Ajorque'n roll ?

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Par athor
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© schillou

Alors même que le mercato n'a pas encore officiellement débuté, le Racing enregistre sa première recrue en la personne de Ludovic Ajorque, grand attaquant d'1m97, en provenance de Clermont.

Déplumé par le départ de nombreux joueurs en fin de contrat, le Racing s'apprête à vivre un mercato animé, avec un objectif annoncé par Thierry Laurey d'enregistrer la venue d'au moins huit joueurs, capables d'apporter un nouvel élan à une équipe qui ne pourra plus compter sur l'enthousiasme de la montée en L1. Le secteur offensif est évidemment l'un des gros chantiers, au regard de la perte de Stéphane Bahoken, Jérémy Blayac et Martin Terrier, mais également de l'absence d'un buteur régulier au cours de la saison écoulée. On le sait, l'entraîneur du RCS est un adepte des profils physiques aux avants-postes, dans l'optique de favoriser un jeu plus direct. Il n'est donc pas étonnant d'avoir vu fleurir les noms de joueurs dépassant le mètre 90 dans les différents médias, plus ou moins sérieux, traitants de rumeurs de transferts. Et pour ne pas faire les choses à moitié, c'est vers un buteur d'1m97 que le club a jeté son dévolu, en la personne de Ludovic Ajorque.

Avec 14 buts au compteur cette saison, le grand attaquant de 24 ans a été l'une des révélations de la saison de Ligue 2, contribuant au bon parcours de Clermont, l'un des plus petits budgets de la division et qui a été tout proche d'accrocher une place pour les play-offs. Une performance qui n'est que la suite logique d'un parcours linéaire, quoique débuté relativement tardivement et marqué par plusieurs clubs. Il faut dire qu'Ajorque est né et a grandi loin de la France métropolitaine, sur l'île de la Réunion. Fils de Jean-Noël, ancien stagiaire au RC Lens, qui a renoncé à une possible carrière professionnelle pour s'occuper de son enfant, il grandit évidemment pas très loin d'un ballon de football : « si je fais du foot, c'est grâce à mon père. Tout petit, il m'emmenait dans le vestiaire, j'allais sur les terrains. Je jouais en attendant qu'il prenne sa douche. » Défenseur connu et reconnu à la Réunion (il continuait à jouer en première division à plus de 40 ans passé), ce père a également beaucoup compté dans la progression de Ludovic : « Il m'aide beaucoup. Il sait ce que les défenseurs n'aiment pas chez un attaquant », qui brille dans les équipe de jeunes de l'Excelsior de Saint-Joseph. En 2011, il commence à susciter l’intérêt de clubs professionnels, notamment Angers, Nantes et Lens. Comme un symbole pour Jean-Noël, 15 ans après son départ du Pas-de-Calais, mais le deal ne se fera pas : « Lens a repoussé son arrivée en juillet 2012 et comme, de notre côté, toutes les démarches pour qu’il parte dès janvier avaient été enclenchées, il était impossible de faire machine arrière. » Nantes l'accueille ensuite pour un essai, mais là encore, la signature tarde, après trois semaines d'essai et une prestation remarquée en match amical avec la réserve du FCN. Le club ne peut en effet pas le faire signer car il a dépassé son quota de joueur sous contrat. C'est finalement Angers qui finit par l'attirer, avec une simple convention amateur, le centre de formation du SCO n'étant pas agréé. Qu'importe, voilà Ludovic Ajorque aux portes du football professionnel.

Rapidement titulaire avec les U19, il détonne évidemment par son physique (1,95m à ce moment là), mais aussi par sa maturité. En 2012/2013, il hérite du brassard de capitaine et commence à pointer le bout de son nez en équipe réserve en CFA2. La suite est assez logique, avec un contrat stagiaire en juin 2013, puis un contrat pro un an plus tard, après une saison complète en équipe réserve et deux apparitions sur le banc en L2. Après une préparation estivale complète avec l'équipe une, il est aligné comme titulaire en coupe de la ligue, à l'occasion d'un match du premier tours contre Nîmes, aux côtés d'un certain Jérémy Blayac. Mais ce match est sans lendemain en Anjou et le Réunionnais préfère être prêté au Poiré-sur-Vie, en National, afin d'engranger du temps de jeu. Quoique tronqué par une blessure à la cuisse contractée un mois après son arrivée, il réalise une bonne saison, même si son compteur but est resté bloqué à deux unités. A l'été 2015, il a nouveau prêté en Vendée, cette fois-ci à Luçon, où il s'éclate dans le jeu en mouvement prône par Frédéric Reculeau. Avec 9 buts en 32 matchs, Ajorque semble avoir passé un cap et montre qu'il est prêt à toquer à la porte des divisions professionnelles.

Sauf qu'entre temps, Angers s'est installé en L1 et ne compte pas sur son joueur. Celui-ci cherche alors une porte de sortie, avec la promesse de ne pas être bloqué dans sa démarche. Mis à l'essai par Clermont durant l'été 2016, il n'a besoin que de quelques jours pour convaincre Corinne Diacre de lui proposer un contrat de trois ans. Pour sa première saison à ce niveau, Ludovic Ajorque gagne peu à peu sa place, et enchaîne les rencontres, que ce soit comme titulaire ou comme joker offensif, finissant avec un bilan de cinq buts et quatre passes décisives (dont deux à la Meinau face au Racing). Surtout, il poursuit sa progression, travaillant sans relâche, comme le confirme son coach : «S'il a été performant, c'est grâce à son travail. Car c'est un travailleur. Il a mieux fini la saison. Il a un gabarit atypique et il sait l'exploiter... Car la vitesse et la vivacité ne sont pas ses qualités premières. » Le joueur, lui, admet encore devoir améliorer certains aspects de son jeu, notamment celui de tirer profit de son mètre 97 : « Je n'en profite pas assez. J'ai mis du temps à assumer mon gabarit. Ce n'est pas facile d'être dos au but, d'être costaud. J'ai dû apprendre ça aussi car j'aime jouer au ballon. »

L'été dernier, Diacre enregistre la venue de Férébory Doré, en provenance d'Angers, un attaquant d'1,93m, au profil semblable à celui d'Ajorque. Qu'importe, le Réunionnais se bat, et gagne sa place durant la préparation, notamment à l'occasion d'un match amical contre Montpellier où il inscrit un doublé. Doré ne retrouvera jamais sa place et son prêt est même rompu au mois de janvier. Car Ajorque est bien lancé dans la meilleure saison de sa carrière : titulaire désormais indiscutable, il conserve sa place malgré le changement d'entraîneur et l'arrivée de Pascal Gastien. Celui-ci voit d'ailleurs en lui un joueur qu'il a connu du temps où il entraînait Niort : « Il me fait penser à Emiliano Sala. Si vous l'empêchez de courir, de faire des appels, ce n'est plus le même joueur. » Pour lui, l'attaquant est bien plus qu'un simple pivot sur lequel on va chercher une déviation de la tête, « il a besoin de toucher la balle, décrocher, participer au jeu. » L'inventaire de ses 14 buts marqués en L2 le démontre, avec des buts de la tête, mais aussi des buts de renard en une touche de balle ou des buts plus spectaculaires, comme ce lob subtil inscrit face à Nîmes. Son coéquipier Julien Laporte loue également son engagement au service du collectif : « Il a énormément progressé depuis qu'il est arrivé. C'est notre point d'ancrage devant, il nous fait un bien fou. Quand on est sous pression, on arrive à le trouver. Il est tellement généreux dans les efforts. Avec tous les efforts qu'il fait, réussir à garder la balle et à orienter le jeu comme il le fait, c'est très costaud. Peu de défenseurs réussissent à lui prendre le ballon. »

A 24 ans, Ludovic Ajorque vient de prouver qu'il méritait de s'installer en L1, après en avoir suivi les étapes une à une. Ses prestations, mais aussi son comportement exemplaire et reconnu de tous ses anciens entraîneurs, ont naturellement éveillé l'attention. Loïc Désiré, le responsable du recrutement du Racing, qui suit le joueur depuis son passage à Luçon, a su le convaincre de passer le cap de la première division à Strasbourg. Une marche haute, mais le garçon n'a pas froid aux yeux et ne craint pas la concurrence. Et la Meinau, si friande de joueurs combatifs, ne devrait pas tarder à l'apprécier.

Citations extraites de France Football, la Montagne et Clicanoo
Merci à @matteo pour le titre

athor

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