Dans le rétro : novembre 1989

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Par kitl
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Le capitaine et roi de la coupe mulet, Wolfgang Rolff

Retour de la chronique vintage à l’occasion d’un bouleversement géopolitique majeur : le 9 novembre 1989, Jean Wendling hérite des attributions de Jean-Pierre Dogliani, homme-lige de Daniel Hechter à Strasbourg depuis trois ans...

Résumé de l’épisode précédent : le duo Djorkaeff-Monczuk permet au Racing, en dépit de son irrégularité chronique, de continuer à briguer la montée en première division. La phase aller se conclura sur un déplacement crucial chez le leader nancéien.

L’ancien international, devenu cadre chez le Coq Sportif, faisait l’objet d’une cour assidue depuis plusieurs années. Daniel Hechter était parvenu à l’attirer au comité de gestion, le voici propulsé en première ligne, sorte de directeur général chargé de la gestion quotidienne du Racing, tant au niveau sportif qu’administratif.

Le remplacement de l’ex-capitaine du Paris-SG témoigne de la « réalsacianisation » du club : tandis que se préfigure en début d’année prochaine la société d’économie mixte (la fameuse SEM) appelée de ses vœux par la municipalité, Hechter apparaît de plus en plus marginalisé. En sacrifiant son bras droit, le couturier espère sans doute reprendre la main.

Novembre s’ouvre sur un gros weekend sportif en Alsace. Mobilisé par un déplacement décisif à Marcel-Picot, le Racing délaisse sa pelouse au profit du XV de France pour un test-match face à l’Australie. La déroute (15-32, quatre essais australiens à rien) sera jugée secondaire au regard du succès populaire recueilli dans cette terre de mission qu’est l’Alsace pour le ballon ovale.

Quant au Stade de l’Ill, il s’offre même un record d’affluence pour la venue de l’armada marseillaise, privée toutefois de Papin et Francescoli : 17.342 spectateurs assistent à une défaite honorable 1-2. D’une voracité sans limite, Bernard Tapie enregistrera au cours du mois l’arrivée du jeune libero Didier Deschamps, capitaine du FC Nantes.

Et le Racing dans tout cela ? Vêtu de jaune et noir, il accomplit à Nancy l’une de ces prestations caractéristiques que l’on juge aujourd’hui mythiques mais qui ont certainement conduit à des vagues de suicides il y a trente ans. Pensez-donc : Strasbourg a le match en main et mène 3-1 à la 30’, ce qui lui permettrait de revenir dans la foulée de l’ASNL, leader depuis le mois d’août. Oubliés, le changement d’entraîneur, les nuls en pagaille à domicile, le fiasco Allofs…

Et là, patatras ! Nancy revient juste avant la mi-temps à 3-2 sur une action emberlificotée, dans la confusion se déclenche une bagarre générale. Les deux malabars Buisine et Deplanche qui ont échangé des bourre-pifs en sont quittes pour regagner les vestiaires.
Privé de sa poutre défensive, le Racing s’écroule en seconde période et s’incline sur une réalisation de l’espoir David Zitelli, à peine remis d’une fracture de la malléole qui l’avait éloigné des terrains durant trois mois. 4-3, Strasbourg est finalement repoussé à cinq points de l’accession directe en Division 1.


Les hommes de Léonard Specht n’ont pas le temps de s’apitoyer sur leur sort, ils enchaînent dès le mercredi suivant contre Grenoble. Confronté à une pénurie de défenseurs – Leclerc et José Cobos blessés, Buisine suspendu, l’entraîneur aligne Wolfgang Rolff au poste de libero et Stéphane Soppo-Din fait office d’arrière-gauche de fortune. Par conséquent, il faut bien repeupler le milieu de terrain, ce qui occasionne un repositionnement de Jeff Péron (« Il peut devenir le Hässler du Racing » selon Specht). Soppo-Din est à son tour comparé à Franck Silvestre par les DNA.

Comme de coutume à la Meinau, l’adversaire donne du fil à retordre au RCS. Les Isérois ouvrent le score, se font passer devant avant d’égaliser avant le repos. Repassé au milieu, l’infatigable Rolff est à l’origine du 3-2 signé Monczuk, puis clôt la marque d’un bolide de loin made in Germany. Nestor Subiat n’a toujours pas marqué. Score final : 4-2.

Mais c’est bien en Allemagne, et principalement à l’Est, que se déroule l’essentiel de l’actualité mensuelle. Inédites de par leur ampleur et leurs conséquences, les manifestations n’ont pas cessé après le remplacement d’Honecker par le juvénile Krenz.

L’émigration vers l’Ouest non plus. Après la Hongrie, c’est au tour de la Tchécoslovaquie d’autoriser le transit des citoyens de RDA vers la RFA. A Bonn, les responsables politiques semblent eux aussi pris de court par la situation. Chef de l’opposition, Oskar Lafontaine (SPD) émet des doutes sur les capacités d’accueil de cette vague, en termes de logements ou d’emplois.

En libéralisant les possibilités de voyager pour les citoyens lambda du « paradis socialiste », Egon Krenz lâche beaucoup de lest mais ne satisfait guère. Inquiet de l’exode massif, soucieux de garantir la stabilité du parti et, partant, du régime, il impulse un renouvellement du personnel politique. La vieille garde orthodoxe du SED est poussée vers la sortie. Il est clair que cette restructuration interne, couplée au desserrement du système vise à sauver tout bonnement le Parti Socialiste Unifié (SED), à l’heure où les partis communistes des pays voisins voient leur hégémonie battue en brèche.
Si Ceaușescu semble solidement installé, la contestation se propage à la Bulgarie et à la Tchécoslovaquie, où l’opposant Václav Havel s’affiche avec Alexander Dubček, ressorti du placard vingt ans après le Printemps de Prague.

Donné pour politiquement mort en début d’année, Helmut Kohl voit dans les soubresauts est-allemands un moyen de se remettre en selle. Le chancelier fédéral appelle à des élections libres en RDA avant de s’envoler pour Varsovie le matin du 9 novembre 1989.
La veille, le Bundestag avait adopté une résolution garantissant à la Pologne sa frontière occidentale – la ligne Oder-Neisse – au grand dam des associations de rapatriés originaires de Silésie ou de Poméranie, qui ne rêvent que de retrouver le Heimat dont ils furent chassés par l’Armée rouge en 1945. Né en 1937 à Kolberg devenue Kołobrzeg, Egon Krenz est lui-même originaire d’un territoire actuellement polonais, même s’il ne fréquente évidemment pas ces cercles revanchistes.

On le voit, cette « question allemande » ne se cantonne pas au binôme RFA-RDA mais déborde sur toute l’architecture du Vieux-Continent et concerne au plus haut point les anciens vainqueurs d’Hitler, lesquels ont toujours leur mot à dire. Les Occidentaux sont peu à peu conscients de l’opportunité de réunir non seulement l’Allemagne, mais aussi un continent entier, a fortiori si Gorbatchev parvient à transformer le modèle soviétique de l’intérieur.
Le sujet s’invitera forcément dans le futur Conseil européen (réunion des chefs d’Etats et de gouvernements de la CEE), prévu à Strasbourg pour le mois de décembre…

Inutile de s’appesantir sur le déroulement précis de l’ouverture du mur de Berlin, aboutissement d’un processus engagé plusieurs mois auparavant, et en même temps d’une impensable soudaineté. Durant plusieurs jours, les pages de Dernières Nouvelles d’Alsace sont constellées de récits et de photos témoignant de l’ouverture des check-points et l’occupation par la foule berlinoise euphorique de l’ancien no-man’s-land, en attendant la disparition physique des parpaings érigés en 1961.

En quatre jours, on estime à 3 millions (sur une population de 17 millions) le nombre de citoyens est-allemands s’étant rendus à l’Ouest, le plus souvent pour quelques heures avant de regagner leurs pénates. Malin, le gouvernement de Bonn a décidé d’octroyer une petite bourse remplie de DM à chaque frère de l’Est venu faire tamponner son passeport à la frontière. Car la frontière, la douane et même la RDA existent toujours.

De façon plus anecdotique, la nouvelle liberté de circulation s’applique pour la première fois aux supporters de la sélection nationale de RDA, laquelle dispute un match décisif à Vienne sur la route du Mondiale 90. Grisés par le tournant, certains s’attendaient à recevoir de la part des autorités autrichiennes un cadeau de bienvenue en schillings… Au contraire, ce déplacement au Prater coûtera plusieurs semaines de salaire aux quelque 5000 fans, dont le pouvoir d’achat est encore obéré par la dépréciation continuelle du mark est-allemand.

En dépit de ce soutien inédit, Matthias Sammer, Ulf Kirsten et Andreas Thom sont balayés par un triplé de l’inévitable Toni Polster. Jamais depuis 1974 les deux sélections allemandes n’avaient été aussi proches de se retrouver en phase finale d’une grande compétition.

A bientôt 37 ans, Manfred Kaltz a tiré un trait sur sa carrière internationale depuis belle lurette. Le légendaire latéral droit du HSV, capitaine barbu de la RFA au cours d’un certain match à Séville, a rejoint les Girondins de Bordeaux à l’été 1989, mais n’a disputé qu’un match de Division 1. Barré par le trio offensif Olsen-Allofs-Den Boer, victime du conservatisme de Raymond Goethals – qui fonctionne puisque Bordeaux caracole en tête –, le recordman du nombre de matchs en Bundesliga a été proposé à Mulhouse.

Après quelques tergiversations (Didier Notheaux aurait préféré un attaquant), le FCM accepte la venue de cet élément expérimenté, au palmarès long comme le bras. Grand prince, Claude Bez remboursera le salaire de Kaltz au cas où Mulhouse viendrait à tomber en deuxième division.
Le FCM aurait de grandes chances d’y retrouver un Racing accablé par un nul piteux ramené de Chaumont (1-1)…

Article réalisé à partir des archives des Dernières Nouvelles d'Alsace, consultables à la médiathèque André Malraux ou au Musée historique de Haguenau.

kitl

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