« Le Racing est avant tout culturel »

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Par athor
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Sorti le 29 juin, Un seul amour et pour toujours, le hors-série du magazine strasbourgeois Zut propose, tout au long de ses 436 pages, de raconter 40 ans de Racing, avec un angle différent du simple volet sportif. Rencontre avec Fabrice Voné, son rédacteur en chef.

Comment est née l’idée d’un hors-série consacré au Racing ?

C'est une vieille histoire. Elle est liée à ma rencontre avec Bruno Chibane, le directeur de Chicmedias qui édite le magazine Zut depuis 2010, et qui est un grand fan du Racing. Nous sommes tous les deux colmariens avec pas mal d'amis en commun. J'avais travaillé pour lui durant les années 1990 alors qu'il venait de monter le magazine Polystyrène à Strasbourg. C'était au tout début de ma carrière de journaliste et j'écrivais essentiellement sur le rock. Je lui avais proposé un portrait de Paul Gascoigne pour la venue des Glasgow Rangers en Coupe de l'UEFA. C'était mon tout premier article sur le football puis nos chemins se sont séparés. J'ai fait l'école de journalisme de Bordeaux puis j'ai travaillé dans le sud de la France, essentiellement à Toulouse et à Perpignan où j'ai été chef des sports au quotidien L'Indépendant. J'étais toutefois resté en contact avec Bruno. On s'était d'ailleurs retrouvé au Stade de France lors de la finale de la Coupe de la Ligue remportée face à Caen. J'ai quitté L'Indépendant en 2018 et j'ai ensuite suivi une formation de community manager pour étoffer mes compétences. Je me suis souvenu de lui lorsque j'ai dû trouver un stage pour valider cette formation début 2019. Inévitablement, nos conversations ont davantage tourné autour du Racing que de la stratégie digitale de son entreprise… D'où l'idée de ce hors-série dans la lignée de celui que Zut avait consacré à Tomi Ungerer en 2011. Une réalisation qui fut également motivée par l'engouement que suscite le Racing depuis son retour des flammes de l'enfer et qui m'a totalement bluffé.

Zut est un magazine plutôt culturel et urbain, comment concilier cette ligne éditoriale avec un club de foot ?

J'ai envie de dire que le Racing est avant tout culturel. Le football à Strasbourg possède encore cette formidable dimension sociétale auxquels s'ajoutent un côté identitaire, au sens cool du terme, et générationnel. L'idée était de prendre un peu de hauteur par rapport au fameux rectangle vert et de poser notre regard sur le club. En tant que rédacteur en chef du hors-série, j'ai transposé quelques rubriques propres à Zut comme "Le Racing vu par", le quartier, la série "mode" avec les maillots et la recette, en l'occurrence la soupe d'Egon Gindorf revisitée par Pierre Weller, chef de la Source des Sens à Morsbronn-les-Bains.

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Combien de temps a duré l'élaboration du magazine et combien de personnes ont travaillé dessus ?

Près d'un an et demi entre nos intentions de départ autour d'un jarret braisé à point et la parution du magazine après quelques nuits blanches agrémentées d'épaisses tranches de chorizo. Nous nous y sommes pleinement consacrés au mois d'octobre 2019 lorsque le Racing s'est retrouvé lanterne rouge de L1. Un pur hasard.

Nous avons toujours été très précautionneux vis-à-vis du club. On les a rencontré pour leur expliquer notre projet sachant qu'on avait besoin de leur feu vert pour certains sujets comme le dossier sur le centre de formation, l'entretien de Dimitri Liénard réalisé par des enfants ou encore les rendez-vous en tête à tête avec Marc Keller et Thierry Laurey. C'est en octobre donc qu'ils nous ont ouvert leurs portes sachant qu'on avait déjà fait quelques sujets en amont. La crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 s'en est ensuite mêlée et chacun s'est retrouvé confiné chez soi. Mickaël Dard, notre directeur artistique, s'est exilé dans une fermette dans les Vosges avec une connexion d'à peu près 1,33 G, Bruno Chibane était à Wolfisheim et, pour ma part, j'avais rejoint ma petite famille à Perpignan. Ce n'était pas simple d'autant qu'on attaquait le vertigineux volet des corrections. En outre, on en a profité pour compléter et rajouter des sujets essentiellement faits par téléphone.

Cela me permet d'embrayer sur ceux qui ont contribué à cet incroyable projet. L'ours contient une cinquantaine de noms parmi lesquels figurent de nombreux contributeurs à l'image de Grégory Walter qui nous raconte son périple en famille jusqu'à Haïfa ou de JP Darky, bien connu du stub et qui nous livre une chronique jubilatoire intitulée Comment Roland Ries et le Racing ont brisé ma vie. S'ajoute la team des photographes qui travaillent régulièrement avec Zut et contribuent à la forte identité esthétique du titre. Il y a aussi eu des rencontres qui ont débouché sur des collaborations inédites. Parmi elles, Grégoire Carlé qui a signé la BD autobiographique Tu seras un homme mon fils qui renforce l'amitié alsaco-mosellane. Pour ce qui concerne la rédaction, j'ai envie de citer Antoine Berthoux, un membre du kop qui était en stage chez nous au tout début de l'aventure. Cet étudiant a défriché de nombreuses choses et réalisé plusieurs entretiens alors qu'on ne savait même pas si on était en mesure de sortir ce magazine. Patrick Schwertz, ancien chef des sports aux Dernières Nouvelles d'Alsace, nous a rejoint sur la fin et a su insuffler un nouvel élan alors qu'on commençait à tirer la langue. Son carnet d'adresses et ses relations nous ont permis de faire les sujets avec quelques grands noms du Racing tels Arsène Wenger, Youri Djorkaeff, Roland Weller, Olivier Dacourt

Un mot encore sur notre directeur artistique Mickaël Dard. Un vieux copain de Colmar, fana de typo, de musique et de vin nature (beurk), qui se retrouvait pour la première fois aux commandes d'un si volumineux projet alors que son appétence pour le football est relativement faible. Je crois que depuis, il est devenu incollable sur les 40 dernières années du Racing. Enfin, il faut saluer le grain de folie de Bruno Chibane de s'être lancé dans un tel défi, de surcroît imprimé à Wasselonne dans le 6-7, au moment où la presse papier connait d'énormes difficultés sans parler de la problématique de sa diffusion…

Quel était l'objectif au départ en termes de nombre de pages et de sujets, et à combien en est-on au final ?

Le modèle, c'était le hors-série consacré à Tomi Ungerer en 2011 qui comporte 280 pages et coûte 22 euros. Finalement, il ne subsiste plus que le (grand) format en commun (24x32 cm). Au fil du temps, on a rajouté des pages car les sujets se multipliaient, les portfolios s'enrichissaient tout comme les chroniques qui alimentent le cahier tribunes à la fin du magazine. À l'arrivée, le magazine fait 436 pages et pèse 1,6 kilogrammes pour 47 euros. On a également utilisé trois papiers différents et imaginé 11 couvertures, disponibles à notre boutique La Vitrine (14 rue Sainte-Hélène à Strasbourg) et sur notre shop en ligne, sachant que quatre d'entre elles sont proposées à la vente dans les kiosques et librairies d'Alsace où nous sommes présents.

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Énormément de personnes, anciens joueurs et dirigeants ont été interviewées, toutes ont elles joué le jeu ou certaines ont été plus compliquées à convaincre ?

On a essuyé très très peu de refus sachant qu'on n'a pas contacté tous les anciens joueurs du Racing de 1979 à aujourd'hui. Sinon, on y serait probablement encore. Pour beaucoup, il fallait expliquer qui nous étions car Zut n'était pas jusque-là un titre de presse associé au sport et au football. Il a fallu expliquer l'angle du magazine : l'amour et la passion du Racing que partagent l'ensemble des personnes interrogées.

Outre les textes, le magazine regorge de photos et d'illustrations, parfois inédits, comme la série de clichés prise dans les tribunes en 1979, tu peux aussi parler de ces documents ?

Tu fais référence au portfolio d'Alain Willaume qui avait reçu le Prix Kodak de la critique photographique en 1979 pour des clichés des tribunes réalisés dans l'ancienne Meinau. À l'époque, ses photos avaient uniquement été exposées dans le cadre d'un Forum Fnac à Strasbourg. La presse spécialisée lui avait consacré quelques articles mais il n'avait pas bénéficié d'une grande résonance au niveau local. Ce Strasbourgeois était ravi qu'on exhume son travail même s'il s'inscrit dans une critique de la Société du spectacle qu'il avait pu percevoir en se rendant au stade.

Dans un autre registre, François Haubtmann nous a également offert un accès à ses archives. Je crois que c'était le seul photographe que Gilbert Gress tolérait à l'époque. On lui doit les images du "retour des héros" lorsque le RCS est revenu de Lyon avec son titre de champion de France.

Niveau illustration, nous avons donné une carte blanche à Christophe Lavergne, directeur du studio graphique Restez Vivants ! basé à Paris et qui réalise habituellement des pochettes de disques et différents travaux dans dans le secteur de la culture. Ce supporter du FC Nantes-Atlantique nous a dessiné son onze-type du Racing dans des compositions très pop. Il a juste oublié Adrien Thomasson, ce qu'il semble regretter amèrement aujourd'hui même s'il l'avoue à demi-mot.

Depuis sa remontée du monde amateur, beaucoup de choses ont été écrites sur le Racing, dans les journaux et sur internet, comment positionner ce hors-série par rapport à cela ?

Tout simplement en tant qu'objet. Avec internet et les réseaux sociaux, les fans du Racing qui le consentent ont le loisir d'être sur-informés. L'excellent site racingstub.com y est pour beaucoup et a su développer une communauté remarquable tout en restant indépendant. Gloire et longue vie au stub et à ses stubistes raffinés ! Nous souhaitions rassembler cette grande famille du Racing (supporters, joueurs, dirigeants, anonymes) dans ce hors-série au-delà des traditionnelles chapelles en s'appuyant sur le fameux proverbe meinovien qui dit "Nous ne sommes pas onze mais des milliers".

Et enfin, à titre personnel, quel est ton rapport au Racing, comment tu l'as découvert et comment tu l'as suivi au gré de ton parcours professionnel ?

J'avais 7 ans lorsque je suis allé la première fois à la Meinau avec mon père et mon oncle en 1979 pour la réception de Saint-Etienne. J'y suis retourné de temps à autre mais j'écoutais essentiellement les matchs à la radio. La semaine, j'épluchais méthodiquement les pages sports des DNA à même le plancher du salon. À ma majorité et à la faveur du permis de conduire, j'ai vécu le barrage contre Rennes avec un pote au stade, depuis le quart de virage jusqu'à la pelouse à l'issue du match. J'y suis ensuite souvent allé en solo vu que ça n'intéressait pas grand monde dans mon cercle d'amis avec qui j'organisais des concerts de rock à Colmar (la Fédération Hiéro). J'ai quitté l'Alsace en 1998 pour mes études de journalisme à Bordeaux avant de m'installer à Toulouse puis à Perpignan. Dès lors, je n'ai quasiment raté aucun match dans le Sud de la France en me rendant aussi bien à Marseille qu'à Istres, Montpellier, Martigues, Luzenac, Béziers et Nîmes pour un bilan d'environ deux victoires, un nul et… 22 défaites (estimation à la louche). Je peux dire sans mal que j'ai goûté à la souffrance et à la solitude du supporter du Racing du temps où il était encore assimilé à "l'OM de l'Est". Puis à la compassion de mes ex-collègues de bureau à partir de l'ère Hilali.

Au niveau professionnel, j'ai intégré le service des sports de L'Indépendant à Perpignan en 2005. Un rêve de gosse sauf que mon journal ne parlait quasiment pas de football dans ses pages puisque le club local végétait en DH depuis le passage de la D2 à un groupe unique qui fut également fatal au FC Mulhouse. J'ai tout de même couvert le Mondial-2006, l'Euro-2008 et la main de Thierry Henry face à l'Irlande plus quelques matchs du Barça jusqu'à ce que la direction nous coupe les vivres dédiés aux grands événements. Je me suis retrouvé à suivre le rugby à XV (l'USAP) et à XIII (les Dragons Catalans) ainsi que la natation (de Philippe Lucas à Camille Lacourt) le biathlon (les frères Fourcade) plus d'autres disciplines dont j'ai sans doute oublié les règles.

Jusqu'à la réalisation du hors-série de Zut, je n'avais été professionnellement confronté au RCS qu'à l'occasion de la finale de L2 entre Montpellier et le Racing en étant installé côté héraultais en tribune de presse. Comme un signe annonciateur de la faille dans laquelle allait s'engouffrer le club pour quelques années, j'avais explosé la voiture du journal sur une aire d'autoroute à quelques kilomètres du stade de la Mosson… Malgré tout, le fait de pouvoir assister à des matchs sans devoir bosser, ce qui était mon cas avec le Racing, de payer sa place en parcage visiteurs, d'aller boire des coups au Chamboul'tou à Niort après une non-montée en L1 avec d'éminents stubistes, furent un réel bonheur. J'ai ainsi pu me replonger dans ces quarante ans d'histoire(s) relatée(s) dans "Un seul amour et pour toujours" avec une envie de junior.

Le hors-série Un seul amour et pour toujours est disponible en ligne sur le site internet de Chicmédias, avec la possibilité de choisir parmi 11 couvertures, ainsi qu'à la Vitrine, au 14 rue Sainte-Hélène à Strasbourg, et dans de nombreux points de vente en Alsace.

athor

Commentaires (6)

Flux RSS 6 messages · 2.672 lectures · Premier message par backhoe · Dernier message par echouafni

  • Super ouvrage et super interview, merci !
  • Merci pour l'ITW ! Magazine massif, qui matérialise l'engouement autour du club.
    Certes on constate une cristallisation de cet engouement avec le renouveau du racing post-2010, mais je suis assez surpris de voir comment ce club était déjà un symbole fort avant cette période. Or ayant commencé à supporter le racing au début des années 2000 (au moment où j'ai été expatrié par mes parents), j'ai surtout le souvenir d'un stade vide (allez voir les affluences de la coupe UEFA 2006 dans les fiches du stub) et d'une réputation dans les médias médiocre. N'aurait-on pas mis de côté durant cette décennie notre maxime "un seul amour et pour toujours"?
  • Longue vie à Zut !

    Pour répondre à @sigur, je dirais que le public alsacien n'a jamais cessé de suivre le Racing, et cela depuis des décennies. Simplement, il est longtemps resté attentiste, attendant un alignement des planètes qui ne s'est produit qu'en 1979.
    On peut imaginer ça : "S'ils gagnent trois matchs de suite, je retourne à la Meinau" et "s'ils finissent 5ème, je m'abonne".

    Pendant longtemps, le public a vécu dans le souvenir du titre, avec des regains de passion et de terribles coups d'arrêt.
    Comme le club a failli mourir il y a une dizaine d'années, les choses ont changé et il y a peut-être moins d'exigence. Mais je reste sur mes gardes en attendant le premier vrai coup dur...

    Je n'ai pas encore lu tout l'ouvrage, donc j'ignore si ce débat intéressant est abordé :)
  • L'ouvrage est magnifique (+)

    Mais apprendre que les auteurs sont originaires de Colmar, ça casse tout le mythe :(
  • Ca c'est de l'interview! Putain d'article, bravo mec!
  • Très bel entretien 👍🏻

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