tel ou tel tireur peuvent désormais être décortiqués préalablement.

Thierry Omeyer est ainsi un grand consommateur de DVD compilant les actions de ses futurs adversaires : « En handball il y a beaucoup plus de tirs, donc forcément les joueurs ont des impacts préférentiels et le travail vidéo est très important ». Alexander Vencel abonde dans le même sens : « On fait une préparation vidéo générale où on analyse l'adversaire collectivement. On peut connaître les habitudes des attaquants, la façon dont ils se comportent sur le terrain. Mais après l'observation pendant le match est aussi importante et peut donner beaucoup d'indications ».

Car la vidéo apporte donc une aide, certes notable, mais qui n'est pas décisive : il reste bien sûr impossible de contrôler complètement un match à l'avance. C'est vrai en handball où, au jour J, la confrontation psychologique est déterminante. Même s'il affirme parfois avoir lui-même pris du recul et de l'expérience, Thierry Omeyer est par contre connu pour dégoûter les adversaires les plus redoutables. Et ne se fie pas qu'à la préparation vidéo : « Comme dans le football, il y a une part d'instinct, de ressenti pendant le match qui va nous pousser à aller contre les indications de la vidéo. C'est difficile à expliquer ». L'amateur de football sait que certains gardiens ont leur bête noire ou au contraire des victimes préférées. David Zitelli a ainsi plus d'une fois fait souffrir le martyr à Fabien Barthez qui, pourtant, faisait trembler bien des attaquants, à commencer par Ronaldo en personne.

Bref, on touche là à l'instinct et la psychologie du haut niveau, trop souvent caricaturé comme de la « folie » - et qui fait tout le sel de la chose. On devine que la confiance y prend une grande part, mais difficile pour un non-initié d'appréhender avec plus d'exactitude la recette du succès.


L'influence des nouvelles règles


Au football, l'évolution la plus considérable pour le goal ces dernières années fut sans doute l'interdiction de se saisir du ballon avec les mains lors d'une passe volontaire d'un coéquipier. Il n'y a qu'à voir un match des années 1980 pour se rendre compte à quel point étaient pénibles les phases de passe-à-dix, ponctuée de passes en retrait au gardien, qui faisait ensuite interminablement rebondir sa balle avant de procéder à un long dégagement.

Conséquence directe, l'obligation pour le gardien de participer au jeu au pied. La plupart des gardiens modernes aiment - et savent - jouer un minimum avec tous leurs appendices, et en ont souvent l'occasion.

Les relances à l'ancienne étaient seulement de deux types : à la main vers un coéquipier proche, ou long dégagement au pied. A cette époque, Dominique Dropsy qui usait systématiquement de la relance à la main se considérait déjà comme un gardien moderne - c'est-à-dire un vrai relanceur de jeu - et s'appliquait à ne pas simplement se débarrasser du ballon vers l'adversaire.

Avec cette nouvelle règle, les gardiens ont dû acquérir des techniques supplémentaires : contrôle du pied, passes courtes et longues, voire le dribble. On songe aux premiers spécialistes Pascal Olmeta, Fabien Barthez, René Higuita ou encore Bernard Lama. Bien sûr, cela donne aussi lieu à quelques buts gags, comme par exemple le dribble raté de Lama face à Christophe Dugarry, qui avait parfaitement joué le coup contre le gardien parisien lors d'un Bordeaux-PSG du début des années 1990.

Strasbourg aussi, forcément, a connu quelques déboires dans le domaine : un des plus célèbres étant sans doute le but concédé par Sylvain Sansone sur un dégagement contré... du dos, par le Nantais Japhet N'Doram (défaite du Racing 4-2 en mai 1993). Et il suffit de songer au dernier match du Racing, vendredi dernier, pour trouver la dernière frayeur du genre, suite à un dégagement manqué par Stéphane Cassard qui a failli profiter à l'attaquant brestois Nolan Roux.


L'équipement


En plus des chaussures à crampons et des protège-tibias, le gardien de but de football dispose aujourd'hui de gants servant à la protection de ses mains, face aux tirs puissants, et permettant une meilleure prise du ballon. Un accessoire que les anciens gardiens comme François Remetter n'employaient pas systématiquement, malgré la dureté des ballons en cuir de l'époque. Ballons qui furent remplacés par des sphères high-tech aux trajectoires incertaines ; les gardiens actuels ont dû et ont su s'y adapter, les buts dits "casquette" restant finalement rares. De plus, un ballon de même type est désormais utilisé sur tous les terrains de L1 et L2, ce qui leur facilite un peu le travail. Qu'on songe qu'auparavant, les gardiens devaient s'adapter aux ballons des clubs hôtes à chaque déplacement.

La généralisation des matchs en nocturne a également provoqué la quasi-disparition d'un accessoire autrefois très répandu chez les gardiens ; la casquette. Nul besoin désormais de se couvrir pour éviter un soleil rasant, sauf pour quelques matchs programmés en fin d'après-midi. Le port d'un couvre-chef pourrait même s'avérer encombrant quand il s'agit de dégager de la tête.

Reste à choisir un maillot. C'est une obligation réglementaire, les couleurs doivent obligatoirement être distinctes de celles de l'adversaire et de l'arbitre. Partant de là, deux écoles s'opposent : celles les gardiens aux tenues sobres d'une part et celles des bigarrées. Ceux qui fréquentaient la Meinau au début des années 1990 ont gardé en mémoire les maillots multicolores de Sylvain Sansone, choisis pour attirer l'oeil des attaquants et, si possible, leurs tirs au but. Une référence de poids : mais d'un autre côté, Lev Yachine, seul gardien de but ayant obtenu le Ballon d'Or, ne se présentait jamais sur un terrain sans sa traditionnelle tenue complètement noire...


Le penalty, une situation particulière


Au football, des gardiens comme Mickaël Landreau ont acquis la réputation d'être très performants dans leur duel avec un tireur de penalty ou au cours de séances de tirs au but. Le plus souvent, c'est un exercice qu'apprécient les gardiens puisque la pression repose essentiellement sur les épaules de l'adversaire. Certains d'entre eux savent parfaitement tirer profit de cet avantage psychologique ; l'un des exemples les plus connus étant le tir au but raté en finale de la Coupe des Champions 1984 par un joueur de l'AS Rome, déconcerté par les facéties de Bruce Grobbelaar, le gardien de but de Liverpool.

A Strasbourg, Thierry Debès prit la place d'Alexander Vencel en partie grâce à ce don : souvenons-nous par exemple de la rencontre en Coupe de la ligue face au FC Metz où il parvint à garder sa cage inviolée lors de la séance de tirs au but (saison 1999/2000). Un exploit qui rappelle quelques années plus tôt celui de son prédécesseur, pas mauvais non plus dans l'exercice, au cours d'un match de coupe contre Amiens où Vencel n'encaissa qu'un seul tir au but... ce qui ne suffit pas à la qualification puisque le gardien amiénois, un certain Philippe Poil, fit encore mieux en gardant son but inviolé (c'était en décembre 1995...). Un mauvais souvenir donc - heureusement vengé quelques années plus tard face à ces mêmes Amiénois, en finale de la Coupe de France, grâce au tir au but victorieux... de notre gardien José Luis Chilavert.


La personnalité des gardiens




Le caractère


Vaut-il mieux disposer de gardiens calmes et sobres, à l'image de Stéphane Cassard et d'Alexander Vencel, ou est-il préférable de faire confiance à des portiers au comportement plus exubérant et spectaculaire ? Le Racing a eu la chance de disposer d'excellents gardiens appartenant aux deux catégories, même si le passage de quelques gardiens au caractère bien trempé, conscient de leur importance et de leur statut particulier au sein d'un effectif, n'a pas été de tout repos.

François Remetter par exemple, régulièrement en conflit avec les dirigeants strasbourgeois malgré l'attachement sincère qu'il portait au Racing, eut un parcours des plus chaotiques... ce qui ne l'empêcha pas d'être reconnu comme l'un des meilleurs gardiens européens des années 1950 (26 sélections avec l'équipe de France) et de participer à la Coupe du Monde 1958. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur les relations tumultueuses entre Sylvain Sansone et Gilbert Gress (voir partie Les inamovibles ci-dessous). Et il semble incontournable de rappeler ici le passage à Strasbourg de José-Luis Chilavert, un cas édifiant qui pèse toujours sur la gestion du club près de dix ans plus tard (la procédure prudhommale étant toujours en cours).

Il est à noter que des gardiens reconnus pour leur discrétion dans la vie peuvent être particulièrement spectaculaires sur les pelouses, tel Joël Corminboeuf, en son temps roi du "Stop 10" de Canal+ (le best-of des arrêts de la saison en D1).

Faut-il être un peu fou pour devenir un grand gardien de but ? Bien sûr que non. Mais différent, sans doute.


Le cas particulier des doublures


« En handball, le partage du temps de jeu se fait souvent en fonction de l'état de forme », indique Omeyer. «Dans les clubs, il y a souvent des statuts de numéro 1 et numéro 2 qui existent mais avec la possibilité de changer autant de fois qu'on veut en cours de match, contrairement au foot. Cela étant, il est rare d'avoir deux gardiens de même niveau qui se partagent vraiment le temps de jeu, en fonction aussi du calendrier ».

« En football c'est plus compliqué » d'après Vencel. « Déjà parce que les changements en cours de match sont impossibles : ça marche ou ça ne marche pas. Au niveau des statuts, il y a des gardiens qui acceptent la concurrence, ça ne les dérange pas d'avoir quelqu'un à côté qui fait quelques matches, et il y a des gardiens qui ne l'acceptent pas, ça les rend fébriles. Il faut aussi s'adapter à la qualité des gardiens. Si on a un titulaire indiscutable, il vaut mieux prendre quelqu'un qui est capable de faire deux ou trois matchs correctement mais qui ne sauvera pas une saison. On compte sur le numéro 1 ».

C'est sans doute le statut actuel des deux jeunes gardiens remplaçants du Racing, Régis Gurtner et Kevin Sommer, comme ce fut le cas par le passé de Franck Mary, recruté pour jouer le rôle de doublure de Sylvain Sansone en 1992/1993 (et qui participa finalement à trois rencontres). Citons encore, dans la catégorie des éternelles doublures, Patrick Ottmann, le remplaçant de Dominique Dropsy, et qui ne sut saisir sa chance qu'au départ de ce dernier pour Bordeaux... quand une série de mauvaises performances lui fit perdre à nouveau sa place de titulaire au profit du regretté Philippe Schuth.

Certains gardiens renoncent donc quasiment à l'ambition de devenir titulaire, « des gardiens qui sont contents d'être le deuxième dans la hiérarchie, ils n'ont pas l'ambition d'être titulaire quelque part et d'avoir le poids d'une saison sur les épaules, le poids du gardien qui doit ramener 8, 9 ou 10 points tout seul. Ils sont incapables de faire ça mais ce sont des bons gardiens si tu les fais entrer ponctuellement » (Vencel).

A contrario, ce n'était sans doute pas le cas de Rémi Vercoutre lorsqu'il signa à Strasbourg. Mais les performances inattendues de Stéphane Cassard, celui qui au départ devait être doublure, l'obligèrent à retourner sur le banc de l'Olympique Lyonnais. Hélas, mais logiquement, il y vit dans l'ombre d'Hugo Lloris, après celle de Grégory Coupet. En revanche son successeur au Racing Nicolas Puydebois, barré à son tour par le grand Steph, a eu raison de s'impatienter puisqu'il fait aujourd'hui le bonheur de Nîmes.

Des gardiens condamnés au banc de touche peuvent néanmoins se révéler sur le tard. L'exemple le plus frappant à Strasbourg étant celui d'André Rey, doublure de Johnny Schuth et Christian Montes, à qui on conseilla même d'arrêter le football et qui se retrouva quatre ans plus tard en équipe de France - après un transfert réussi au FC Metz.


Les inamovibles


L'expérience, et ce travail quotidien spécifique, jouent un grand rôle dans les performances d'un gardien. Peut être plus que chez les joueurs de champ, comme nous l'avons évoqué plus haut.

Il n'est pas étonnant, dès lors, que les périodes de stabilité sportive du Racing aient coïncidé avec la présence d'un gardien solidement installé dans les cages. Inversement, les crises sportives sont souvent synonymes de va-et-vient dans les buts, sans que l'on sache très bien la cause de la conséquence. Le dernier épisode du type est la très difficile succession de Vencel au Racing. En cinq ans, le public de la Meinau vit défiler six titulaires – Thierry Debès, Christophe Eggiman, José Luis Chilavert, Vincent Fernandez, Richard Dutruel et Rémi Vercoutre. C'était avant que Stéphane Cassard ne remette un peu d'ordre dans la maison - son mandat est toujours en cours.

Mais globalement, sur ce point comme sur tous les autres, le Racing est terriblement instable. Ils ne sont que quatre gardiens a avoir dépassé, ou approché, la barre des 200 matchs au club.

Le premier, et certainement pas le moins illustre, est Jean "Johnny" Schuth. Remplaçant de François Remetter pendant trois saisons, ce Mosellan devint titulaire avec l'arrivée au club de Paul Frantz. Il s'impose rapidement comme un des piliers du système mis en place par le nouvel entraîneur, organisé autour d'une défense athlétique et volontiers rugueuse. Durant toutes les années 1960, le Racing se distingue par son hermétisme, une qualité à laquelle Schuth n'est bien sûr pas étranger. Les exploits en Coupe d'Europe étaient souvent des nuls étriqués - dont des 0-0 à Barcelone ou à Manchester - avec la complicité, bien sûr, de la règle du tirage au sort. Les qualités de Schuth trouvèrent un début de reconnaissance avec sa convocation pour la coupe du monde 1966, mais les conflits internes du football français le privèrent pour toujours de sa première cape. Vers la fin de la décennie, le Racing connaît des déboires financiers mais évite pour un temps la relégation, en grande partie grâce à la sérénité de son gardien. Schuth sera d'ailleurs un des premiers à susciter les convoitises une fois le Racing descendu à l'échelon inférieur en 1971. Son départ à Metz marque la fin d'une série, inédite à l'époque, de sept saisons consécutives comme titulaire indiscutable dans les cages du club.

Après quelques turbulences c'est un Picard, Dominique Dropsy, qui succède à Schuth en tant que taulier de la surface. Recruté par Robert Domergue en même temps que Joseph et Jacky Duguépéroux, Dropsy s'empare immédiatement d'une place de titulaire qu'il ne relâchera à aucun moment. Presque jamais blessé, il est même pour un moment le détenteur d'un impressionnant record : 393 matches disputés consécutivement en championnat, dont 336 avec le Racing ! Très fidèle et même un peu casanier, le champion 1979 se serait bien vu rester ad vitam aeternam à Strasbourg. C'était sans compter sur l'inflexibilité de Jürgen Sündermann, qui ne lui proposa qu'une prolongation d'un an en 1984. Vexé et poussé vers la sortie, Dropsy s'en alla à Bordeaux où il fit preuve d'une belle longévité, jouant jusqu'à 38 ans - comme un pied de nez au technicien allemand. Dans le même temps, la descente aux enfers sportive du Racing s'accompagna d'une très grande instabilité au niveau du poste de gardien, de quoi attiser les regrets.

Le troisième des "inamovibles" est Sylvain Sansone, en qui le Racing retrouva un titulaire régulier pour quatre saisons en D2 puis D1. Pourtant, le Cévenol fut placardisé du jour au lendemain par Gilbert Gress, au profit de Joël Corminboeuf. Le fait était alors inédit dans l'histoire du club : jamais un titulaire en place n'avait été rétrogradé au rang de doublure. Vencel, qui succéda à Corminboeuf et indirectement à Sansone, connut la même mésaventure vers la fin de son brillant passage au Racing. Négligé par Claude Le Roy pour d'énigmatiques raisons, l'enfant chéri de la Meinau se retrouva remplaçant du jour au lendemain avant d'être évincé pour le plus grand malheur du Racing. Le club venait de commettre la même erreur qu'avec Dropsy, quinze ans plus tôt et mit du temps à s'en remettre, donnant même dans le ridicule achevé avec l'épisode Chilavert. Arrivé en fin de carrière et auréolé du prestige de pilier de la sélection paraguayenne - vaincue par la France en huitième de finale de la Coupe du Monde - "Chila" fit à peine mieux qu'un passage correct au Racing, après des débuts simplement grotesques. Un des symboles de la gabegie des années Proisy.

Ces exemples incitent à la prudence lorsque l'on évoque la succession d'un Stéphane Cassard (37 ans), perçu comme vieillissant par beaucoup. En matière de gardien, plus qu'ailleurs, on sait ce qu'on perd mais pas forcément ce qu'on retrouve !


Les traditions familiales


C'est peut être anecdotique, mais cela illustre encore une fois le primat de l'expérience et de la préparation spécifique : il n'est pas si rare de voir les gardiens se succéder de père en fils, parfois sur plus de deux générations. En la matière, le Racing se distingue par une paire d'exemples notables, les Schuth et les Vencel.

Déjà évoqué dans cet article, Jean Schuth était lui-même fils de gardien puisque son père, Herbert Schuth, a notamment évolué à Metz entre 1936 et 1938. Une tradition continuée par Philippe Schuth - né l'année où son père enlevait la coupe de France - qui garda à son tour les cages du Racing et du club grenat. Malheureusement disparu dans un accident de la route en 2002, le dernier de la lignée fut lancé dans le grand bain à seulement 18 ans par Jean-Noël Huck pour pallier les déficiences de l'ancienne doublure de Dominique Dropsy, Patrick Ottmann (voir plus haut, Le cas particulier des doublures). Titulaire pendant près de deux années, il encaissa cependant le choc de la relégation en 1986 avant de perdre sa place au profit d'un autre jeune, Philippe Flucklinger. Parti à Angers, Schuth-petit fils fut par la suite l'auteur d'une très honnête carrière en deuxième division, certes en deçà des exploits paternels mais marquée tout de même par quelques beaux coups d'éclat, dont une partie épatante face au Racing en 2002, peu avant son décès.

Alexander Vencel doit aussi beaucoup à l'atavisme. Son père, Alexander Vencel Sr, a eu une belle carrière internationale, ayant notamment gardé les buts de la Tchécoslovaquie au Mondial 1970. Qui s'étonnera dès lors d'apprendre la présence au sein des équipes de jeunes du Racing d'un troisième Alexander Vencel qui, à 14 ans, marche sur les traces de son père et de son grand père ? Régulièrement convoqué en sélection d'Alsace, le dernier de la lignée bénéficie d'une source inépuisable d'expérience et de conseils mais doit aussi, certainement, supporter un vrai poids sur les épaules. On imagine sans peine l'énorme attente des supporters du Racing si ce troisième Alexander Vencel parvient à franchir les étapes menant jusqu'à l'équipe senior, même si l'affection de la Meinau lui est déjà toute acquise.

Un grand merci à Thierry Omeyer et Alexander Vencel pour leur participation ainsi qu'à aragon pour nous avoir, lui aussi, fait partager son expérience.

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