Disparition d’Egon Gindorf

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Par kitl
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© mamadou11

Le président du Racing entre 2003 et 2005 s’est éteint hier à l’âge de 89 ans. Il s’était façonné un costume sincère de président-supporter.

Avec son accent guttural, ses verres fumés et sa longue crinière blanche, Egon Gindorf était un personnage truculent. Au-delà de cette image, il a endossé un rôle de patriarche pour des dirigeants toujours à l’œuvre aujourd’hui, à commencer par Marc Keller, qui fut son manager général et successeur potentiel. Gindorf était d’ailleurs toujours actionnaire du club.

Le concept de président-supporter peut prendre diverses acceptions. On a vu par exemple Daniel Hechter s’y référer à la fin des années 1980. Mais l’adepte du beau jeu, du spectacle et de la camaraderie n’avait guère de crédibilité quand on pense que le Racing Club de Strasbourg n’était que sa tocade du moment.

Egon Gindorf semblait lui attaché à la dimension populaire du football, rassemblant une équipe et un public. On a d’ailleurs fini par l’appeler tout simplement « Egon », signe de la proximité qu’il entretenait sans fard. Inversement, un stubiste a pris le pseudonyme de @gindorf au moment de son inscription sur le site…

Entré comme publicitaire chez Henkel, ce Sarrois grimpe les échelons au gré des promotions typiques des Trente glorieuses, jusqu’à se mettre à son compte au début des années 1970, en créant la société de conseil en marketing Eurodirect, implantée notamment à Geispolsheim. Au même moment, il découvre le RPSM de Molitor, Hausser et Grava et se prend d’affection pour ce club.

En 1990, il est sollicité par Emile Stahl au moment de la transformation du Racing en société d’économie mixte après l’ère Hechter. Aux côtés de la municipalité, il fait partie du tour de table d’entrepreneurs privés, comme actionnaire minoritaire, ce qui lui vaut d’intégrer le conseil de surveillance entre 1990 et 1998.

On refait appel à lui en 2003, dans le cadre d’une nouvelle entreprise de « réalsacianisation » du Racing, laminé par six ans de management IMG-McCormack. Si le club a retrouvé la première division, il traîne une image désastreuse dans sa propre région.

Sans se forcer, Egon Gindorf va faire dans l’anti-Proisy. Chaleureux, impliqué, heureux dans ses choix de délégation. Comme son prédécesseur, il laisse les mains libres à Marc Keller sur le volet sportif. On se souvient également de Pierre Brochet, responsable marketing à l’origine d’une campagne d’abonnements à bas prix, meilleur moyen pour recouvrir de monde les vieux sièges brunâtres de la Meinau.

Egon Gindorf va surtout se singulariser par une série d’initiatives qu’un génie de la pub n’aurait pas reniées. A son arrivée, le Racing retrouve son maillot bleu roy. Il passe une mi-temps dans le kop contre Nantes à l’automne 2003 et emprunte le car du Club central des supporters le temps d’un déplacement à Sochaux. Mais c’est bien la distribution d’une soupe de pois cassés (« Erbsesupp » ou tout bonnement « soupe d’Egon »), garnie de knacks, qui lui assure une place particulière dans le cœur des supporters, en même temps qu’elle réchauffe leur corps l’hiver arrivant.
Seule petite ombre au tableau, la revendication d’un retour au blason historique de 1976 n’a pu être satisfaite sous sa présidence.

Le Racing demeure fragile, cyclothymique et ne peut s’opposer aux ventes de Beye ou Ljuboja. Après une première saison mitigée, Antoine Kombouaré est limogé en octobre 2004 après un début de saison sans victoire. Jacky Duguépéroux lui succède : il mènera le Racing de la zone rouge à l’Europe.

Au même moment, Egon Gindorf annonce son intention de passer le relais en fin de saison. Place aux jeunes, maintenant que l’environnement du club semble pacifié. Ivre de bonheur au Stade de France le 30 avril 2005, ce fédérateur cimentait en réalité un édifice brinquebalent.

En juin 2005, l’apothéose est déjà loin. Pressenti à la présidence, Philippe Ginestet jette l’éponge sur fond de désaccord avec Marc Keller. Egon Gindorf prolonge sa mission pour quelques mois. Avec le début de saison désastreux, les nuages noirs s’amoncellent autour de l’avenir du club. Après l’épisode Afflelou de novembre 2005, c’est finalement Ginestet, revenu dans le jeu, qui lui succède.

Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Egon Gindorf a pu méditer cette maxime à laquelle le RCS est tant habitué. Mais sa succession manquée pèse peu par rapport au souvenir de sa bonhomie et de son empathie. Grâce à «Egon », le public a réappris à aimer le Racing.

kitl

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