Legende : Ernst Stojaspal

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Par conan
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De 1954 à 1957, un artiste autrichien illumina le Stade de la Meinau de son talent et de sa classe.

La musique a eu Wagner, le football a eu Matthias Sindelar. Il était le plus grand footballeur du monde dans les années 30. Sindelar menait le jeu d'une magnifique équipe d'Autriche, une équipe pratiquant un football artistique, tout en finesse et en subtilité et entièrement porté vers l'offensive. Les matchs de l'Autriche étaient de véritables symphonies et Sindelar en était son chef d'orchestre. L'équipe miracle, le « Wunderteam », tel était le surnom de cette merveilleuse formation.

L'histoire et la folie des hommes eurent malheureusement raison de la magie et la symphonie se tut. Place en 1938 à l'Anschluss et à la grande Allemagne. L'Autriche était rayée de la carte et son football avec. Les artistes viennois devaient désormais jouer la Coupe du monde en compagnie des rugueux athlètes allemands sous un maillot floqué d'une croix gammée. Le courant ne passa pas et la grande Allemagne fut éliminée dès le premier tour par la petite mais courageuse Suisse. Matthias Sindelar ne participa pas a cette déroute, il fut en effet jugé un peu trop juif pour pouvoir porter le maillot du IIIe Reich. Le 9 janvier 1939, le Mozart du football se donna la mort. Il n'assista pas au bain de sang qui déferla sur le monde peu après...

On dit pourtant que les légendes ne meurent jamais. Les enfants de Sindelar allaient à nouveau porter l'Autriche aux sommets du football mondial. Lors de la Coupe du monde 1954 qui se déroula en Suisse, on parla de nouveau Wunderteam tant le football flamboyant des Autrichiens émerveilla le monde entier. La Tchécoslovaquie et l'Ecosse furent surclassés. Le quart de finale joué face à l'équipe locale helvétique fut le plus incroyable de tous les temps et se solda sur le score irréel de 7-5. Pourtant, alors que l'on rêvait d'une finale entre le Wunderteam et une autre équipe d'artistes, la fameuse Hongrie de Puskas, l'Autriche chuta de façon totalement inexplicable face à une Allemagne de l'Ouest en état de grâce. Elle dut se contenter de la troisième place du tournois en battant l'Uruguay de Schiaffino, championne du monde sortante. Les enfants de Sindelar s'appelaient Happel, Wagner, Hannapi et Ernst Stojaspal.

Stojaspal était l'archétype du footballeur viennois. Anti-athlète par excellence, au physique quelconque, il se métamorphosait littéralement dès qu'il avait une balle aux pieds. Ses gestes techniques n'avaient en effet rien à envier à ceux de Zidane. Il avait une sainte horreur des longs dégagement de 50 métres et préconisait toujours les relances propres à raz de terre. « Le ciel, est pour les avions. Le football se joue au sol. » avait il pour habitude de dire. Sa frappe de balle était assez faible d'un point de vue de la puissance mais ses tirs brossés étaient d'une précision redoutable. D'ailleurs, l'efficacité de ce joueur atypique n'était plus à prouver. Sous le maillot de l'Austria de Vienne, il marqua 218 buts en 183 matchs ! Qui a dit que les artistes ne pouvaient pas être de redoutables buteurs ?

Strasbourg allait immédiatement tomber sous le charme de Ernst Stojaspal. Dès sa première titularisation à Nancy, le Racing l'emporte 5-1, trois buts de Stojaspal. On a vu des intégrations plus difficiles ! Le Racing réalise très beau un début de saison écrasant notamment Troyes sur le score de 4-0 et passant un mémorable 7-1 à l'OGC Nice. Le Racing était dans le peloton de tête et Stojaspal, dont toutes les actions étaient chaleureusement applaudies, faisait l'honneur des communiqués de presse. « Extraordinaire Stojaspal » titra notamment France football le 26 octobre 1954.

La saison 54/55 fut l'une des plus belle de l'histoire du Racing. L'effectif stasbourgeois comporte notamment de jeunes et brillants éléments comme l'international Raymond Kaelbel, René Hauss, et les tous jeunes Jean Wendling et Lucien Muller qui effectueront une brillante carrière qui les mèneront en équipe de France. Lucien Muller porta même les maillots prestigieux du Stade de Reims, du Real Madrid et de Barcelone ! Tous ces joueurs sont unanime pour souligner l'importance qu'a eu le fait de côtoyer Stojaspal aux cours de leur premières années. Ils décrivent en parlant de lui un artiste au coeur tendre, parfois fleur bleu mais qui sur le terrain n'hésitait pas à leur prodiguer de judicieux conseils qui leur permirent de progresser dans leur jeu. Cette équipe, emmenée par le virtuose autrichien, termina en effet troisième d'un championnat au court duquel elle a multiplié les coups d'éclats et les exploits. Le Racing Paris de Roger Marche fut vaincu 3-1 à la Meinau. Saint Etienne est pulvérisé 5-0 à la Meinau, grâce notamment à trois buts de Stojaspal. Mais le chef d'oeuvre de ce Racing eu lieu le 30 janvier 1955 à Reims, face au prestigieux club de Raymond Kopa. Le Racing l'emporte sur le terrain du Stade de Reims 2-1, le but de la victoire étant inscrit par l'inévitable Stojaspal, auteur d'un exploit personnel. Le Racing côtoie les plus grand mais perd le titre de peu. A Colombes, il subit également une défaite étonnante et stupide en demi finale de la Coupe de France face au LOSC. Néanmoins, Stojaspal aura éclaboussé de toute sa classe cette saison.

Malheureusement, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas et la belle harmonie Strasbourgeoise connu de nombreux couacs au cours de la saison 1955/1956. Lucien Muller et Jean Wendling devaient e effectuer leur service militaire et ne purent s'y soustraire, la guerre d'Algérie faisant rage. Des éléments de base furent transférés et le recrutement fut hasardeux. Le Racing sombra dans la médiocrité la plus absolue en perdant 5 de ces 7 premiers matchs. Avant dernier avant la trêve, il ne du son maintient qu'à un Stojaspal éblouissant, portant à bout de bras cette triste équipe. L'OM est pulvérisé 5-0. Saint Etienne ne fait pas beaucoup mieux en encaissant un sévère 5-2, trois buts de Stojaspal. Le leader Nice et Lens son dauphin tombèrent à la Meinau sur le même score de 1-0, deux fois Stojaspal fut l'unique buteur lors de ces victoires précieuses au possible. Il sera le principal artisan d'un nul extrêmement important obtenu sur le terrain du RC Paris et de la victoire 4-0 face à Nancy qui sauva définitivement le Racing de la relégation. Même s'il fut moins brillant que la saison précédente, Stojaspal marqua tout de même 18 buts, et souvent des buts cruciaux et décisifs qui permirent au Racing de se maintenir parmi l'élite. En l'espace de 2 saisons, Ernst Stojaspal étaient entré de plein pied dans le cercle fermé des légendes du Racing. Il est même fort possible qu'il fut le plus grand de tous...

Malheureusement, l'immensité de sa classe sera insuffisante lors de la saison 1956/1957, saison au cours de laquelle il sera de surcroît blessé. Ses buts et ses actions d'éclat permirent au Racing de l'emporter face à Sochaux (3-2), en Principauté face à l'AS Monaco (2-1) ou d'arracher deux matchs nuls très courageux face au futur champion de France Stéphanois. Malheureusement cela ne suffira pas et malgré un excellent début de saison, le Racing sombra en deuxième division. Ce fut la fin du règne de Stojaspal à la Meinau. Il sera transféré à l'automne 1957 à Béziers, alors pensionnaire de la D1. Il effectua toute la fin de sa carrière en France ou, la trentaine révolue, il porta successivement les maillots de Béziers, Monaco, Troyes, Ajaccio et Metz.

Marié à une Messine, il s'installa en Moselle et entraîna un temps l'équipe locale de l'AS Giraumont avant d'effectuer quelques piges en Belgique et en Suisse au début des années 80. Il vécu par la suite une retraite discrète à Moulins-lès-Metz. On apprit au printemps 2002 la triste nouvelle. Ernst Stojaspal, victime d'un malaise cardiaque, décéda prêt d'une gravière ou il effectuait une promenade. Il avait 77 ans. Patrick Proisy et les dirigeants du Racing ne jugèrent pas utile d'effectuer une quelconque commémoration et d'honorer l'un des plus brillants joueurs de toute l'histoire du club...

conan

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