Mars 1935 : RCS - Sochaux, duel pour le titre

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Par jeanclaude
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C'était un temps que les gens de 20 ans ne peuvent pas connaître... Celui où Sochaliens et Strasbourgeois dominaient le football français. Malheureusement, dans les années 30, les Doubistes étaient la bête noire du Racing.

Le Grand Est au sommet du football français



A la fin des années 20, Jean-Pierre Peugeot, directeur de la société des Automobiles Peugeot, souhaite augmenter la visibilité de sa marque. Il lui vient l'idée de créer un club de football pour représenter sa société. Il existait bien l'AS Valentigney, à un jet de pierre des usines Peugeot, qui dominait le football franc-comtois et connut son heure de gloire en finale de la Coupe de France en 1926. Mais bien que présidé par un des frères Peugeot, l'amateurisme du club n'aurait pas permis de parvenir aux fins dessinées par JP Peugeot.

Celui-ci crée ainsi le FC Peugeot en 1928. L'objectif : porter haut les couleurs de la marque. La solution pour y parvenir : recruter les meilleurs qu'il n'hésite pas à payer à prix d'or. Le club est le premier à afficher ouvertement son professionnalisme. Et puisqu'il n'existe pas encore de championnat national, Peugeot met en place sa propre compétition, la Coupe Peugeot ouverte aux meilleurs clubs nationaux. En réponse, la FFF crée le premier championnat professionnel en 1932.

Du côté du Racing, le club a doucement grandi depuis 1906 et dispute le championnat d'Alsace jusqu'en 1933, date à laquelle il est le seul club de l'agglomération strasbourgeoise à choisir la voie du professionnalisme. L'arrivée comme sponsor de l'industriel Emile Mathis, constructeur automobile, a joué un rôle dans cette décision sans que son investissement soit semblable à celui des Peugeot.

Malgré les grands noms qui composent l'équipe sochalienne, le FCSM fait chou blanc lors des deux premières saisons. Avec la venue d'un nouvel entraineur en 1934, Sochaux assume enfin son statut de favori. Le Racing, pour sa première saison en D1, est un curieux promu : dès la première journée, il s'impose avec brio face au champion sortant, le FC Sète et joue les premiers rôles.
Lors du match aller en octobre 1934, le Racing s'impose à l'extérieur et s'installe en tête du classement. Mais les Sochaliens imposent un rythme de champion grâce à 17 matchs sans défaite. A la veille de la 25e journée qui les verra s'affronter, les deux formations se retrouvent seules dans la course au titre : le FC Sète, le Racing, club phare de Paris, et les grands clubs nordistes, l'Olympique Lillois ou l'Excelsior sont tous relégués à plus de 12 points. Après 24 journées, Sochaux et Racing survolent ce championnat : meilleures défenses ex-æquo et meilleure attaque pour les Bleus et Jaunes, les deux équipes ne sont séparées que par un goal-average favorable aux Doubistes.

Cette rencontre au Stade de la Meinau s'annonce donc décisive pour l'attribution du titre.


Des débuts éclatants



Comme beaucoup d'autres équipes, le Racing a cherché à se renforcer dès ses débuts professionnels en attirant les talents d'autres équipes nationales ou étrangères. Au début des années 30, les Autrichiens, par leur équipe nationale - la « Wunderteam » - terrorisent l'Europe du football, le Racing a donc légitimement son lot d'Autrichiens en les personnes de Guillaume Schaden, Franz Sattler et Fritz Kerr, l'entraîneur. Malgré tout, le Racing conserve une base de joueurs du cru comme Emile Harthong en provenance de la FAIG, Charles Hummel de Bischheim ou encore Léon Papas, l'étudiant lorrain à Strasbourg.

L'unique joueur de renom est l'attaquant allemand Oskar Rohr connu à l'étranger par ses sélections au sein de la Mannschaft. Son association avec Fritz Keller est très efficace, ils marqueront respectivement 20 et 21 buts lors de cette saison. Ce dernier est d'ailleurs la vraie star de l'équipe : nés d'un père allemand et d'une mère alsacienne, lui et ses deux frères, après avoir passé leur jeunesse à Karlsruhe, rejoignent Strasbourg et le Racing au début des années 30. Fritz Keller, comme ailier ou avant-centre, fait des miracles sur le front de l'attaque. A tel point que ses performances ne passent pas inaperçues à Paris : le 10 mai 1934 il est le premier Racingman à revêtir le maillot bleu de l'Equipe de France et la victoire face aux Pays-Bas lui ouvre les portes de la Coupe du Monde italienne.
Son petit frère Curt Keller est promis à un avenir doré. Il fait ses débuts au Racing et en équipe de France amateurs à tout juste 16 ans. Un autre minot, Oscar Heisserer, tout juste débarqué de Bischwiller, qui joue en soutien des Keller et Rohr, commence à faire grandement parler de lui.

Le plus bel effectif français



Pour parvenir à ses fins, construire la meilleure équipe de l'hexagone, JP Peugeot recrute une équipe de haut niveau composée d'une flopée de vedettes. Sept des titulaires qui seront alignés ce soir-là à la Meinau sont internationaux, les Français E. Mattler, M. Lehmann, R. Courtois, L. Finot et P. Duhart, international uruguayen puis français, et enfin les internationaux suisse et hongrois A. Abegglen et J. Szabo.

Etienne Mattler - « le balayeur » - est le joueur majeur de la défense sochalienne et de l'équipe de France d'avant-guerre. Déjà bien connu à Strasbourg puisqu'il a fait ses armes avec l'ASS, il évolue pendant toute sa carrière professionnelle à Sochaux qu'il rejoint en 1929. Dès 1930, il est appelé en équipe de France et sera sélectionné à 46 reprises jusqu'en 1940, il reste encore le Sochalien le plus capé de l'histoire du club. 14 fois capitaine des Bleus, il participe aussi aux trois premières coupes du Monde (1930, 34 et 38). C'est donc un solide défenseur déjà expérimenté, au jeu très viril, que les attaquants strasbourgeois s'apprêtent à affronter.

Le point fort des Sochaliens reste néanmoins leur ligne d'attaque : avant de se déplacer à la Meinau, ils ont fait mouche à 74 reprises et ils porteront leur score à 94 au soir de la 30e journée. Les principaux responsables sont André Abegglen et Roger Courtois.

Abegglen est un attaquant suisse tout juste arrivé à Sochaux. Il se révèle rapidement être un redoutable avant-centre, d'une grande finesse technique, il finit d'ailleurs meilleur buteur de la saison 1934-35. Dès l'année suivante, il s'illustre à nouveau en passant 7 buts à de pauvres Valenciennois défaits 12-1 ! International suisse depuis 1927, il totalisera 52 sélections pour 29 buts et participe aux Coupes du Monde 1934 et 1938. Il décède tragiquement en 1944 lors d'un déplacement en train avec son équipe de la Chaux-de-Fonds.

Son compère en attaque et dauphin au titre de meilleur buteur est le jeune international français Roger Courtois. Tout juste âgé de 23 ans en 1935, on lui prédit une carrière dorée avec Sochaux. Et en effet il rafle deux titres de champion de France, une Coupe de France et finit par deux fois meilleur buteur du championnat ; il joue jusqu'à l'âge de 40 ans pour les Doubistes avec qui il marque 192 buts, record à battre au club ! International français de 1933 à 1947, il compte 22 sélections pour 10 buts.

La mission de mener cette troupe au succès a été confiée lors de l'été 1934 à l'Uruguayen Conrad Ross. Celui-ci, en 5 ans à la tête de l'équipe, aura réussi à mener les Bleus et Jaunes au sommet de la hiérarchie française et à offrir le jeu le plus spectaculaire de l'hexagone.

Peugeot 1 Mathis 0



Le match est prévu pour fin mars mais étant donné l'importance de la rencontre, la location est ouverte dès février et pour l'occasion, le stade est agrandi afin d'accueillir un maximum de monde. Et les places s'arrachent très rapidement, on jouera à guichets fermés ! Le 24 mars, jour du match, 25000 supporters dont 3000 Sochaliens se pressent à la Meinau : les gens se serrent dans les tribunes, chacun veut être au plus proche du terrain. Ceux qui n'ont pas la chance d'avoir une bonne place grimpent dans les arbres jouxtant le terrain pour s'offrir une vue d'ensemble de la pelouse. Ce jour-là, tout Strasbourg se prend de passion pour son club.

Dès l'entame de match, la tension est à son comble et obnubilées par le résultat, les deux équipes qui ont survolé ce championnat et ont offert un jeu spectaculaire jusqu'à présent, proposent cette fois un spectacle peu agréable à suivre.
Le jeu est haché, les occasions se font rares. Le tournant a lieu à la 34e minute lorsque Courtois intercepte une mauvaise passe de Sattler et lance Leslie qui adresse un centre repris victorieusement par Abegglen. La légère domination sochalienne a été récompensée et Duhart qui frappe la transversale est proche de doubler la mise.
En seconde période, le Racing prend l'ascendant mais sans réussite. Il est vrai que Rohr est bien tenu par le Hongrois Szabo, et que F. Keller, en tant que capitaine, s'épuise contre l'arbitre. En défense, l'absence de Halter a pesé.

Les Sochaliens quittent donc l'Alsace avec les points de la victoire. Le Racing réussit une belle fin de saison mais le derby perdu face à Mulhouse a définitivement ruiné les espoirs de titre. Mais cette première saison parmi l'élite, grâce à des joueurs de grand talent, est une des plus abouties de l'histoire du Racing.


Source : Racing 100 ans de Pierre Perny.

jeanclaude

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