Le jour de gloire est arrivé

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Par filipe
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Krug, Vanags, Wawrzyniak, Jacques

Il y a 60 ans jour pour jour, le 6 mai 1951, Strasbourg battait Valenciennes à Colombes et remportait son premier trophée national : la Coupe de France ! Retour sur cette première historique.

Une première après deux échecs
Battus en finale à deux reprises, par Sochaux en 1937 (2-1) et Lille (2-0) dix ans plus tard, le Racing parvient enfin, en ce dimanche du printemps 1951, à remporter la Coupe de France, le premier trophée national du football alsacien.
Devant plus de 60 000 personnes (record d'affluence battu), dont 5000 Alsaciens, au stade Olympique Yves-du-Manoir - l'enceinte désormais vétuste dans laquelle les hommes de Laurent Fournier ont battu le mois dernier Alfortville - les Strasbourgeois prennent le meilleur sur l'US Valenciennes Anzin, surprenant club de deuxième division : 3 à 0 dans une rencontre à sens unique, largement dominée par les Bleus.
« La classe a parlé » écrit la semaine suivante Gabriel Hanot dans France Football.

La composition du Racing
Equipe


Une victoire méritée
Dimanche 6 mai, 15 heures : le Racing domine dès le coup d'envoi du match et grâce à deux buts marqués en première mi-temps, par René Bihel sur un centre d'Edmond Haan et par Raymond Krug d'une frappe de 25 mètres, les Strasbourgeois se détachent dès la fin de la première demi-heure de jeu.
Il ne restait alors plus qu'à assurer la seconde période au cours de laquelle André Nagy aggrave la marque en fin de partie suite à un exploit personnel.
Dans les tribunes, les supporters alsaciens dominent également les Nordistes : « on croyait en la supériorité massive du public valenciennois : il y eut plus de drapeaux bleu et blanc que de fanions rouge et blanc et les cris Racing, Racing l'emportèrent sur les Allez VA ! » (France Football).

La vidéo du match (INA, 1min37s) : cliquez ici.

Grâce à Colmar...
Un succès qui n'aurait probablement jamais pu avoir lieu sans un coup de main tragique du destin : relégué en deuxième division au terme de la saison 1948-1949, le RCS doit son repêchage à la fin du professionnalisme pour les SR Colmar, suite au décès du président haut-rhinois, Joseph Lehmann, qui avait mené son club de la promotion d'honneur à la première division.

Un sauvetage possible à une condition, celle d'intégrer les joueurs colmariens au groupe strasbourgeois. Au sein de cet effectif pléthorique (43 joueurs, avant les transferts d'un certain nombre d'entre eux), « il fallait semaine après semaine gagner sa place dans l'équipe car la concurrence était rude » (René Hauss).
L'entraineur colmarien, Charles Nicolas, fait également le court chemin entre les deux villes et remplace Emile Veinante à la tête de l'effectif strasbourgeois.

Les représentants de toute une région
Un temps, la fusion des deux clubs est même envisagée avant que la FFF ne s'oppose à la création de ce qu'on appelait déjà le Racing Club d'Alsace, les deux clubs ne se trouvant pas dans la même agglomération. Une curieuse idée que d'autres dirigeants du Racing, convaincus d'avoir inventé l'eau chaude, auront également bien plus tard.

Pendant plus de trente ans, le Racing sera ainsi le seul représentant professionnel du football alsacien. Le gain de la Coupe de France 1951 est décisif pour en faire le club le plus populaire de toute la région : « lorsque on dispute la finale de la Coupe, on ne représente plus le Racing : on est toute l'Alsace » (Edmond Haan).

Un premier tour difficile
Pour parvenir jusqu'à la finale, le Racing n'a bien sûr pas eu un parcours de tout repos ; et l'aventure aurait bien s'arrêter dès le premier tour face à Nîmes : « on pensait le match gagné d'avance... mais, à la mi-temps, nous étions menés 3-0 » disait Lucien Schaeffer l'an passé dans l'interview accordée à racingstub.com. « Dans les vestiaires, on s'est fait engueuler comme des gosses ; l'entraîneur nous pointait successivement du doigt en disant à chaque fois : 10 000 ! 10 000 ! 10 000 ! 10 000 ! C'était une menace d'amende. Finalement on a gagné 5-3. »
Après les victoires face à Thaon-les-Vosges et Annecy, le Racing s'impose en quart de finale 5 à 3 devant Nice, futur champion de France, essentiellement grâce à Edmond Haan, auteur d'un doublé et d'une passe décisive, puis prend le meilleur sur Nancy (3-1) en demi-finale, dans une rencontre largement dominée par l'équipe alsacienne.

La fête dans toute la région
« Le jour de gloire est arrivé » titrent les DNA le lendemain de la victoire face à Valenciennes. Le retour de l'équipe en Alsace est en effet triomphal. Edmond Haan : « à partir de Phalsbourg, ce fut fantastique. A toutes les barrières, le train rencontrait les écoliers avec leurs instituteurs qui agitaient des drapeaux tricolores ».

Arrivé à Strasbourg, après un passage par l'hôtel de ville, les joueurs prennent place dans un bus traversant toute la ville et présentent la Coupe de France à une foule aussi dense qu'enthousiaste.

Ils se rendent ensuite au Monument aux morts, Place de la République, où ils déposent une gerbe très symbolique dans un contexte troublé. L'actualité est alors marquée par le renvoi devant la justice militaire de plusieurs Alsaciens ayant participé au massacre d'Oradour-sur-Glane durant la deuxième guerre mondiale.
Et dans les jours qui ont suivi, Lucien Schaeffer se souvient qu'« il était difficile de sortir. Tous les gens dans la rue voulaient des autographes. »

Une victoire et des problèmes
Si le Racing connait rapidement des désillusions sportives et extra-sportives (avec une relégation en 1952), cette victoire restera comme la première d'une équipe alsacienne sur la scène nationale et marque une étape décisive dans la relation aussi passionnée que douloureuse entre un club et son environnement.


N.B. : à l'heure où le Racing vit la période la plus sombre de son histoire, la Fédération des Supporters (FSRCS) souhaite rendre hommage à l'équipe victorieuse de la Coupe de France 1951.
Pour cela, le 12 juin prochain, une journée festive parrainée par M. Lucien Schaeffer sera organisée au Centre sportif de Geispolsheim : au programme, un tournoi de supporters puis à 16h un match de gala avec des anciens du RCS (180 joueurs et dirigeants de toutes générations ont été contactés).
Plus d'informations bientôt sur www.fsrcs.fr
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filipe

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