Les Américains débarquent (2/2)

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Par jeanclaude
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Après l'annonce de la vente du club par la Ville de Strasbourg, trois candidats restent en course en ce début d'année 1997. C. Trautmann annonce son choix le 20 février, il s'en suivra de longs mois marqués par les conflits d'intérêts.

(Cet article est la deuxième partie du dossier. La première partie est lisible ici)

Le 20 février 1997: C. Trautmann annonce sa décision

Il est midi lorsque Catherine Trautmann indique lors d'une conférence de presse donnée à l'Hôtel de Ville que son choix s'est porté sur le groupe IMG-Mac Cormack. Cela n'était plus vraiment un mystère tant la tendance allait dans ce sens.

Les arguments de Trautmann en faveur de Patrick Proisy sont assez simples:
  • l'aspect financier a joué un rôle très important. Les décideurs, Trautmann et Herrmann, ont jugé que le club strasbourgeois ne passerait un nouveau cap qu'à la condition d'avoir un actionnaire très puissant. Proisy, soutenu par Mac Cormack-Monde, s'est donc engagé sur un investissement de 150MF sur 5 ans.
  • Proisy a affiché de grandes ambitions pour le club: le Racing doit jouer les premiers rôles en France et devenir un grand club européen. Weller et son équipe qui ont l'expérience du terrain ont été plus mesurés. Trautmann déclare qu'« en choisissant IMG et non Roland Weller, il ne s'agit pas d'écarter une équipe qui gagne, mais de mettre sur pied un projet plus ambitieux. »
  • Le projet Proisy est constitué d'un actionnaire unique, Mac Cormack, ce qui n'est pas le cas des deux autres dossiers constitués d'un conglomérat d'actionnaires. Trautmann espère jouer la carte de la stabilité en évitant tout conflit entre actionnaires. Un homme ayant les pleins pouvoirs sera à la tête du club, qui plus est, soumis à la réussite sous la pression de son groupe.
  • Proisy est nouveau dans l'environnement du Racing, cela a clairement penché en sa faveur. Depuis le titre en 1979, les conflits au sein de la bulle du Racing ont plombé les intérêts du club. Désigner un repreneur étranger au club est un moyen de mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Il est évident que Trautmann et Herrmann, naïfs dans l'histoire, ont aussi été éblouis par les diverses propositions (*) de Proisy: « C'est un projet qui aura une incidence économique sur la ville. » Pourtant Mac Cormack n'a aucune expérience dans la gestion d'un club de football professionnel et Proisy, même s'il dit vouloir s'entourer d'Alsaciens, ne connaît pas grand-chose à l'identité locale. En confiant la gestion des candidatures à Me Guénaire, qui plus est partisan de Proisy, l'affectif ne pouvait jouer aucun rôle, au grand regret de Weller.

Proisy, conscient qu'il ne sera pas accueilli à bras ouverts (notamment suite au message du kop à son égard) continue son jeu de séduction. Il déclare que « le club appartient au patrimoine alsacien.» et qu'il souhaite « qu'Arsène Wenger devienne actionnaire », qu'« il y aura beaucoup d'Alsaciens dans l'équipe », qu'il ne « veut pas voler le Racing aux supporters, qu'il connait bien l'histoire du club et qu'il compte s'intégrer dans le tissu local et s'imprégner de la culture alsacienne. »


Conflits d'intérêt

Licencié en droit, joueur de tennis finaliste à Rolland Garros en 1972, Patrick Proisy s'apprête à devenir l'homme fort du Racing. Mais un conflit juridique s'annonce suite à une négligence de la Ville: une chose est sûre, certains actionnaires minoritaires devront vendre leurs parts. La Ville a préféré attendre le dénouement pour tenter de les convaincre plutôt que de les contraindre à cette éventualité dès le début du plan de reprise. Deux problèmes sont en effet à résoudre:
  • la Ville s'est engagée à fournir au moins 50,1% des actions de la SAOS au repreneur. Problème: elle n'en dispose que 49%. Ces actions seront vendues pour une valeur de 5MF, soit le double de leur valeur initiale (mais estimées à 7-8 MF et dévaluées intentionnellement suite à la promesse d'investir 150MF).
  • le Racing Club de Strasbourg Omnisport doit légalement disposer d'une minorité de blocage de 33,34%. Autre problème: il n'en possède que 6% et n'a pas les moyens pour en acquérir. La Ville a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne mettrait pas un centime pour y remédier.

L'obstacle Rapin

Les petits actionnaires peuvent difficilement contrarier ce plan de reprise, E. Stahl et Me Wilterberger, pourtant proches de Weller, se rallient rapidement au choix de la Ville pour éviter tout nouveau remous au sein du club.

Weller, qui ne comprend pas le choix de Trautmann, persiste à croire en ses chances: « Tout n'est pas perdu. La proposition que j'avais faite n'avait rien à envier à celle de Mc Cormack. » Par la suite, la raison l'emportera et il se résignera à vendre une partie de ses actions. En accord avec Trautmann, afin d'assurer la fin de la saison, il conservera la présidence de la SEM jusqu'à sa transformation en SAOS. Il démissionnera finalement le 28 mai 1997 et Proisy lui succèdera officiellement.

L'actionnaire le plus gênant est Pierre Rapin. Candidat malheureux, il possède 21,14% des actions de la SEM, suffisamment pour contrarier les plans de la Ville. Il souhaite effectuer une plus-value sur la vente des actions en faisant payer le prix fort à Proisy. D'une valeur nominale de 1MF, il en espère 8MF (**). « Je suis chef d'entreprise et j'ai en face de moi un autre patron qui veut acheter mes actions. Alors, je lui dis : d'accord, mais combien ? La cession de mes parts, j'en fais une affaire financière, tout comme Patrick Proisy fait une affaire financière de sa venue au Racing. » Herrmann, qui rappelle que les actionnaires s'étaient engagés à la création de la SEM en 1990 à ne pas engranger de profits, fustige Rapin. Celui-ci lui rétorque que les investisseurs ne se pressaient pas après l'ère Hechter et que la Ville était bien contente de leur arrivée. Un partout, balle au centre !

Face à ces querelles et pour avoir un droit de regard sur certaines décisions, Proisy exige d'être nommé au Directoire lors du Conseil de Surveillance le 11 mars. La chose est faite, Proisy prend la place de Rapin qui a démissionné. Pour le bien du club, il est contraint par E. Gindorf, son président-fondateur, de vendre ses actions pour 1MF, mais uniquement à la Ville ou à l'Omnisport. Les autres actionnaires s'engagent à vendre les 2/3 de leurs actions.

Le 14 avril 1997, la cession des parts de la Ville est officialisée. La crise semble résolue... mais jusqu'au prochain épisode seulement ! Les actionnaires ont plié, reste à régler le cas de l'Omnisport.

Bord, le dernier résistant

27,34% des actions doivent être attribuées à l'Omnisport. La situation semble assez inextricable: l'association ne peut pas acheter ces actions puisqu'elle accuse un passif de 2,6MF, Bord espère malgré tout sauver les intérêts de l'Omnisport au cours des négociations:
  • si l'Omnisport devait déposer le bilan, le Racing section Football risquerait lui aussi de perdre gros puisque l'Omnisport possède l'agrément FFF. Bord exige que la Ville éponge les dettes de l'association.
  • la SEM verse 1,7MF par an de redevance pour l'utilisation du label "Racing Club de Strasbourg". C'est insuffisant, estime Bord qui en espère au moins 2MF.

De son côté, Proisy, qui s'est engagé à tout mettre en oeuvre pour assurer ces 33,33% à l'Omnisport, ne l'entend pas de cette oreille. Proisy refuse de payer davantage la redevance et surtout ne souhaite pas voir l'Omnisport prendre part à la SAOS puisqu'elle disposerait d'une minorité de blocage. Pour lui, la solution est simple, il va falloir éliminer l'Omnisport du capital de la SAOS.

Proisy propose donc la création d'une nouvelle association, dénommée "Association Racing-Club de Strasbourg Football Amateur" qui récupérerait l'agrément FFF et disposerait des 33,34% des actions de la SAOS, payées par Mac Cormack. Evidemment il entend placer ses hommes à la tête de cette association pour avoir un contrôle total du club. Pour justifier son idée, il évoque le fait qu'un dépôt de bilan de l'Omnisport mettrait en danger la section football. S'ensuit une histoire de gros sous entre Proisy, Bord et la Ville...

Pour mettre sous pression Bord, la Ville décide de geler les subventions accordées à l'Omnisport. Bord cède sur la création de cette nouvelle association mais il persiste dans ses exigences financières. Il faut aussi décider de la répartition des sièges au sein du conseil d'administration de la nouvelle association. Pendant plusieurs semaines les discussions vont bon train, Bord porte l'affaire devant la FFF, la Ligue et le Ministère des Sports. A la mi-juin, les deux parties finissent par faire des concessions et parviennent à un accord: la nouvelle association qui hérite de l'agrément FFF doit être créée, Proisy y disposera de la majorité, Bord obtient les 2MF de redevance qu'il souhaitait.


Les premiers pas de Proisy

Dès le mois de mars, Proisy planche sur le futur recrutement. Il souhaite conserver l'ossature actuelle de l'équipe tout en renforçant chaque ligne par un joueur. Des noms farfelus circulent, tels Baggio ou Savicevic. La piste Martin Dahlin est également évoquée, dans son cas les choses sont plus simples puisque ses intérêts sont gérés par.....Mac Cormack ! Mais tant que le club n'aura pas acquis le statut de SAOS, les 30MF annuels promis ne seront pas versés. Les choix sont rapidement restreints, les premiers à rejoindre le club sont Kinet, Miceli et Arpinon.

Début juillet est la saison des chantiers: Proisy révèle le nouveau logo qu'il a souhaité pour marquer la rupture avec le passé. N'a-t-il pas dit que « l'histoire de Strasbourg est à bâtir. Je ne m'intéresse qu'à l'avenir, pas au passé » ?

Proisy cherche un manager général pour lui servir de relais. Après de nombreuses pistes, c'est Bernard Gardon qui hérite du poste fin juin. En un mois, le bras droit de Proisy n'a pas tardé à se faire une réputation au club: les joueurs fustigent son ton très autoritaire et il va au clash avec les UB90 (pour une histoire de local et d'accès au stade les jours de matche). Mais surtout, Gardon réorganise une partie de l'organigramme du club: « Certains secteurs étaient caractérisés par l'amateurisme. » Max Hild, directeur sportif, est envoyé à la retraite, René Guérard, au club depuis 43 ans et responsable de l'accueil des arbitres, est viré comme un malpropre, Freddy Zix, directeur du centre de formation, est cantonné à des tâches administratives, Patrice Harquel, speaker et commercial, est licencié et enfin Jean-Michel Colin, le directeur administratif, perd une partie de ses responsabilités.

Mac Cormack qui s'est emparé du Racing souhaitait aussi acheter la Meinau. Hors de question, « On n'achète pas la cathédrale de Strasbourg » lui rétorque Me Guénaire. La Ville préfère déléguer la gestion et l'extension de la Meinau à une société tierce, en échange d'un loyer fixé à 1,8MF payé par le club. En application de la loi Bredin qui impose uniquement des places assises, la Meinau disposerait de 25000 places. La Ville s'engage à porter la capacité à 27000 places, voir 35000 si les besoins s'en font sentir, et comme le réclame Proisy.
Proisy évoque alors la construction d'un nouveau stade; alors que la Ville s'apprête à lancer la construction du Palais des Sports, il tente de les convaincre d'investir dans un stade multifonction. Herrmann le renvoie à sa place: « J'ai parfois l'impression que la nouvelle Direction du Racing se comporte comme un enfant gâté. »


Le dénouement du plan de reprise

Début août, l'association RCS Football Amateur est créée, son conseil d'administration comprend 13 membres, dont 9 désignés par IMG.

Le 20 septembre, l'AG de la SEM vote le passage en SAOS. Il aura fallu 7 longs mois depuis la désignation du repreneur pour que le club change de statut. Un nouveau conseil de Surveillance, présidé par Me Wilterberger, est constitué afin de nommer le Directoire. On y note l'arrivée de L. Specht. Les pouvoirs de Gardon sont aussi élargis, il aura pour mission de surveiller le travail de Duguépéroux au quotidien.

Mac Cormack, après ce passage en SAOS, va pouvoir injecter les 30MF promis. Pour finir sur une note positive, Proisy annonce que le prochain grand chantier de l'année 1998 sera l'investissement dans les infrastructures (construction d'un centre d'entrainement et de formation). Ce centre devrait offrir « cinq terrains d'entraînement, un gymnase, un terrain synthétique couvert, une boutique et, à terme, d'y envoyer toute l'administration du club.»



(*) « Nos intentions sont claires : faire de Strasbourg une capitale européenne, sportivement et artistiquement. Je crois savoir que la section rugby du Racing marche bien. Il est peut-être temps que l'Alsace dispose d'un grand club de rugby.» (19/02/97)
Mais les belles paroles disparaissent rapidement « Je viens à Strasbourg pour gérer un club de football, pas pour boucher les trous éventuels du rugby ou du volley. Mc Cormack n'est pas une vache à lait. » (16/04/97)

(**) Weller laisse derrière lui près de 40MF en caisse (dont 7MF provisionnés dans l'attente du verdict concernant le licenciement de D. Jeandupeux porté au Prud'hommes), somme dont hérite directement Proisy en rachetant le club. Il faudra y ajouter les 10MF perçus après la victoire en coupe de la Ligue, ainsi que les 9MF que la Ville versera en subventions jusqu'en 1999. Sans compter la valeur marchande des joueurs.
Concernant Rapin, 20% de 40MF donne 8MF, prix qu'il réclame pour le rachat de ses actions.


Sources:
Les 4 Vérités de Roland Weller
L'Alsace

jeanclaude

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