Bilan 2009-2010 (2/3)

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Un redressement sportif qui se fait attendre et des coulisses plus tortueuses que jamais, c'est le Racing de l'automne 2009.

A la poursuite de la lanterne rouge



La trêve internationale censée remettre les choses à plat tant sur le plan physique que tactique n'aura pas l'effet escompté. Il faut dire que le Racing reprend par deux déplacements consécutifs en moins d'une semaine, à Nantes et Clermont. A la Beaujoire, les Strasbourgeois ouvrent le score mais se font très vite bousculer par des Nantais plus percutants à défaut d'être géniaux (1-2). Quatre jours plus tard, l'équipe boit la tasse à Clermont et concède sa première défaite par plus d'un but d'écart (0-3). Ca commence à tanguer sévèrement pour Pascal Janin, qui doit faire face à la montée en puissance de Pascal Camadini dans le secteur sportif et à des rumeurs persistantes de remplacement imminent. Philippe Ginestet finit cependant par réaffirmer sa confiance en l'entraîneur en place. On sait qu'en football ce type de témoignage présidentiel est souvent à double tranchant.

Autre cartouche utilisée en ce difficile mois de septembre, la mise au vert. Les joueurs partent quelques jours s'oxygéner à Munster avant le choc face au leader caennais. Dans le même temps, les principaux groupes de supporters appellent au boycott de cette rencontre. Peut-être piqués au vif, ou revigorés par leur séjour en montagne, les joueurs livrent leur meilleur match depuis le début de saison, mais toujours sans engranger les trois points (2-2). Confronté à des blessures en série et à la méforme de plusieurs cadres, Pascal Janin est contraint de racler les fonds de tiroir pour aligner à chaque fois un onze à peu près cohérent. A Angers, il lance d'entrée le jeune amateur Farez Brahmia et l'équipe ramène un bon nul grâce à un compartiment défensif enfin en voie de stabilisation (0-0).

Les matchs internationaux provoquent une nouvelle trêve de deux semaines, par la grâce du calendrier particulièrement abscons de la Ligue 2. Le Racing meuble cette pause par une défaite contre Neuchâtel Xamax avant d'affronter Vannes à la Meinau. Face aux Morbihannais, les Bleus confirment leur hermétisme nouveau tout en étant incapables de produire autre chose que du jeu direct. C'est néanmoins suffisant pour s'imposer en dépit de la première expulsion de la carrière de Stéphane Cassard (1-0). Nous sommes le 14 octobre et le Racing a enfin gagné un match officiel, près de cinq mois après la venue de Reims à la Meinau. Cette victoire sera bonifiée par un nul à Brest, grâce entre autres à un beau but de Nicolas Fauvergue - qui commence à bien trouver ses marques dans la formation alsacienne. Hélas, l'équipe rechute face à Tours, toujours incapable de produire quelque chose ressemblant à un jeu construit (0-1). Le RCS reste scotché dans la zone de relégation et les premières rumeurs de revente commencent à bruisser tandis que Gilbert Gress annonce la sortie d'un ouvrage relançant une querelle vite devenue picrocholine. Comme il est d'usage, le Racing perd à Metz (0-1).

Une semaine plus tard, les Bleus s'imposent pour la deuxième fois de la saison face à une très pâle équipe d'Istres (2-0). Au même moment, on apprend que le Meinau est le seul stade de L2 choisi pour figurer parmi les 12 sites de la candidature française pour l'Euro 2016, ce qui ramène forcément la mairie dans le dossier Racing. Une main de Thierry Henry plus tard, la revente se précise avec la convocation d'une assemblée générale et même un dossier de dernière minute que tente de monter Jean-Luc Herzog. L'équipe passe sans fracas mais sans éclat son premier tour de coupe de France à Biesheim (3-1) et ramène un nul insipide de Dijon (0-0). Le match face à Bastia est marqué par les ternes adieux de Philippe Ginestet, qui doit céder son fauteuil d'actionnaire majoritaire à de mystérieux investisseurs britanniques. L'équipe confirme sa faiblesse en obtenant une très improbable victoire in extremis à la faveur d'un doublé de Nicolas Fauvergue (2-1), un match positivement affreux qui symbolise la descente aux enfers du clubs sous le mandat de l'investisseur immobilier. Les plus optimistes pensent avoir touché le fond, la reprise doit permettre de repartir du bon pied dans une Ligue 2 très homogène, ils seront vite déçus.

And now for something completely different



Au milieu d'une foule de rumeurs évoquant jusqu'à Luc Dayan, c'est finalement le nom de Julien Fournier, ancien secrétaire général de l'Olympique de Marseille, qui émerge en premier pour incarner le projet de relance du club. Peu connu du grand public, ce dernier bénéficie néanmoins d'une solide réputation dans le milieu. Son arrivée est en tous cas perçue comme un gage de crédibilité par bon nombre de suiveurs, sur racingstub.com et ailleurs. La passation de pouvoir est actée le 4 décembre au milieu des usuelles jérémiades du microcosme incarné notamment par le toujours très acide Dominique Pignatelli. Le prix annoncé pour la cession des parts est de 1,6 millions d'euros. On apprendra plus tard qu'il faut y ajouter diverses clauses plus ou moins biscornues. Philippe Ginestet quitte donc le club en ayant perdu de l'argent, rattrapé comM. Bien des présidents avant lui par un manque de moyens et une déliquescence sportive. Le schéma est classique au Racing et ce type de transition a souvent permis au club de rebondir prestement. Reste à savoir qui va lui succéder et, sur ce plan, Julien Fournier se trouve bien incapable de détailler l'identité exacte de ses commanditaires. Il jette en pâture aux médias le nom d'un juvénile Estonien, Roman Loban, et celui d'un certain « Jafar » tandis qu'apparaît déjà en toile de fond l'avocat Ralph Isenegger. Le flou n'est donc pas entièrement dissipé et cela suscite le scepticisme des plus soupçonneux, le quotidien de la rue de la Nuée Bleue se fendant même d'un article lourd en sens entendus sur la mafia d'Europe orientale. L'attitude générale reste cependant plutôt bienveillante, à l'écoute des informations complémentaires qui ne doivent pas manquer de tomber rapidement. Dans l'anonymat le plus complet, les joueurs s'inclinent à Nîmes (1-2).

Au terme d'un embrouillamini qu'il serait fastidieux de conter en détail, on apprend quelques jours plus tard que l'actionnaire majoritaire du Racing est désormais un Français, Alain Fontenla. Exeunt donc le mystérieux Roman Loban et son acolyte Jafar Hilali, deux personnages dont le visage reste à ce jour parfaitement inconnu, en dépit du rôle clé qu'ils ont pu jouer, ou jouent, dans la tragicomédie du RCS. Fontenla se retrouve en revanche très vite sous les projecteurs pour une conférence de presse proprement calamiteuse. Censé éclaircir la situation, le passage de l'homme au col roulé à Strasbourg ne fait que la rendre encore plus illisible. En refusant ostensiblement de répondre aux questions concernant sa motivation, l'origine du montage financier et l'ampleur de son investissement, Fontenla se met à dos une partie des journalistes tout en donnant du grain à moudre aux râleurs. D'autres, plus indulgents, préfèrent encore croire à une forme de timidité.

La première décision de Julien Fournier consiste à débarquer Pascal Janin, qui s'est jusqu'ici montré incapable de dégager une équipe-type et un style de jeu. Le nouveau président coche rapidement deux noms sur sa liste, Jacques Santini et Jean-Pierre Papin, qui a avait déjà été approché par Philippe Ginestet quelques mois plus tôt, une réconciliation étant intervenue entre les deux hommes. L'ancien sélectionneur national semble un temps tenir la corde mais c'est finalement le Ballon d'Or qui assistera en tant qu successeur putatif à la rencontre face à Thionville en coupe de France (victoire 3-0). Un communiqué annonçant un accord de principe est même mis en ligne sur le club, premier d'une longue et pathétique série. En définitive, l'arrivée de Papin n'est suspendue qu'à l'avis de la DNCG, qui doit auditionner le nouvel actionnaire majoritaire du Racing, procédure purement formelle d'après Julien Fournier.

L'audition devant le gendarme financier se tient le 15 décembre, et son résultat ne sera connu que tardivement en soirée lorsqu'un communiqué écrit à la brosse à sanitaires évoque une mise en délibéré et une « négligence de trésorerie ». Le lendemain, on apprend que la DNCG a réclamé l'injection de trois millions d'euros dans le compte courant du club, signe d'une méfiance marquée envers le nouveau propriétaire du club. Julien Fournier de son côté n'est visiblement plus sur la même longueur d'ondes que son actionnaire. Il révèle même qu'on a tenté de lui imposer un plan consistant à lessiver une bonne partie de l'effectif pour le remplacer par des joueurs inconnus en provenance directe des réseaux Isenegger. Alain Fontenla aurait ainsi conçu son investissement en termes de « capital joueurs » et non en fonds propres, pour le plus grand bonheur de son conseiller helvète, qui ne dispose à ce stade d'aucun poste dans l'organigramme du club et refuse d'être filmé. Cette fois-ci, les soupçons se déchaînent pour de bon, surtout quand le même jour Fontenla annonce vouloir revendre ses parts en raison de l'ambiance délétère à Strasbourg. Il se rétractera en partie le lendemain dans les studios de RMC, qu'il a préférés à la Meinau, où le Racing s'impose de façon aussi inespérée que convaincante face à Guingamp (2-1). L'entraîneur est toujours Pascal Janin, qui a accepté d'avaler une nouvelle couleuvre en prolongeant un intérim au long cours.

On tient à cette date le noeud du problème qui va occuper le club pendant trois longs mois. Alain Fontenla et ses alliés tentent régulièrement de mettre en avant l'accueil mitigé reçu dès leur arrivée pour se dédouaner, et justifier leurs intentions très changeantes. En revanche, ils éludent toujours les événements survenus autour de l'audition par la DNCG, qui constitue pourtant clairement le moment où le club a sombré dans une invraisemblable pagaille. Impossible de savoir exactement ce qui se dit entre le 15 et le 18 décembre. Impossible de savoir qui exactement Ralph Isenegger entend recruter. Impossible enfin de savoir ce que Carousel Finance et Alain Fontenla sont venus faire à Strasbourg. Ce dernier se pose régulièrement en victime de son environnement, qu'il s'agisse du microcosme autour du Racing, de l'Alsace ou même plus généralement du football français. Si certains griefs ne manquent pas de fondement, ils n'occultent pas le fait que Fontenla ne s'est résolu à donner des gages qu'une fois acculé, notamment par la DNCG. Certes, l'accueil na pas été vraiment exubérant, mais il est faux de dire que l'hostilité a d'emblée été générale. Le problème réside bien dans le refus des hommes de Carousel de respecter les règles tacites ou expresses en vigueur dans le football français en général et au Racing en particulier, quel que soit l'avis que l'on peut avoir sur lesdites règles.

L'équipe boucle les matches aller par une défaite au Havre (0-3). Au terme de cette première phase, elle se classe dix-huitième, à deux points du premier non relégable. Mais, pour le moment, plus personne en haut lieu ne se préoccupe de son sort. Les repreneurs potentiels profitent des fêtes de fin d'année pour se réunir autour d'un médiateur nommé par le maire, Henri Ancel tandis qu'Alain Fontenla entame son petit tour des people du football français en confiant une mission de restructuration tarifée à Luc Dayan. L'année 2009 se clôt sur un très grand flou et sur un Racing pro en danger de disparition pour la première fois depuis 20 ans.

strohteam

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