Eric Pécout, un héros très discret

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Par matteo
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A la veille du match entre les Canaris et le Racing, retour sur la trop discrète carrière d'Eric Pécout, footballeur élégant passé par Nantes et Strasbourg.

La simple idée d'une rencontre Nantes-Strasbourg en L2 a quelque chose d'incongru. A ma droite, 46 saisons en L1, 8 titres de champion de France, 3 Coupes de France. A ma gauche (façon de parler, s'agissant de la contrée de feu Adrien Zeller), ce sont 56 saisons en L1, 1 titre et 3 Coupes de France qui vous contemplent. Et pendant ce temps, en Ligue 1 Orange, Boulogne-sur-Mer reçoit Grenoble sans que les autorités ne s'en inquiètent.

C'est dire dans quel cul de basse fosse sont tombés ces deux clubs historiques du football français, Strasbourg l'étant même un peu plus que Nantes, historique : si le Racing a été l'un des clubs pionniers du professionnalisme en France dès 1933, il a fallu attendre 1963 pour voir les Nantais faire leur apparition dans l'élite. Ils se sont bien rattrapés, les bougres, devenant l'un des clubs marquants de la baballe hexagonale.

Comme de bien entendu, de nombreux joueurs ont porté au fil des saisons les maillots des deux clubs, du fameux Argentin Ramon Muller, héros alsaco-ligérien des années 60, au dernier spécimen en date, notre Harlington chéri(ni). On trouve parmi eux le pittoresque Xavier Gravelaine (bien qu'il n'ait jamais porté le maillot de l'équipe fanion nantaise), le légendaire Yves Deroff ou le sidikeitesque Ricardo Faty. Mais c'est au cas d'Eric Pécout, ancien attaquant international, joueur de Nantes (1974-1981) et de Strasbourg (1984-1986) que nous allons nous intéresser.

A l'école nantaise



A l'évocation du nom d'Eric Pécout, je t'imagine, toi, djeunz qui ignore qu'il y a eu du football avant Cristiano Ronaldo, les yeux hagards et vides comme devant une DS dont la batterie a lâché, luttant pour réaliser des connexions neuronales inédites pour toi (« Tséséki, Pécout ? », « Zyva, Pécout, c'est pas Coupet en verlan ? »). Car nous voici effectivement revenus en un temps que les moins de 20 ans, etc. Un temps où la France était un nain sur l'échiquier du foot mondial, et où le RC Strasbourg devenait champion de France : l'âge de pierre footballistique, en somme.

Eric Pécout naît le 17 février 1956 à Blois (Loir-et-Cher), ce qui fait de lui, techniquement au moins, un Blésien. Pour le situer, il a donc un an de moins que Michel Platini, Jean Tigana ou Maxime Bossis, deux de plus que Michael Jackson et vingt-cinq de plus qu'Haykel Gmamdia.
Révélé par sa victoire au concours du jeune footballeur - une curiosité française, sorte de Nouvelle Star du ballon qui se déroulait en lever de rideau des finales de Coupe de France - il rejoint tout naturellement le Football club de Nantes et son tout jeune centre de formation.

Précoce, il débute en Première division à l'âge de 18 ans et se signale déjà par un sens du but plutôt développé. En 1977, Nantes remporte son quatrième titre de Champion de France et Eric Pécout est la révélation de la saison : disputant 27 matches aux côtés des Michel, Bargas, Rio et Bertrand-Demanes, il contribue au sacre à hauteur de 12 buts, finissant deuxième meilleur buteur du club derrière Omar Sahnoun (15 buts).

Les trois saisons suivantes vont confirmer son statut de canonnier : dans le 4-3-3 de Jean Vincent, Pécout est servi par les deux ailiers-feux-follets-dribbleurs-centreurs-fous que sont Loïc Amisse et Bruno Baronchelli.

Rapidement, Eric Pécout fait admirer son style et son engagement. Bien que physiquement costaud, il est loin de l'archétype des avant-centres de l'époque, techniquement frustres mais obsédés par le but (Gerd Müller, Horst Hrubesch, Delio Onnis). Pécout ne dédaigne pas le combat et un excellent joueur de tête mais il fait montre d'une certaine subtilité technique lui permettant d'élargir sa palette pour préfigurer l'attaquant moderne. Remises et déviations, sens du jeu dos au but, élégance balle au pied et attitude altruiste font partie des qualités qu'on lui prête alors.

Son heure de gloire arrive en 1979 lorsqu'il devient le premier joueur français à signer un triplé en finale de la Coupe de France (Nantes-Auxerre 4-1 a.p.). Quelques mois auparavant, il a connu les joies de l'équipe de France en entrant en cours de match face au Luxembourg pour la première de ses cinq sélections, toutes obtenues en 1979 et 1980.

Malheureusement, s'il marque 73 buts en 156 matches avec le FC Nantes, il n'aura jamais vraiment été pris au sérieux du côté de Marcel-Saupin puisque ses dirigeants n'hésitent pas à lui balancer régulièrement des concurrents dans les pattes. Il prend le meilleur sur l'Argentin Victor Trossero, recruté en 1978 et transféré en 1980 à Monaco. Nantes est à nouveau champion en 1980 (avec 13 buts pour Pécout... et 13 buts pour Trossero).

En 1980-81, Nantes finit second mais Eric Pécout, entre blessures et méforme, ne dispute que 15 matches, pour 8 buts tout de même. Il est vrai qu'un petit jeune nommé José Touré commence à pointer le bout de son nez. Et lorsqu'à la fin de cette même saison, on annonce l'arrivée du redoutable buteur yougoslave, comme on disait à l'époque, Vahid Halilhodzic, Pécout comprend qu'il est temps pour lui de quitter la Loire-Atlantique. L'AS Monaco l'accueille à bras ouverts.

De Nantes à Munegu



Pour sa première saison sur le Rocher, l'ASM remporte le titre de champion de France 1982. Eric Pécout ne fait que 20 apparitions sous le maillot de la Principauté, pour un total extrêmement honorable de 11 buts, sans toutefois convaincre puisque Michel Hidalgo ne le retient pas parmi les 22 joueurs appelés à disputer la Coupe du Monde en Espagne. C'est probablement avec une certaine amertume qu'il voit l'un ou l'autre attaquant, pas nécessairement meilleur que lui en valeur intrinsèque, participer à la glorieuse épopée des Bleus en terre ibérique (Gérard Soler, Alain Couriol).

La saison suivante est encore plus mitigée pour lui - 18 matches, 6 buts - et l'ASM, champion sortant, termine à une bien piètre sixième place. A ce moment précis, Eric Pécout semble avoir mangé son pain blanc, et sa carrière paraît promise à un déclin inexorable.

En passant par la Lorraine



A l'été 1983, l'AS Monaco ne le retient pas et il signe alors dans un club obscur de Lorraine-Nord connu dans ces austères contrées sous le nom de Football club de Metz. Eric Pécout y inscrira 8 buts en 29 parties et le club grenat terminera dans le ventre mou du Championnat, mais le joueur aura la chance de participer à l'une des grandes heures de l'histoire du football lorrain : la victoire du FC Metz en finale de la Coupe de France 1984.

Rappelons rapidement le contexte de l'époque : il y a longtemps déjà que la politique de François Mitterrand a pris le fameux « tournant de la rigueur », et la Lorraine y paye un lourd tribut. La sidérurgie est en pleine déconfiture, et les plans sociaux se multiplient dans les aciéries. L'épopée du FC Metz, qui promène partout en France son maillot grenat siglé « Sollac », cristallise alors tous les espoirs d'une région traumatisée. Après avoir sorti en demi-finale le grand FC Nantes, Eric Pécout retrouve en finale son autre ancien club : l'AS Monaco, qui est le grand favori.

Des milliers de supporters messins « montent » au Parc des Princes et c'est dans une ambiance chauffée à blanc, sous une pluie battante, que les Messins réalisent l'exploit de battre les Monégasques 2 à 0 après prolongations. Signalons que dans l'équipe du FC Metz figurent ce soir-là plusieurs futurs Strasbourgeois : outre Pécout, on y retrouve également Philippe Thys et Robert Barraja, et l'entraîneur n'est autre qu'Henryk Kasperczak. Cette performance des Grenats, premier titre majeur pour le club, leur ouvre la porte à une participation à la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe et à un exploit encore plus retentissant : l'élimination invraisemblable du FC Barcelone (2-4, 4-1). Une page de légende du football français à laquelle Eric Pécout ne prendra pas part, puisqu'il est transféré à l'orée de la saison 1984-85 au Racing club de Strasbourg.

Allez viens voir un Pécout à la Meinau



Cinq ans : si cette durée peut être considérée comme un battement de cil à l'aune du règne des Grands Anciens qui dorment depuis des millénaires tapis dans leurs cités sous les eaux, attendant l'heure de leur retour elle est, à l'échelle du RC Strasbourg, une période extrêmement longue, traditionnellement pleine d'agitation et de soubresauts. Comme si ce club était maudit par Nyarlathotep.

Nous sommes en 1984, et cela fait cinq ans que le Racing a remporté son titre de champion de France. Cinq ans, une éternité : après les convulsions de l'affaire Gress, le club est bien vite rentré dans le rang. Comme s'il ne s'était jamais rien passé, le club alsacien retrouve son rang d'éternel comparse du football français.

Désireux de redonner un coup de fouet au club et surtout de dénicher un entraîneur à forte personnalité capable de faire de l'ombre au mythe Gress, le président André Bord a fait appel la saison précédente à l'Allemand Jürgen Sundermann, entraîneur à succès du côté de Stuttgart et de Zurich et réputé homme à poigne. Les stricts résultats sportifs sont satisfaisants (toute la saison passée dans la première partie du classement pour une 8ème place finale, record strasbourgeois qui tient toujours depuis 25 ans), mais le style de jeu adopté par Sundermann, peu flamboyant et très défensif, n'est pas du goût de tous les supporters.

L'encadrement du Racing se décide à un renouvellement en profondeur de l'effectif, pour apporter un peu de glamour à une équipe solide mais austère. Exit les peu convaincants Albert Gemmrich, Olivier Rouyer, Issicka Ouattara, Merry Krimau, Claude Quéry et autres Porfirio Bétancourt. Pour les remplacer, le Racing choisit de faire venir, outre le revenant Jean-Noël Huck, les milieux de terrain José Souto, héros de l'épopée lavalloise en Coupe d'Europe - car, oui, il y eut un jour une épopée lavalloise en Coupe d'Europe, ponctuée par l'élimination du grand Dynamo de Kiev - et Georges Van Straelen (Toulouse).

Il est surtout décidé de miser sur une triplette offensive tout à fait alléchante sur le papier : Walter Kelsch, ailier allemand tout frais champion de Bundesliga avec Stuttgart, Gérard Soler, attaquant international venu de Toulouse, et donc Eric Pécout, dont les états de service jusqu'alors ont été développés ci-dessus.

Contre toute attente, la mayonnaise peine à prendre : le Racing est scotché en queue de classement, et courant mars 1985 Jürgen Sundermann est licencié. Jean-Noël Huck le remplace et parvient à redresser la barre, assurant le maintien in extremis. Ouf !

Dans le marasme désormais traditionnel du club strasbourgeois, Eric Pécout parvient à tirer son épingle du jeu. Découvrant pour la première fois de sa carrière la lutte pour le maintien, il n'hésite pas à s'arracher et à se mettre « minable » pour sauver ce qui peut encore l'être. Au moment où Huck choisit de lancer de nombreux jeunes (Schuth, Niesser, Andrieux, V. Cobos), l'expérience de Pécout se révèle précieuse. Il finira meilleur buteur du club avec 12 buts, à égalité avec Walter Kelsch.

Le recrutement de la saison suivante est à nouveau relativement ambitieux avec Robert Barraja (Metz) et les internationaux Jean-François Larios (Lyon) et Andrej Jeliazkov (Slavia Sofia). Gérard Soler transféré à Bastia, c'est un autre joueur de talent, François Brisson (Lens), ailier gauche international français et champion olympique 1984, qui rejoint la ligne d'attaque strasbourgeoise où il sera chargé d'alimenter Eric Pécout en bons ballons.

Las, le début de saison est catastrophique. Huck est remercié et remplacé par Francis Piasecki, lequel, malgré un beau sursaut ne parviendra pas à redresser la situation. Eric Pécout, souvent blessé, connaît une saison en pointillés. L'attaque strasbourgeoise n'est pas au niveau, et Patrick Cubaynes est recruté pour le suppléer. Sa saison s'achèvera sur un maigre total de 2 buts en 17 parties et une première relégation. Il a tout juste 30 ans.


De Caen au Camp des Loges



Tombé en D2 exactement 7 ans après avoir gravi son Anapurna, le Racing se livre bien entendu à une purge dans les grandes largeurs à l'orée de la saison 1986-87. Pour autant, Eric Pécout ne s'épargnera pas les déplacements exotiques à Saint-Dizier, Abbeville ou la Roche-sur-Yon puisqu'il signe en D2 dans le petit club qui monte : le Stade Malherbe de Caen de Pierre Mankowski. Sa première saison est bonne puisque, malgré de nouveaux problèmes physiques, il inscrit 13 buts en 21 matches et contribue à emmener Malherbe en barrages.

Il baisse pied la saison suivante et n'inscrira que 5 buts dans une saison historique qui voit le club bas-normand accéder pour la première fois à la Première Division en même temps que... le Racing Club de Strasbourg.

Eric Pécout terminera sa carrière au FC Tours en D3, avant d'intégrer le staff technique du club tourangeau en qualité de directeur sportif. Malheureusement, le club d'Indre-et-Loire connaîtra des difficultés financières et un dépôt de bilan, dont il se relève à peine ces temps-ci.

Pécout intègre par la suite la cellule de recrutement du PSG, où il sévit encore aujourd'hui, dans une position plus ou moins confortable. Régulièrement sur la sellette, il se la joue discrète en laissant le brave Alain Roche batailler en première ligne. Son départ du PSG est fréquemment évoqué, au gré des directions à géométrie variable auxquelles nous a habitué le club parisien. Il est à ce jour toujours en place et s'implique dans les recrutements, plus ou moins heureux, du PSG.

Epilogue



Au final, le passage éclair d'Eric Pécout sous les couleurs strasbourgeoises (59 matches – 14 buts) aura été à l'image de sa carrière : footballeur talentueux et volontaire, il aura toutefois manqué de la grinta et de la réussite nécessaire pour s'imposer durablement. Dans toute sa vie de footballeur, il aura toujours été dépendant de la qualité de ses coéquipiers incapable d'être un véritable leader. Entouré de joueurs de rêve à Nantes, il aura été très performant ; à Strasbourg, dans une équipe déliquescente, il n'aura pas su être celui qui sonne la révolte, malgré des prestations honorables la première saison.

Il aura aussi été, malgré lui, le symbole des errements strasbourgeois en matière de recrutement de ces années post-1979 : combien de joueurs au CV ronflant recrutés, pour des performances très en deçà des espérances ? Citons Rouyer, Bétancourt, Jeliazkov, Souto, Larios, Kelsch, Six, Gudimard (liste non exhaustive). Sans parler de la malédiction des attaquants brillants sous un autre maillot et nuls au RCS (encore un coup de Nyarlathotep) : Krimau, Brisson, Soler, Gemmrich II...

Pécout-Strasbourg, c'est l'histoire d'un rendez-vous manqué. Et si, en fin de compte, Eric Pécout était le reflet exact de ce qu'est le Racing Club de Strasbourg : capable de flamboyance et d'exploits épisodiques, mais trop limité sur la durée pour être autre chose qu'un second couteau ?

matteo

Commentaires (3)

Flux RSS 3 messages · 4.110 lectures · Premier message par chalvet · Dernier message par willy

  • félicitation pour cette très bonne et très juste analyse de la carrière d'Eric Pécout.
    Magnifique joueur, élégant et efficace. Je me souciens de Nantes, ça jouait superbement.
    J'étais à la finale de coupe de France entre le FCN et l'AJA au parc en 1979, triplé de Pécout.
    La France a eu à mon avis ses plus belles heures footballistiques de 1976 à 1986. Cela a commencé avec le France - Tchéckoslovaquie (1ere pour Hidalgo en sélectionneur) et l'épopée des verts, jusqu'à la fin de la demie finale de coupe du Monde au Brésil.
    Certes ensuite il y eu l'OM, le PSG, et la coupe du monde 1998, mais sur le plan du spectacle, de la valeur humaine aussi (Rocheteau, Batiston, Bossis, Kéruzoré...) c'était fabuleux.
    Pour en revenir à Pécout, il n'a pas manqué grand chose pour qu'avec Nantes en Europe et avec l'EDF l'histoire soit TRES grande.

    Un supporter du football, du beau jeu, et du Téfécé (si c'est compatible le beau jeu et le téfécé, hahaha)

    Cordialement
    Michel (pas Henri, l'autre)
  • J'ai connu Eric alors qu'il n'avait pas 16 ans, nous étions amis a Noirmoutier, en vacances. Lui et sa soeur sont venus chez nous en Belgique, passer quelques jours. Eric était très sympa, ainsi que sa soeur, son perd un peu moins. Super gentil affable et près a aider....sa description est exacte, un personnage super cool, mais pas vraiment un leader...mais comme ami d'enfance, très chouette...je crois qu'il était un peu amoureux de ma soeur Mireille....
  • j'ai connu eric aspirant au fcn.. mieux sa soeur fabienne ...:).Eric aspirant ne savait pas calculer son budget.. chaque fin de mois il demandait à daniele la libraire de la rue copernic ou je faisais des piges une petite aide.. touchant , bon footballeur, plus sympa que son frere franck qui n a pas ete ce que son frere a ete et avait la grosse tête..
    Pas d accord avec tout le monde pour le foot, inhibe par la methode de suaudeau qui fait que quand ils quittaient le fcn les footeux devenaient quelconques la liste est longue, poulain baronchelli toure bossis tusseau loko le roi du ratage etant pedros le plus beau jour que j'ai vu a nantes mais qui a cire le banc de trop nombreux clubs

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