Dans le rétro : décembre 1986

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Par kitl
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Dernier mois de compétition avant une trêve hivernale de deux mois. Au-delà de la meilleure santé sportive du Racing, on note surtout la désignation officielle de Daniel Hechter à la tête du club et la recomposition de son comité de gestion.

Résumé de l’épisode précédent : Herbin a continué à procéder à un remodelage de son équipe : dans les cages, exit Schuth au profit de Flucklinger. Juan Simon est arrivé afin de solidifier une défense éprouvée. Néanmoins, aucun sursaut n’est perceptible dans les résultats, entre succès poussifs à la Meinau et défaites à l’extérieur.

Sous les yeux de Daniel Hechter, pour lequel il est plus aisé d’assister aux rencontres disputées dans le Bassin parisien, le Racing défie Orléans le vendredi 5 au stade de la Source. Les jeunes Jean-Jacques Etamé et Richard Mazerand font leur retour dans le onze strasbourgeois. Avec bonheur, puisque chacun offrira un ballon de but à Peter Reichert, en pleine réussite ce soir-là. Le buteur moustachu agrémenta sa partie d’un penalty en fin de match pour signer un triplé, son sixième but sur les sept derniers du RCS. Strasbourg s’impose 3-0, signant son premier succès à l’extérieur depuis début octobre.

Quant à l’autre tête d’affiche du recrutement estival, Didier Six, son second bail strasbourgeois s’arrête là. En dépit des dénégations du staff et du joueur, son indisponibilité depuis le match de Valenciennes le 7 novembre était bien diplomatique. En conflit avec Piasecki, Six s’est également mis à dos son successeur.
Après la rupture de son contrat le liant au Racing, Didier Six cherche un point de chute : pressenti au Blau-Weiß de Berlin, dernier de Bundesliga emmené par le jeune Karl-Heinz Riedle, il atterrira finalement à Valenciennes, son club formateur.

Enfin, en cette fin d’une année 1986 bien pénible, le Racing déplore la perte d’un de ses plus fidèles serviteurs, son ancien secrétaire général Armand Zuchner. Son successeur, Jean-Michel Colin a fait les frais de l’arrivée de Daniel Hechter, étant indirectement remplacé par Ernest Jacky. Le conseiller technique régional d’Alsace, à l’étroit dans un rôle d’administratif chargé d’implorer les créanciers du club de lui accorder des délais de paiement, a pour sa part déjà rendu son tablier, ses attributions étant reprises par Jean-Pierre Dogliani.

Au milieu de ce joyeux foutoir, un conseil d’administration s’est tenu le 10 décembre dans le but de réinstaurer un certain formalisme juridique dans l’organisation du club. Trois mois après sa prise de contrôle, Daniel Hechter est officiellement investi président de la section professionnelle du RC Strasbourg. Un nouveau comité de gestion voit le jour : il comprend Pierre Kubel (producteur de cinéma), Paul Giegel (dirigeant de la société Capri-Loisirs) et Patrick Spielmann (dans les assurances), les anciens animateurs de « l’Association pour le renouveau du Racing » très active durant l’été et déjà récompensés à l’arrivée du couturier en septembre. Y figurent également Eddy Lacote, ami proche d’Hechter qui servit d’intermédiaire avec André Bord au printemps, l’agent immobilier Guy Mattern, ainsi que le professeur Cinqualbre, sommité dans le domaine de la chirurgie.

Au-delà de ce premier cercle d’entrepreneurs relativement jeunes et majoritairement locaux, Daniel Hechter ne désespère pas de convaincre d’autres personnalités d’intégrer son pool d’administrateurs – le ticket d’entrée étant fixé à 300.000 francs. Dans les DNA, il cite pêle-mêle Jean Wendling, ancien grand joueur et dirigeant du Coq sportif, les grands manitous de l’immobilier strasbourgeois Emile Stahl et Hubert Hausser, ainsi que le PDG de Strafor Henri Lachmann.

Les représentants de la Ville – l’adjoint aux sports Robert Grossmann, l’opposant Roland Ries et un UDF – ne changent pas. Elle demeure le principal bailleur de fonds du club, qui ne se prive pas de réclamer un soutien financier toujours plus important. Daniel Hechter a fait ses comptes : l’exercice 1986-87 se conclura sur un déficit global de 36 millions de francs, qu’il attribue volontiers à « l’héritage » d’une « gestion passée ». Rappelons que la somme était évaluée à 12 millions en fin de saison dernière et que l’équipe Willaume avait tablé sur une affluence moyenne de 10 000 spectateurs et une remontée en première division pour bâtir son budget.
L’homme fort du Racing ne manque pas d’égratigner au passage la gestion d’André Bord et défend sa « politique de gestion » – pour ne pas dire rigueur ou austérité. En témoignent les départs précipités de Walter Kelsch puis de Didier Six, deux joueurs expérimentés et donc bien payés. Peu avant l’ouverture d’une très longue trêve hivernale, Hechter lance un appel au public, conscient que ces trois mois sans recettes de billetterie endommageront sacrément la trésorerie du club. Les spectateurs sont donc invités à revenir sans faute en mars et les divers fournisseurs à patienter jusque-là pour exiger leur dû.

Encouragés par la manifestation du 27 novembre et les atermoiements du gouvernement, les étudiants et lycéens hostiles à la réforme de l’université présentée par Alain Devaquet rebattent le pavé le 4 décembre. Le climat s’alourdit à mesure que, par effet boule-de-neige, la présence de casseurs parmi les manifestants engendre celle toujours plus massive de la police. La situation, devenue incontrôlable, prend un tour tragique avec la mort de Malik Oussekine dans la nuit du 5 au 6. Dans la foulée, le natif de Raon-l’Etape présente sa démission, puis Jacques Chirac décide d’abandonner les projets de loi universitaire et sur les lycées.

Après le temps du recueillement, la politique pure reprend ses droits : la gauche réclame la démission de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, tandis que la frange la plus radicale de la majorité déplore que l’ardeur réformatrice du gouvernement Chirac soit déjà entamée. La tension est à peine retombée lorsqu’on apprend l’échec d’un attentat ciblant Alain Peyrefitte, malheureusement fatal à son chauffeur, revendiqué par Action directe. Académicien, éditorialiste au Figaro, essayiste, gaulliste atypique, le député-maire de Provins était surtout dernièrement l’auteur de la loi controversée Sécurité et libertés, adoptée peu avant l’alternance de 1981.
Confronté à une grève SNCF déclenchée juste avant Noël, Jacques Chirac attend 1987 avec impatience.

Entretemps, le Stade Malherbe de Caen, dauphin de Niort, s’est présenté à la Meinau pour le dernier match de championnat de l’année. On note un léger frémissement pour cette affiche disputée un dimanche après-midi devant 5 245 spectateurs. Comme à l’aller, Eric Pécout marqua contre son ancienne équipe, répondant à l’ouverture du score de Denis Schaer. Face à un prétendant à l’élite et ses éléments expérimentés – Bensoussan, Muslin, Pécout –, le Racing a fait mieux que se défendre.

Plutôt à l’aise à domicile depuis l’arrivée de Robert Herbin, Strasbourg l’est beaucoup moins loin de ses bases et redoute particulièrement son déplacement au stade Etienne-Mattler de Belfort le 21 décembre, à l’occasion du 8ème tour de Coupe de France. Face à un adversaire de D4, sur un terrain inégal, par endroits neigeux ou marécageux, le RCS s’impose de justesse (2-1) sur un doublé de Thierry Gudimard. Le prochain tour lui réserve début mars la réception de Sedan, club de D3.

En effet, les dirigeants du football français ont décidé d’instaurer une trêve hivernale, afin de se prémunir contre les aléas climatiques. Ces dernières saisons, le Racing a enchaîné les reports de match en janvier - février pour les mêmes prétextes : le gel, le froid ou la neige. Outre un chamboulement du calendrier, ces reports ont pu fragiliser le club financièrement, les hivers 1982 et 1985 détenant la palme avec trois matchs remis à la Meinau.
Pour occuper les aficionados désœuvrés, un tournoi de foot en salle verra le jour au Rhenus. Répondant au nom de « Foot indoor show », ce tournoi s’inspire de la pratique germanique et s’appuiera sur des clubs participants allemands, suisses et français.

Le Racing profitera de cette trêve pour souffler puis mettre l’accent sur le physique. Un stage sur la Côte d’Azur est programmé à la fin du mois de février. Mais les rumeurs envoyant Herbin de retour à Saint-Etienne en juillet contribuent à entretenir l’incertitude coutumière autour du club. Suite du feuilleton début mars…

Article réalisé à partir des archives des Dernières Nouvelles d'Alsace, consultables au musée historique de Haguenau.

kitl

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