L'adversaire : Bastia CA

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Club professionnel, le CA Bastia n'en demeure pas moins une curiosité de ce championnat de National. Pourtant, avec ses moyens limités et un engouement tout relatif, le club tente de prolonger l'aventure à ce niveau.

C'est en quelque sorte une anomalie dans le paysage footballistique français. La Corse, plus petite région française avec ses 320 000 habitants, abrite aujourd'hui quatre clubs professionnels : le fer de lance du SC Bastia et son mythique stade de Furiani, l'AC Ajaccio, son voisin du Gazelec, en course pour la montée en L1, mais également le CA Bastia, probablement le moins connu du grand public. Pourtant, le club, fondé en 1920, s'est forgé une solide réputation à l'échelon régional, notamment à ses débuts avec plusieurs titres de champions de Corse, dans le sillage de sa star Antoine Franceschetti, qui deviendra ensuite le meilleur buteur de l'histoire de l'AS Cannes. Pour sortir un peu de son univers insulaire, il faut attendre la fin des années 1970 et un passage d'une dizaine d'années en Division 4. C'est à ce moment là que le CAB fusionne avec le club de Lucciana, petite ville au sud de Bastia pour devenir le Cercle Athlétique Bastiais Gallia Lucciana, nom en vigueur jusqu'en 2003.

En 1997, dans une période où les Cabistes naviguent entre DH et CFA2, Stéphane Rossi, ancien milieu offensif du club, fait son retour pour terminer sa carrière. L'information peut paraître anodine, le joueur n'étant pas une ancienne star de première division, plutôt un amateur réputé sur l'île, mais il s'agit là des débuts de la montée en puissance du club. Après avoir raccroché les crampons, Rossi prend en charge l'équipe réserve du club, avant de devenir l'entraîneur de l'équipe une en 2000, en division d'honneur. Champion dès sa première saison, il installe le CAB en CFA2, avec une courbe de performance ascendante, de la 7ème place en 2002, à la 5ème en 2005 et enfin la première en 2006, devant Hyères et Marignane.

Les premières saisons de CFA sont difficiles. Avec son petit budget, le club doit se contenter de lutter pour son maintien, bien aidé en cela par son attaquant phare, le Burkinabè Kassi Ouedraogo, déjà meilleur buteur du club à l'échelon inférieur, qui inscrit 22 buts en 2006/2007. Après son départ vers Beauvais, son successeur désigné, le mythique mais usé Tony Vairelles (oui oui, il a joué au CAB !) peine à le remplacer, avec un passage fantomatique de six mois et deux buts. Il faut attendre 2010 pour voir les hommes de Stéphane Rossi se montrer un peu plus ambitieux. Le recrutement de Romain Pastorelli, solide buteur de National, permet aux Bastiais de mieux appréhender une poule où le deuxième club le plus méridional est... Sénart-Moissy, en Seine-et-Marne ! Longtemps à la lutte pour la montée, le club se voit infliger un point de pénalité et échoue à la troisième place, à quatre points de Quevilly. La suivante est la bonne, malgré cet échec resté dans les têtes, notamment dans celle de Rossi: « c'était compliqué mentalement, et un vrai pari de revenir au sommet dans la foulée. Nous avons pris un très bon départ, en étant très réguliers. Certes, il y a eu un passage à vide au mois d'avril, mais cette saison reste une grosse satisfaction, d'autant que nous n'avions pas le plus gros budget. » Avec 101 points au compteur, le CA Bastia parvient pour la première fois de son histoire au troisième échelon national, grâce notamment à un Pastorelli de feu (23 buts, soit près de la moitié des buts de son équipe).

En National, avec son budget riquiqui d'à peine un million d'euros, le plus faible de la division avec Uzès, l'autre promu, et ses 1,1 millions, les ambitions sont légitimement modestes, surtout que six équipes descendent en fin de saison, réforme du championnat oblige. Mais dans les têtes trotte déjà l'exemple du Gazelec d'Ajaccio, promu en L2 après une double montée depuis le CFA. Le recrutement est réalisé en conséquences, avec des joueurs en recherche de temps de jeu, à l'image d'Alassane N'Diaye. La suite est connue, puisque souvent citée en exemple par François Keller puis Jacky Duguépéroux la saison dernière ou cette saison: 18ème après la 9ème journée et une défaite au Red Star, les Corses entament une remontée fulgurante au classement, avec un Romain Pastorelli toujours aussi énorme, auteur de 26 buts, soit 7 de plus que ses poursuivants Diafra Sakho et Emiliano Sala au classement des buteurs. Lors de la dernière journée, le club pointe à la quatrième place et doit absolument battre Créteil à domicile, tout en espérant que Fréjus perde sur le terrain du Red Star, pour espérer monter. Si la première partie du contrat est respectée, du côté du stade Bauer, le scénario est spectaculaire. Menés 1-0, les Franciliens retournent la situation et s'imposent 2-1 grâce à un doublé du corse Jean-Jacques Mandrichi, qui signe quelques semaines plus tard ... au CA Bastia. On apprendra d'ailleurs bien plus tard que Fréjus avait tenté d'arranger cette rencontre, en vain (Reportage Enquête de Foot, à 10:57). A la surprise générale, le CA Bastia est promu.

Évidemment, quand un tel club devient professionnel, il doit se débrouiller avec un budget réduit, à peine cinq millions d'euros, et un stade ne répondant pas aux normes de la LFP. Malgré sa rénovation datant de 2011, le stade Erbajolo ne peut accueillir de matchs de L2. Direction donc le stade Armand Cesari à quelques kilomètres de là, pour des rencontres qui n'attireront que quelques centaines de curieux le vendredi soir (1471 spectateurs de moyenne). Sur le terrain, le CAB vit une saison catastrophique, avec 22 défaites et à peine 21 buts inscrits en 38 matchs. Dernier à 12 points du 19ème, le retour en National est logique.

A l'orée de la saison actuelle, le club fait le choix de renouveler son effectif, tout en conservant Stéphane Rossi à la barre, pour sa 15ème saison à la tête de l'équipe première. Des cadres comme Marty, Le Mat ou encore Rémy Arnoux, au club depuis la période du CFA ont fait leurs valises, tout comme Mamadou Camara et Alassane N'Diaye. Pour les remplacer, plusieurs joueurs expérimenté sont venus renforcer l'équipe, à l'image de Damien Tibéri, Jérôme Sonnerat et Julien Toudic, tous ayant disputé plusieurs centaines de matchs professionnels. Sur le papier, l'effectif présente donc un visage plutôt prometteur. Les débuts sont même plutôt satisfaisants, avec un match nul à Charléty face au Paris FC et un succès à Furiani contre Boulogne, mais la première partie de saison se résume à une succession de matchs nuls et de défaites à l'extérieur. Courant octobre, Stéphane Rossi tire la sonnette s'alarme, en faisant le constat que « certaines de ses recrues sont décevantes, malgré un bagage et un CV énorme pour le National. Au lieu de tirer tout le monde vers le haut, ils ont plutôt tendance à baisser la tête », tout en réaffirmant des ambitions élevées. Peine perdue, le CAB ne redresse pas la barre et se retrouve régulièrement dans la zone rouge. Habituellement dans ces cas là, la tête de l'entraîneur est placée sur le billot, mais le président Antoine Emmanuelli préfère responsabiliser ses joueurs: « le CAB ne peut pas se permettre d'avoir dans ses rangs des tricheurs et gars qui n'évoluent pas dans l'esprit. A travers les mesures radicales que j'ai prises, j'espère que mon message sera bien passé et bien compris ». Principales mesures, la mise à l'écart de certains joueurs, et des entretiens individuels musclés. Emmanuelli confirme ainsi qu'il ne lâchera pas son coach: « Stéphane fait partie des hommes qui ont fait le CAB à mes côtés. Il est hors de question de me séparer de lui. Nous irons à la guerre ensemble et nous mourrons ensemble. Moi, je ne poignarde pas un compagnon d'armes. » A la mi novembre, le club obtient enfin l'autorisation de revenir dans son stade d'Erbajolo pour y disputer ses rencontres à domicile. Mais rien n'y fait, et à l'exception d'un succès 1-0 contre Luçon en décembre, les Corses n'ont connu que la défaite ou le partage des points depuis le mois d'août. Un parcours qui semble le mener tout droit vers le CFA, d'autant que l'effectif est régulièrement touché par des absences pour blessures ou suspension, à l'image de celle de Johann Truchet, puni onze matchs pour avoir insulté un arbitre. Seul petit rayon de soleil, la révélation Benjamin Santelli, attaquant de 23 ans arrivé cet été de l'Ile Rousse, en CFA2.

Avec à peine trois succès, et malgré son statut professionnel, le CA Bastia semble destiné à retourner vers le monde amateur aussi vite qu'il en est sorti. Un sort cruel pour un club qui a semble-t-il mal digéré cette croissance trop rapide et qui s'est brûlé les ailes en approchant de trop près l'élite.

Toutes les citations sont issues de Corse Matin.

athor

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