Kevin Gameiro, à son étoile

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Par louky
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© athor

Arrivé tel un météore dans le ciel de la Meinau, un soir de décembre 2005, Kevin Gameiro a toujours cru en son étolle. Après treize années à briller sous d’autres cieux, le voici de retour dans son jardin. Parce que lui aussi a un rêve bleu.

Il y a ces voix qui, des années plus tard, nous hantent encore et donnent toute la mesure d’un événement. Ces timbres à la fois vibrants et précis qui font bondir le passionné devant son transistor, de rage ou de bonheur. Avant le foot tout-imagé, il y eut cette période bénie où un match de Strasbourg se dégustait par le son. Celui chaud et réconfortant de France Bleu Alsace, à une époque où Strasbourg oscillait entre le très bon et le carrément moyen. Le cru 2005-2006 n’échappe pas à cette règle immuable de ce Racing des années 2000 qui arrivait à parfaitement chier dans la colle contre des adversaires à sa portée tout en distribuant des leçons de foot européen à des adversaires prestigieux.

Derrière le micro, Mathieu Dubrulle. Véritable icône en Alsace, trait d’union entre une Meinau à la fusion encore relative et des foyers déjà bouillants, le Picard a charrié son lot d’émotions avec ce Racing si inconstant. Sauf qu’en ce soir de décembre 2005, lui non plus n’en est pas revenu. Devant ses yeux ébahis, un petit gars inconnu au bataillon vient de catapulter le cuir au fond des filets pour la deuxième fois en quelques minutes, le tout pour sa première titularisation. Et le commentateur, en un éclair, de s’enthousiasmer comme il a toujours sur le faire.

Matthieu Dubrule par Maxime BERTRAND
(à 11’22)

« C’est incroyable, Gameiro est le héros de la soirée ! Auteur d’un doublé, ce petit bonhomme de 19 ans marque ses premiers buts avec le Racing ! Et il choisit la coupe d’Europe de l’UEFA, il choisit les arrêts de jeu, il choisit ce match contre l’Etoile Rouge de Belgrade… Kévin Gameiro choisit, ce soir, ce mercredi 14 décembre, pour inscrire son nom dans l’histoire du Racing ! » En ces quelque mots soigneusement choisis, Mathieu Dubrulle a lui aussi inscrit dans le marbre un de ces moments rares mais si précieux ; la naissance d’une étoile aux yeux du monde.

Une question de perspective


Treize ans plus tard, il est de retour. Prêt à illuminer, de nouveau, une Meinau qui n’aura finalement que trop peu goûté à son sens du but, sa vitesse et son talent hors normes. Il est comme ça, Kevin Gameiro. Imprévisible, mais toujours à l’affût. Aussi, lorsque l’opportunité de revêtir une nouvelle fois les couleurs bleus et blanches s’est présentée, le natif de Senlis n’a pas hésité à faire un appel dans le dos d’un marché qui lui faisait de l’œil. Restait alors à Marc Keller de faire la passe décisive pour un contrat de deux ans, au prix d’un effort commun sur le volet financier, pour sceller la plus belle action collective du Racing depuis bien longtemps.

A vrai dire, quelque part, c’était écrit. A son départ en 2008, après une belle saison sur le plan personnel mais - à nouveau - désastreuse sur le plan collectif, Kevin Gameiro est presque poussé dehors par la direction de l’époque, en quête de liquidités pour soulager des finances exsangues. Tout au long de sa carrière, il y avait dans l’air cette impression que le joueur n’a jamais oublié son club formateur et sa région d’adoption. En témoigne cette intervention télévisée dans laquelle Gameiro himself soumet la perspective de retrouver Strasbourg. « Pas pour tout de suite », lançait-il à l’époque dans un sourire. Sur les terrains en tout cas. En dehors, Kevin Gameiro a déjà posé les jalons d’un établissement progressif dans la région, en créant un complexe Five à Mundolsheim avec un ancien coéquipier du centre de formation. N’est un grand buteur que celui qui a de la suite dans les idées.

La suite, justement, elle s’écrit au Moustoir à l’été 2008. A Lorient, sous les ordres de Christian Gourcuff, un entraîneur porté vers l’avant, Kevin Gameiro explose les compteurs et les défenses de Ligue 1. Trois saisons pleines, de titularisation (36 en moyenne par saison) et de buts (50), et le voici lancé vers les sommets. Courtisé par Valence, il décide de rejoindre la capitale et son club de cœur, le PSG, pour la coquette somme de 14 millions d’euros. Las, l’aventure francilienne ne prendra pas la tournure espérée pour lui. Sur les terrains, le Franco-Portugais continue pourtant d’être décisif, avec 11 pions plantés en 34 rencontres de championnat. Mais, en coulisses, l’attaquant de poche ne trouve plus sa place dans ce PSG version QSI, avec son nouveau coach de renom, Carlo Ancelotti, qui lui préfère Guillaume Hoarau, puis un certain Zlatan Ibrahimovic.

Un roi en Espagne


Conscient qu’il n’a plus d’avenir au Parc, malgré un titre de champion de France, Kevin Gameiro traverse les Pyrénées à l’été 2013 et s’installe au Séville FC. Au sein d’une formation ambitieuse, drivée par un certain Unai Emery, l’attaquant va prendre la mesure européenne de son destin. Loin derrière les mastodontes de la Liga, le club andalou va surtout entrer dans l’histoire avec sa série de trois finales d’Europa League consécutives, toutes remportées par Gameiro et ses coéquipiers. Un exploit majeur auquel le natif de Senlis prend une part prépondérante : en inscrivant le tir au but vainqueur en 2014 face à Benfica (0-0, 4-2 ap t.a.b), puis en égalisant, deux ans plus tard, face à Liverpool, pour une victoire finale 3-1.

Artisan majeur de ces succès, adulé pour sa grinta, son sens du but et sa débauche d’énergie sur le terrain, Gameiro tape dans l’œil du Cholo Diego Simeone qui n’hésite pas à claquer 30 millions d’euros pour l’attirer à l’Atletico. Aux côtés d’Antoine Griezmann, celui qui est devenu un attaquant chevronné et réputé sur tout le continent va encore étoffer son palmarès, avec une deuxième place de Liga en 2018 et une nouveau trophée en Europa League, face à Marseille (3-0). Des prestations qui ne laissent pas insensibles le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, qui le rappelle en septembre 2016. L’occasion pour Gameiro d’ajouter quelques buts et une nouvelle ligne à son CV qui commence à être déjà sacrément garni.

Après deux saisons où il ne s’imposera toutefois pas comme titulaire indiscutable, il rejoint Valence, là encore pour une somme tout à fait conséquente de 16 millions d’euros.

Il faut le reconnaître : le passage valencian de Gameiro n’a pas été une franche réussite. Les statistiques ne sont plus aussi reluisantes et le joueur se montre moins décisif au sein d’une équipe qui n’a participé à la dernière coupe d’Europe. Il quitte Mestalla cet été sur une impression mitigée, mais avec un nouveau titre en poche : celui de Coupe d’Espagne.

De la gamme des héros



A 34 ans, après huit saisons en Espagne, Kevin Gameiro a senti qu’il était temps de boucler la boucle. Après sa vraie-fausse arrivée à Marseille, rendue impossible par le climat de défiance qui entourait sa venue, le prolifique attaquant a estimé qu’il était temps de rentrer à la maison. Certaines - rares - mauvaises langues éructent à la pré-retraite. Mais force est de constater que le retour du fils prodigue enthousiasme singulièrement un public en mal de frissons depuis quelques temps. Parce que l’histoire est belle, que le joueur est magnifique et que son palmarès est grand.

Qu’on ne s’y trompe pas : Strasbourg a réussi à attirer dans ses filets un joueur immense, de la gamme des héros, avec une expérience rare dans notre championnat et un palmarès qui témoigne d’une carrière Ô combien riche et belle Et les anciens du côté du Krimmeri le savent mieux que quiconque : il est un petit bonhomme qui a passé les seize dernières années à accrocher des étoiles dans les yeux de celles et ceux qui ont chanté pour lui. Puisse les prochaines saisons à la Meinau briller à la lumière de la sienne.

louky

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