N'Dour, pur et dingue

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Par louky
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La gauche strasbourgeoise perd un représentant emblématique. Après six saisons passées au club, Abdallah N'Dour s’apprête à quitter le Racing sur une nouvelle fin de saison blanche. Hommage à ce guerrier aussi dur et dingue sur le pré que doux et humble en dehors.

Et la Meinau s’est levée. Comme un seul homme, vingt-trois mille cent quatre-vingts quatre spectateurs ont embrassé l’air printanier de la Krimmeri pour applaudir le retour d’un bonhomme qu’ils n’attendaient plus. En ce vendredi 9 mars 2018, aux alentours de la 82e minute d’une rencontre perdue depuis longtemps, Abdallah N'Dour est officiellement redevenu un joueur de foot. Chose rare depuis le retour du Racing au firmament, le Kop rompt avec son habituel mutisme nominatif - hors buts - pour scander celui de cette tige au grand front et à la démarche peu sûre. Acclamant le Sénégalais à chaque chevauchée dans son couloir gauche qu’il n’avait pas labouré depuis près d’une année. Huit minutes, un peu plus, d’une émotion pure où tout un chacun a savouré comme il se doit le retour de ce doux-dingue de N'Dour.

Qu’on ne s’y trompe pas ; si la Meinau s’est embrasée en cette énième douloureuse soirée du printemps 2018, soldée par une nouvelle rencontre sans victoire (1-3 contre Monaco), c’est parce qu’elle retrouvait, à ce moment-là, un peu de son âme. Avec Abdallah sur le pré, c’est l’assurance d’un coup d’éclat, d’un tacle façon ninja ou d’une course folle et chaloupée au destin incertain. Un bagarreur, dans le sens de compétiteur, qui a tout donné pour aider le Racing à tutoyer les étoiles dont il n’a finalement effleuré que la poussière. Laissant la lumière à des gars plus forts, plus talentueux, peut-être moins sensibles au prestige du maillot qu’ils portent, aussi.

Une certitude : le gaillard ne laisse personne insensible. Aussi, ceux qui gardent uniquement en mémoire sa prestation contre Marseille, sa dernière - et fantasque - apparition sous le maillot bleu, ne mesurent pas l’impact de ce joueur dans l’histoire récente du club. Lui qui, avec Grimm et Liénard, était le représentant d’une époque où le terrain semblait trop grand pour les troupes amateures qui s’y écharpaient. Vestige de ce Racing qui animait les buvettes des stades à main-courante, sur des rectangles plus bruns que verts, où Abdallah oeuvrait encore récemment lors de ses rares titularisations en coupe de France.

La gauche caviar



Il faut le dire, et l’écrire : Abdallah N'Dour a un jour compté parmi les très bons au Racing. Certes, l’opposition d’alors était sans aucune commune mesure avec celle de l’élite. Mais les suiveurs assidus retiendront que le Sénégalais a longtemps été l’un des premiers noms couchés sur les feuilles de match. Dès son arrivée à l’été 2014, alors que la Meinau se remet doucement d’une première saison désastreuse en National, le jeune Abdallah prend la mesure de ce qui l’attend. Prêté par le Nemesis messin avec son compatriote Mayoro N'Doye, il parvient à déboulonner Jean-Philippe Sabo sur le flanc gauche, compensant une technique fruste par un engagement défensif sans faille. Surtout, il restera comme l’un des artisans du spectaculaire final de la saison 2014-2015, titulaire indiscutable lors de la série de sept victoires consécutives qui achèvera un exercice charnière dans l’histoire du club, forgé dans la fureur d’une simple rumeur.

Arrivé en toute discrétion, N'Dour s’impose progressivement dans les coeurs alsaciens. En refusant d’abord de retourner en Lorraine, où Metz souhaite pourtant le récupérer à l’échelon supérieur. Par ses prestations ensuite, mais aussi une humilité sans égale, faisant de lui un incontournable du onze strasbourgeois lors d’une saison couronnée, cette fois, par une montée en Ligue 2. De retour dans le monde pro en même temps que le Racing, Abdallah N'Dour met quelques rencontres à trouver la bonne carburation. Avant d’élever ses performances, une fois encore, à un niveau où beaucoup ne l’attendaient pas. Meilleur centreur du championnat, l’adepte de la gauche caviar participe amplement à l’excellent parcours du promu en disputant 32 des 38 rencontres de championnat cette année-là, le tout sans véritable doublure.

La droite morcelée



Avant l’horreur. Nous sommes le vendredi 3 mai 2017, à trois jours d’une confrontation décisive avec le Racing lensois. Une journée à draper d’un voile noir durant laquelle Abdallah N'Dour apprend à ces dépends que le plus dur, ce n’est pas la chute, mais l’atterrissage. Le verdict est glaçant : à l’issue d’un banal duel aérien à l’entraînement, le Sénégalais se brise la jambe droite, victime d’une double fracture tibia-péroné. La nouvelle fait l’effet d’un choc, pour qui se souvient encore avoir reçu la notification de son journal préféré annonçant la tragédie.

Paradoxalement, c’est à ce moment précis que le peuple bleu - joueurs et supporters - prend conscience de la véritable importance de son latéral gauche. Le lundi suivant, dans l’enfer de Bollaert, ses copains, encouragés par plus de 2000 Strasbourgeois extatiques, arrachent un nul épique aux termes d’une rencontre d’une qualité, d’une dramaturgie et d’une intensité exceptionnelles. Le point d’orgue de cette orgie de foot intervient après le but de Boutaïb ; le ballon n’a pas encore franchi la ligne que le Marocain est déjà en train de se ruer sur le banc pour y extirper un t-shirt en hommage à son copain, avant de le brandir à la caméra. Abdallah était avec eux ce soir-là.

Le drame, c’est que le Sénégalais ne s’est jamais remis de cet affreux coup du sort. Lui le besogneux, qui avait jusqu’alors franchi chaque pallier avec détermination, n’a pas réussi cette fois à se hisser au niveau d’un effectif de plus en plus riche et talentueux. A cause d’un corps qui a démissionné, contrairement au joueur dont l’état d’esprit irréprochable lui a permis de gratter des places dans le groupe de Thierry Laurey, et même quelques titularisations en Ligue 1.

La patte N'Dour



En fin de contrat comme son compère ferrailleur du National Jérémy Grimm, Abdallah N'Dour devrait vraisemblablement quitter le Racing sur une nouvelle fin de saison blanche. Un énième rendez-vous manqué pour ce mec adorable qui aurait mérité de la Meinau une ovation et un tour de stade à sa gloire, a minima.

Une action, une seule, suffirait à résumer les émotions contradictoires mais belles qui nous assaillent en repensant à ses faits d’armes sous la tunique bleue : cette main dans la surface à Reims, le samedi 8 avril 2017, lors de la 32e journée de Ligue 2. Sur le coup, nombreux sont ceux à avoir maudit le Sénégalais pour ce geste improbable - et volontaire - qui annihile ostensiblement une action de but. La suite est légende ; Felipe Saad défait un lacet, le ballon fracasse la barre, le latéral gauche s’essuie le front et, un mois plus tard, Strasbourg monte en Ligue 1. Une scène à l’image d’Abdallah qui restera en mémoire comme un type doux, parfois dur, souvent dingue, à l’amour du maillot le plus pur. Avec son départ, une nouvelle page se tourne. Ainsi s’écrit la suite pour le Racing : sans N'Dour, ni violence. Mais tellement de souvenirs.

louky

Commentaires (22)

Flux RSS 22 messages · 8.112 lectures · Premier message par andresel · Dernier message par gohelforever

  • Merci et bravo Louky pour ce beau pavé sur N DOUR qui restera l'un des meilleurs guerrier de l'histoire du Racing pour la remontée en ligue 1
    Il saura rebondir dans un autre club avec sa fougue et sa combativité et bon vent à lui
  • Très bel hommage, merci !
  • Super hommage à un joueur aussi discret que précieux lors des années en National et en L2. Avec Grimm, c'est à nouveau un symbole de la reconstruction qui s'en va.
  • (+) Force et courage à Abdallah Ndour, pour la suite de sa carrière. En espérant un vrai rebond, et de nouvelles sensations. Il restera aussi celui qui, d’une voix mal assurée, tentera, avec un succès incertain, de faire le show à la tribune d’honneur lors de la montée en ligue 2 ! Bonne route et merci !
  • Super article, bravo et merci.

    Effectivement un petit pincement au coeur pour ce départ, même s'il est logique sportivement.

    On retiendra aussi sa phrase au détour d'une interview: "le bonjour à ma femme, que j'aime bien " 😂
  • Wow quel hommage pour l’un des derniers soldats artisan et partisan de la remontée extraordinaire du Racing. Merci pour tout Abdallah.
  • Comment ne pas se souvenir de son éternel sourire quand je le croisais au cours de mes flâneries autour du stade.
    Quand le FC Metz l’avais recontacté( le Club ne l’avait pas retenu avant sa venue chez nous) je l’avais questionné sur son avenir.Il m’avait dit qu’il resterait strasbourgeois parce que ce Club avait cru en lui et lui avait donné sa chance.
    Le football n’est pas un jeu; on n’a pas de deuxième chance.
    Je suis sûr que nos dirigeants ne le laisseront pas errer et j’espère que son sourire viendra éclairer les yeux de nouveaux supporters.
  • Bravo @louky pour ce très bel hommage ! Avec Blayac, Ledy, Grimm et consorts, il nous a beaucoup aidé à retrouver la lumière, avec toujours un super état d'esprit tout au long de sa présence chez nous.

    C'est triste de ne pas avoir pu célébrer Ndour et Grimm une dernière fois à la Meinau.
  • Super article merci
    Bon vent Abadalla, merci d’avoir toujours tout donné.
  • Merci pour ce bel article qui résume tout. Bonne continuation à N'dour Abdallah.
  • Oui malgré ses limites, n'oublions pas ce qu'il nous a apporté, il mérite le respect en effet.
    Il trouvera probablement un club en ligue 2 ou en national et fera encore parler de lui.
  • Bel hommage à un joueur qui le mérite, c'est biengue M'sieur @louky (+)
  • Un hommage ciselé pour un joueur dégingandé, et un rappel que l'on ne jette pas les gens après usage contrairement aux mouchoirs où c'est obligatoire en ce moment.
    (+)
  • Merci louky !
    L'hommage est à la hauteur de notre reconnaissance à Abdallah.
    Merci à toi
  • Quel bel hommage !
  • Joueur que j'avais vu en vrai à mon époque messine avant qu'il vienne chez nous. J'étais plutôt content qu'il vienne tout comme n'doye.
    Je ne l'aurai par contre pas cru pouvoir devenir le meilleur latéral gauche de L2.
    Même en l1, il ne faisait pas tâche.
    Merci pour ces années au Racing et bonne continuation.

    Bravo pour l'article hommage ! Du grand art. N'Dour méritait ça du stub
  • Un article bourré d'émotions, aux limites du lyrisme. Bravo @louky et un très grand merci à N'Dour pour tout ce qu'il a donné au club et à son public.
  • Superbe hommage à l'un des piliers de notre renaissance.
    Pas le plus talentueux mais l'un des plus guerriers et des plus respectueux de ce beau maillot.

    Bonne continuation Monsieur N'Dour.
  • Superbe article. Un bel hommage pour un joueur qui était de toutes les guerres remportées par Racing dans les divisions inférieures !
  • Bravo à louky pour ce bel article et à N'dour pour son engagement sans faille sur le flanc gauche du terrain et son indiscutable participation à la rédemption du Racing !
  • C'est un très, très bel article!
    Bravo à Louky et reconnaissance éternelle à N'Dour.
  • Très bel article, félicitations§!

    Il était d'autant plus important de le faire que les dernières sorties de notre sénégalais préféré n'ont pas été à la hauteur de son apport tout au long de ces années. Ce n'est que justice et un très bel hommage.

    diërëdiëf Abdallah

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