Disparition de Max Hild

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Emblématique directeur sportif du Racing de 1990 à 1997 et mentor d'Arsène Wenger, Max Hild vient de nous quitter.

Lire également le portrait de @filipe en 2011

La ligue d'Alsace nous apprend la disparition d'un personnage central de cinq décennies d'histoire du football régional, et donc forcément aussi de celle du Racing. Décédé ce matin, Raymond Hild, dit Max, aura connu trois vies dans le milieu du ballon rond : joueur, entraîneur, recruteur, gagnant à chaque étape en ampleur et en réputation.

Le joueur d'abord fut un espoir de Weyersheim, passé par le Racing en tant qu'amateur à une époque où ce statut avait encore une vraie signification, même au haut niveau. Non conservé à l'issue de son bail en réserve, il rejoint Bischwiller puis très vite le Wittisheim de Paul Frantz et du président Baumert, qui enchaîne les montées jusqu'en CFA. Il passe ensuite à Mutzig, autre grand club amateur alsacien de l'époque, où il bascule sur le banc en 1966. Vient ensuite Vauban pour, à nouveau, une montée express des échelons de la pyramide. Les trajectoires des trois clubs sont au reste assez similaires : un président-mécène autoritaire et ambitieux (Baumert, Leissner, Stahl) qui s'entoure des meilleurs éléments du football amateur local, souvent anciens du Racing, pour jouer un rôle d'envergure sur la scène nationale, quitte à repartir de très bas. Il faut bien comprendre qu'à l'époque le football amateur constituait un univers connexe au professionnalisme et ne se contentait pas d'être sa seule antichambre. Les affluences notamment étaient toutes autres que celles que l'on peut trouver de nos jours en CFA, et ce d'autant plus que les moyens de transport et de communication n'étaient pas aussi développés. Il était, dans ce contexte, bien plus naturel de suivre le club de son village ou du bourg voisin plutôt que de s'enticher à distance des exploits du Barça ou de Manchester United.

A Mutzig puis Vauban, Max Hild aura l'occasion de chaperonner un joueur lui aussi resté à la lisière du professionnalisme et développant une appétence certaine pour le métier d'entraîneur. Il s'agit bien sûr d'Arsène Wenger, venu à la base en voisin de Duttenheim, et qui a toujours cité Max comme son mentor. C'est d'ailleurs une cruelle ironie que de voir que l'aîné disparait au lendemain du millième match dirigé sur le banc d'Arsenal par son cadet.

Le duo Hild-Wenger entre au Racing en 1978 sous l'impulsion notamment d'un autre émule de Paul Frantz, Gilbert Gress, pour prendre les rênes du jeune centre formation. Le Racing s'est doté de cette structure sous l'ère Domergue. Elle a certes déjà donné quelques précieux résultats, mais on navigue encore dans une certaine approximation, notamment au niveau des installations éparpillés entre la Meinau, le CREPS et la Canardière. Hild va accompagner une nette montée en régime, bien aidé par la rénovation du stade qui permet désormais de loger les stagiaires. Ce travail de structuration de la formation reste cependant inachevé puisque le citoyen de Weyersheim se retrouve propulsé sur le banc de l'équipe première à l'automne 1980 suite au départ mouvementé de qui l'on sait.

A la tête d'un Racing traumatisé, Hild commence par écoper avant de conduire un beau redressement en fin de saison 1980-1981, avec une demi-finale de coupe de France dans la musette. On pense alors le Racing remis du choc qu'a constitué le conflit Bord-Gress, mais le début de saison suivante se révèle plus que laborieux. Lâché par ses joueurs, Max est débarqué après une ultime pantalonnade à domicile face à Laval.

Revenu un temps à la formation, Max Hild finit par quitter une deuxième fois un Racing en plein naufrage pour rejoindre le FC Mulhouse d'André Goerig. Il passe par la même occasion un cap en devenant directeur sportif, poste où son flair sera très vite reconnu. L'un de ses lointains successeurs, Jean-Luc Buisine, le citait encore récemment dans l'Equipe comme un exemple de débrouillardise et même de rouerie, capable de dénicher discrètement les bonnes infos dans un milieu où ce sont plutôt les tuyaux percés qui abondent. Les anecdotes sont en effet légion sur sa capacité à tirer les vers du nez aux chauffeurs de taxis, supporters ou même confrères, de même que les célèbres "carnets" ont fini par acquérir un statut presque mystique dans la profession.

Le deuxième retour au Racing se fait en 1990, et ce n'est certainement pas un hasard si à nouveau Max Hild accompagne une période de renouveau du club. Strasbourg sort en effet péniblement d'une ère Hechter où le recrutement a été proprement désastreux et va désormais accumuler les trouvailles avec des moyens souvent bien moins conséquents. La capacité d'anticipation et la force de conviction du directeur sportif ont joué un grand rôle, le Racing ayant par exemple été aux avant-postes pour aller piocher le talent à l'Est où, avec la fin du communisme, il était désormais possible de transférer avant la barre des 28 ans (Hasek, Vencel, Suchoparek). La plupart des joueurs recrutés à l'époque par le Racing racontent peu ou prou la même histoire : celle d'un directeur sportif qui les a contacté tôt durant la saison précédente et n'a jamais lâché l'affaire, parvenant même parfois à arracher l'accord aux dépends de clubs plus huppés.

Malgré ces bons résultats, l'aventure se termine brutalement en 1997 par la faute du terminator Bernard Gardon. Les séides d'IMG ne jurent que par une certaine modernité faite surtout d'apparences où le vieux Max avec ses carnets n'a plus sa place. C'est l'époque où les clubs pros se structurent en cellules recrutement, qui n'ont parfois pour elles que l'appellation pompeuse. Si l'on se flatte d'y décortiquer les statistiques jusqu'aux plus incongrues et de scruter des vidéos de tous les horizons, les résultats ne sont souvent pas meilleurs qu'à l'époque où le bon vieux réseau de terrain primait.

Redevenu conseiller à titre symbolique après la fin de l'ère IMG, Max Hild n'avait dès lors plus joué de rôle actif dans le football de haut niveau. En 2011, un Racing tout juste replongé dans l'amateurisme visitait Weyersheim en coupe de France, 60 ans après l'entrée d'un jeune du village aux Cigogneaux.

strohteam

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