Vélo club

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  • A la demande de certains d'entre vous, qui aiment parler vélo autrement qu'à l'insu de leur plein gré et des pages faits divers et nécro, je vous proposerai régulièrement de courtes chroniques d'actu et rétro.

    Je commencerai aujourd'hui par vous annoncer la naissance d'un nouveau Flandrien de la haute lignée.

    Le Grand Prix E3 a parfois les honneurs de la télévision française, lorsque l'actualité sportive n'est pas trop chargée le dernier samedi de mars. Comme son nom, bucoliquement emprunté à une autoroute, ne l'indique pas, il s'agit d'une semi-classique significative dans la perspective du Ronde et de Paris-Roubaix, car bénéficiant d'un plateau relevé et empruntant certains des mythiques Monts flandriens.

    Le vainqueur 2004 a réjoui les observateurs. Le premier à Harelbeke a en effet pour nom Tom Boonen, 23 ans, 3e de Paris-Roubaix 2002 et espoir de tout le petit peuple de Rijkevoorsel ou d'Ekloo. Du patriarche Alberic « Brik » Schotte, 85 ans, surnommé « le dernier des Flandriens » à l'actuel porte-drapeau –avec Peter Van Petegem, entré dans la légende avec son mythique et brillant doublé Tour des Frandres-Paris Roubaix en 2003- de la race pour cette saison encore, Johan Museeuw, la confrérie attendait avec impatience la relève, l'apparition d'un coureur tenace, enthousiaste dans l'adversité, la boue, les pavés, la pluie, la neige, capable de se sacrifier, d'aller au-delà de lui-même.

    Les temps changent, et aujourd'hui le coureur cycliste gagne bien sa vie, les courses sont annulées si les intempéries sont trop fortes, le confort matériel gâte certains talents à l'esprit faible, sans parler des solutions de facilité qui, pour beaucoup, raccourcissent les distances et aplanissent les difficultés, mais laissent peu d'espoir à ceux qui y succombent de bénéficier des cotisations retraite.

    Mais la rage de vaincre, la dureté au mal, la noblesse de caractère habitent encore, et c'est heureux, beaucoup d'officiants du sport cycliste. Quand le talent s'ajoute à ces qualités de l'âme, on assiste à l'apparition d'un grand champion. Tom Boonen est, à mon avis, de ceux-là.

    Coup de jeune sur les Flandriennes ?
    Si Boonen venait à gagner le Ronde, et pourquoi pas, l'Enfer du Nord, il apporterait un cinglant démenti à la règle, de plus en plus usitée, selon laquelle les classiques flandriennes seraient l'apanage des coureurs expérimentés, plus résistants qu'explosifs, connaissant les pièges et points stratégiques du parcours. Le Palmarès du Ronde de la décennie écoulée est éloquent : seuls Van Petegem en 1999 (29 ans) et Michele Bartoli en 1996 (26 ans) avaient moins de 30 ans. Et pour les autres, la barre des 30 ans était largement dépassée, avec notamment un record, celui d'Andreï Tchmil, très beau vainqueur en 2000, à 37 ans !

    Une victoire de Boonen pourrait, par effet d'entraînement, rajeunir le groupe des candidats à la victoire. Si lui, pourquoi pas d'autres, pourraient se dire d'autres jeunes... Aucune nouvelle tête n'émargeant sur le front des grands Tours, le Tour de France en particulier, promis à nouveau au duo Armstrong-Ullrich sur un parcours ridiculement sous-montagneux, les classiques, courses toujours prestigieuses, pourraient attirer une nouvelle génération avide de gloire. A moins que la génération intermédiaire, celle d'Oscar Freire par exemple, ne vienne contrarier ce scenario qui, pourtant, ferait tellement de bien aux flandriennes... et au cyclisme en général.
  • Tres bon article !!!! (+) (+) (+) (+) Bonnen en vue sur les routes françaises en juillet ?
  • Pour l'instant, ce n'est pas extrêmement utile, à moins bien sûr qu'il ne se place dans la lignée des Merckx et Hinault, chasseurs de classiques et vainqueurs avec panache des grands Tours... Mais j'en doute quand même un peu.
    Pour autant, rien ne dit qu'il ne fera pas bonne figure, surtout cette année dans un Tour quand même pas bien difficile. Reste à voir ce qu'il vaut en montagne et CLM.
    S'il passe ces deux tests avec mention, pourquoi pas, après tout des coureurs calibrés pour les classiques mais suffisamment complets ont déjà gagné le Tour (Kubler, Janssen) ou le Giro et la Vuelta (Kelly, Jalabert, Altig et Maertens même sur la Vuelta, sans parler des performances de Van Looy et Van Steenbergen)

    Mais pour l'instant, je le vois surtout vainqueur d'étapes de transition après le passage de montagnes, où les coureurs de classiques, audacieux, passe-partout et dotés d'une bonne vision de la course peuvent se mettre en valeur.
  • Superbe article, j'attends la suite avec impatience!!! :)-
  • Ces terribles cols du Plat Pays

    La raison d'être du Ronde Van Vlaanderen, sa spécificité, ce sont ses « cols », les fameux Monts flandriens. Oh, certes, nos Bergen ne sont pas des obstacles à donner l'ivresse des cimes, et à moins de les passer en plein hiver après une tempête de neige, vous ne vous ferez jamais prendre en photo dans leurs rampes au milieu des congères. Le Taiienberg et le Patersberg ne seront jamais l'Iseran ou le Stelvio.

    Mais leur raison d'être n'est pas de s'offrir en terrain de jeux aux grimpeurs ailés, ni même aux coureurs complets. Le Ronde est une épreuve semblable à aucune autre. Qu'on retienne cette statistique : sur 87 Tours des Flandres, seuls deux vainqueurs du Tour de France (Merckx 1969 et 1975, Bobet 1955), trois vainqueurs du Giro (Magni 1949-1950-1951, Pollentier 1980, Bugno 1994) et un vainqueur de la Vuelta (Altig 1964) l'ont emporté.

    Les Flandriens, que j'évoquais hier, sont ici dans leur jardin. Le jour du Ronde est fête nationale ici, et toute victoire étrangère sans belle lutte des siens est vécue comme un affront. Au traumatisme né de la première victoire étrangère du talentueux Suisse Henri Sutter en 1923 a succédé le triplé du plus Flandrien des Italiens, Fiorenzo Magni, notamment lors de l'édition glaciale et neigeuse de 1950 où il a devancé le héros Brik Schotte, et ces dernières années la domination italienne, heureusement compensée par les victoires de Museeuw et Van Petegem.

    Même les Wallons et Bruxellois ne sont pas en odeur de sainteté à Meerbeke : en 1975, le héros n'était pas tant Merckx-le-Brabançon que Franz Verbeek, dernier et valeureux opposant lors de la démonstration du plus grand champion cycliste de l'Histoire.

    Les Flandriens jouent donc à domicile sur les quelque 265 kilomètres du parcours. Et avec une telle distance, les fameux Monts prennent leur véritable dimension. Non seulement la répétition des difficultés dans les deux dernières heures de course, l'enchaînement de ces murs casse-pattes au revêtement le plus souvent pavé fait terriblement mal, mais, et le téléspectateur ne s'en rend pas forcément compte, le coureur doit faire des efforts terribles dans les parties intermédiaires pour rester aux avant-postes, et ainsi ne pas se faire piéger car les routes sont étroites, et si une échappée part, une chute survient, alors il sera difficile de combler le retard pris, et quand bien même le coureur piégé y parviendrait, il y laisserait inutilement des forces et le paierait dans le final. A ce jeu, les Flandriens, formés dans les fameuses kermesses, sont naturellement favorisés.

    On objectera que les montées ne sont pas longues. Très juste... sauf que, dans une classique, 15 secondes cela peut être beaucoup. Le mythique Mur de Grammont se situe à 14 kilomètres de l'arrivée, et, sauf exception comme pour Museeuw qui a construit ses 3 victoires dans la rue Tenbosse en amont, il désigne le vainqueur ou, du moins, décante la course.
    Que ce passe-t-il dans le Geraardsbergen ? Sauf erreur de placement comme expliqué ci-dessus, les meilleurs sont devant, et attaquent, forcément, car il s'agit d'éliminer un maximum d'adversaires, voir tous si possible. Les écarts se mesurent à la chapelle du sommet : le simple fait de distancer, même de quelques secondes, un adversaire est souvent bon signe dans l'optique de la victoire finale, ne serait-ce que pour l'ascendant psychologique ainsi acquis.

    Reste ensuite le Bosberg pour faire la différence, à moins, comme Andreï Tchmil en 2000, de profiter de l'inattention des adversaires et de l'attente de cette dernière difficulté pour filer en faux-plat, et de maintenir un écart d'une grosse dizaine de secondes jusqu'au bout.

    Mais le cyclisme n'est pas une science exacte, et n'importe lequel des Monts du parcours peut faire la décision du Ronde 2004, même s'il s'agit en réalité d'une oeuvre collective. Pas de Grammont sans Qwaremont, pas de Bosberg sans Koppenberg. Seule chose certaine : la légende du cyclisme résulte toujours de la rencontre d'un homme avec un lieu, c'est un grand spectacle avec son acteur principal qui a trouvé un décor à sa mesure pour battre des adversaires de valeur.

    Puissions-nous cependant avoir un beau vainqueur, car les Monts feront assurément leur office, mais pour en assurer la grandeur il leur faut des officiants dignes d'eux, charismatiques et enthousiasmants. Cela n'a pas toujours été le cas depuis vingt ans, et même ces toutes dernières années...
  • =D =D =D

    Peux tu nous dire qui étaient les derniers vainqueur de cette course?
  • conan a écrit :
    =D =D =D

    Peux tu nous dire qui étaient les derniers vainqueur de cette course?


    2003: Van Petegem, qui allait encore gagner à Roubaix et faire le doublé inédit depuis De Vlaeminck en 1977. Super

    2002: Bortolami, le retour du fantôme, déprimant. Sinistre année 2002 en général d'ailleurs pour le vélo, que des vainqueurs décevants ou presque

    2001: Tafi, le gregario devenu vainqueur de classiques sur le tard, tactiquement zéro, anticharismatique au possible, surnommé "mobylette", il faudrait le mettre en pièces détachées pour voir à quoi il carbure

    2000: Tchmil, habitué des podium, l'emporte à 37 ans, victoire tactique en plantant tout le monde sur le plat là où personne n'attendait d'attaque, bravo

    1999: Van Petegem devant VDB à son meilleur, duel dans le Muur, bien

    1998: Museeuw parti dans la rue Tenbosse, tout le monde planté, bien vu, 3e victoire pour lui à Meerbeke

    1997: Après les Monts, ils sont 3, Moncassin est le plus rapide mais Sorensen attaque intelligemment au dernier kilomètre et gagne

    1996: Consécration de Michele Bartoli, qu'on savait doté d'un fort potentiel et qui gagne là la première d'une belle série de victoires dans les diverses classiques.

    1995: Museeuw 2e! Pas la plus belle, mais net et sans bavure, victoire classique dans une classique

    1994: Le chant du cygne de Bugno, qui bat l'ectoplasme Baldato. Bugno n'avait que 30 ans pourtant, et était déjà en fin de carrière...
  • Y'a pas Jacky Durand qui l'a gagnée une année? :-/
  • 1992, après 217 kilomètres d'échappée
  • Anecdote amusante rapportée par Pierre Chany: Le Tour des Flandres a sauvé un innocent!

    Un homme avait en effet été poursuivi pénalement pour meurtre, et semblait en mauvaise posture. Une vieille dame inconnue du prévenu est alors venue témoigner: "A 11h05 ce dimanche-là, le 30e du mois d'avril, Monsieur X. était passé devant chez moi en compagnie de deux autres personnes" Le président: "Comment pouvez-vous en être si sûre, et si précise dans l'heure et le jour?". Réponse: "Parce que ce jour-là passait le Ronde, je ne voulais manquer ça pour rien au monde, et qu'à 11h05 tout était fini, je pouvais préparer le repas de midi"
    Grâce à ce témoignage, l'homme a échappé à la prison à perpétuité!
  • En voila un qui a du adorer le cyclisme !!!! :)) :)) :))
  • Il a le droit d'être reconnaissant, en effet...
  • Pas de commentaire utile pour ce Ronde 2004, j'ai mieux à faire. A oublier d'urgence. Quand on voit le podium, on pense à Henri Desgranges en 1930, justifiant l'exclusion du vainqueur 1929, Maurice De Waele: "pas d'hongre dans me belle écurie".
  • j ai pas compris là
  • Course décevante, podium d'outsiders, ce cru 2004 n'a rien du vin de garde
  • ok donc
    c'est de la piquette
  • du picrate en cubi, oui
  • :)) :)) :)) :))
  • Je viens d'apprendre la mort de Brik Schotte ce jour...
  • Ben alors c'est qui l'improbable qui a gagné? Et Brik Schotte c'était qui?
  • 1er Wesemann (vainqueur de 5 Courses de la Paix, quel tueur!)
    2e Dave Bruylandts (sitôt cité comme espoir du cyclisme belge, sitôt jeté de Paris-Nice 2002 pour son taux d'hématocrite, bravo mon gars)
    3e Leif Hoste (un demi-jeune, suceur de roues)

    Pour Brik Schotte, voir ma première chronique, en introduction de ce topic. Le Dernier des Flandriens est mort le jour du Tour des Flandres, tout un symbole...
  • ben Weseman, bien que n'ayant pas été cité par les grands favoris, c'est quand meme un outsider sérieux, il n'a pas terminé second de Paris-Roubaix y a qqs années par hasard
  • romeocrepe a écrit :

    Pour Brik Schotte, voir ma première chronique, en introduction de ce topic. Le Dernier des Flandriens est mort le jour du Tour des Flandres, tout un symbole...


    Curieux clin d'oeil du destin .
  • Second en 2002 oui je sais. Il n'empêche: Wesemann reste un second couteau du peloton.

    Sa seconde place et sa victoire du jour prouvent que, du haut de sa moyennitude, Wesemann est un coureur constant et résistant, capable de se retrouver aux avant-postes en cas de défaillance des favoris. Le prototype de l'outsider quoi. Le Lance Henriksen, le Robert Davi du cyclisme. Je n'ai pas dit que la victoire de Wesemann était invraisemblable ou deshonorante; elle n'a simplement aucun intérêt.

    Désolé mais un Wesemann falot et vainqueur de sa première classique à 33 ans passés dans une course pas agréable à regarder j'ai du mal à m'enthousiasmer. Cette victoire n'apporte rien à la course et au cyclisme.
  • Le Ronde endeuillé

    Décidément, le Tour des Flandres, et les jours qui le précèdent porte malheur aux Flandriens depuis quelques années. Après le décès dans un accident de voiture de Rudy Dhaenens le jour du Ronde 2000, la mort de l'Aigle Noir Marcel Kint fin mars 2002 -à 88 ans tout de même-, Brik Schotte nous a quittés ce dimanche, dans sa 85e année.

    Je ne reviendrai pas en détail sur le palmarès du Dernier des Flandriens, qui doit se trouver dans n'importe quel journal aujourd'hui; aussi bien, ce coureur fantastique a reçu l'hommage de tous en activité, avec ce magnifique et glorieux surnom. Un vrai Flandrien, ne se plaignant jamais, ne renonçant à aucun obstacle, toujours combatif, au palmarès rempli de victoires et de podiums acquis souvent dans des conditions très dures.

    Pour mieux cerner le personnage, je rappellerai d'une part que sa seconde place au Tour de France 1948 est intervenue dans une édition terrible, avec notamment la remontée de Cannes à Strasbourg (que de la montagne) dans des conditions hivernales, le pire étant atteint dans l'étape de la Croix de Fer et du Galibier sous la neige et dans la boue! La seconde anecdote (que vous pouvez retrouver sur www.rvv.be) vient de l'immense déception d'avoir fini second du plus dur Ronde de l'Histoire, sous la neige, derrière un autre grand champion injustement oublié, Fiorenzo Magni...

    La course d'hier ne lui a pas rendu hommage, pourvu que Gand-Wevelgem, qu'il a aussi remportée, et Paris-Roubaix ressuscitent l'épopée... D'autant plus que la météo s'annonce particulièrement détestable cette semaine, giboulées de neige et orages de grêle à prévoir...
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