Dans le rétro : mars 1989

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Par kitl
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A Mulhouse, Sélestat et, contre toute attente, à Strasbourg souffle un vent d’alternance municipale. Catherine Trautmann succède à Marcel Rudloff, un choix qui ne manquera pas d’implications pour le Racing… Sur le rectangle vert, Gérard Banide a pu, une fois n’est pas coutume, aligner trois fois le même onze de départ.

Si le premier dimanche de mars est rythmé par les tournages à Strasbourg des émissions dominicales du grand prêtre cathodique Jacques Martin et l’annonce d'un troisième macaron pour le Crocodile, les deux suivants seront plus officiels.

L’occasion de se replonger vers une campagne municipale décrite comme atone – tout juste apprend-on que la Ville de Strasbourg s’est équipée en panneaux électoraux métalliques, pour remplacer les vieux panneaux en bois – par une presse régionale finalement peu avisée dans ses pronostics. On s’attendait à une redite de 1983, lorsque la succession de Pierre Pflimlin s’était révélée plus aisée que prévu pour Marcel Rudloff, élu dès le premier tour. L’issue est toute autre en 1989 : la capitale alsacienne renoue avec sa petite tradition socialiste de l’entre-deux-guerres en portant à sa tête Catherine Trautmann, 38 ans. Une femme, assez jeune, protestante et rocardienne. Le contraste était pour le moins saisissant avec les barons – on n’oserait dire barbons – de la « majorité alsacienne ».

En attendant le retour du CF1, avec un déterminant Strasbourg - Nantes le 11 mars, le cahier sports des Dernières Nouvelles d’Alsace est mobilisé par les Coupes d’Europe, l’Equipe de France et même la deuxième division.
L’occasion d’un billet vachard de Jean-Pierre Meyer sur le commentaire vieillot du tandem Roland-Larqué sur TF1, au micro lors d’Ecosse-France, une semaine après avoir suivi le choc Mulhouse-Brest devant Canal+, ses caméras placées à des endroits moins insolites qu’il n’y paraît et son ton décontracté et néanmoins connaisseur.

Face aux Canaris, Banide enregistre le retour du capitaine Léonard Specht, affûté après avoir pris deux bons mois de repos. Le vieux soldat, dont les prestations de la fin 1988 trahissaient un net déclin, retrouve Gillot, libero débarrassé de ses soucis physiques. Sur les flancs, les jeunes Andrieux et José Cobos. Le milieu de terrain se veut créatif, avec Didaux et Mège, protégés par Vincent Cobos. Jeff Péron joue les électrons libres, en soutien du duo de puncheurs hirsutes Stainrod-Reichert.
De son côté, Blazevic se paie le luxe de laisser le champion du monde Burruchaga à Nantes, les onéreux Mo Johnston et Francky Vercauteren détiennent les deux tickets réservés aux étrangers.

Sur la lancée d’une seconde période spectaculaire, le Racing s’impose 2 à 0, deux buts de la tête, un par avant-centre. La bannière Schwarz-Rot-Gold et l’Union Jack fleurissent sur les grillages de la Meinau, le public peut pavoiser – 7.700 spectateurs face au cinquième.
Strasbourg recolle au classement, à égalité avec le Matra Racing et le SM Caen (28 points). Dix-neuvième, le Stade lavallois est toujours dans la course avec 26 points à la faveur de son succès devant Lens, d’ores et déjà relégué. Une lutte sans merci opposera ces quatre équipes : deux s’en tireront, une ira en barrage et la quatrième directement en deuxième division.

Même configuration quadripartite au second tour de l’élection municipale de Strasbourg. Rudloff a beau basculer en tête avec 31,01% des voix, son score est un coup de semonce pour la liste UDF-RPR. Le Parti socialiste le talonne avec 30,15%. Troisième force, le Front national du député Spieler (14,49%), qui maintient sa liste, à l’instar des Verts (12,76%). Rudloff et Trautmann auront chacun un caillou dans la chaussure au second tour.
André Bord constate que son pouvoir de nuisance a un peu fléchi et doit se contenter de 5%. Suivent le dissident CDS Stourm et l’attelage PCF-MRG cornaqué par Francis Wurtz.

Une légende savamment entretenue fit de l’opposition entre le VAL, projet de métro porté par la majorité sortante, et l’alternative du tramway défendue par la gauche l’alpha et l’oméga de l’élection de 1989. La question prend véritablement de l’épaisseur durant l’entre-deux-tours, à mesure que l’équipe Rudloff semble moins tenir à cette infrastructure que l’on pensait pourtant sur les rails. De fait, une semaine de débats fébriles ne saurait faire de cet enjeu relativement périphérique l’explication majeure de l’alternance… Catherine Trautmann, pourtant battue moins d’un an auparavant aux législatives, bénéficia essentiellement de l’usure et de l’emploi du temps démoniaque de son adversaire, maire, président de la CUS et du Conseil régional mais également sénateur.

La vague rose emporte également Sélestat, avec Gilbert Estève, et Mulhouse, ville à l’héritage socialiste plus enraciné qu’à Strasbourg, bien qu’un mouvement pendulaire récurrent fasse souvent basculer les édiles et les majorités de la gauche vers la droite en cours de mandat.
A présent, les états-majors partisans peuvent se préparer à l’appel des prochaines élections européennes, prévues le 18 juin prochain.

L’implantation de Canal+ dans le football soulève un certain nombre d’interrogations au sein de la presse écrite. Notamment ce chef d’œuvre que ne renieraient pas les footballeurs adeptes des phrases clichés ânonnées au micro : « Est-ce qu’évoluer devant les caméras de télévision changera votre approche du match ? ». On imagine l’air interrogatif de Specht et Didaux, qui se perdront en banalités. Mais qu’importe. La quatrième chaîne a choisi de miser sur le derby de l’Est entre Metz et Strasbourg. Profitons de l’occasion pour envoyer un appel à l’exhumation de vieilles cassettes vidéo contenant un enregistrement du match…

La rencontre n’est pas formidable, mais le RCS a le bon goût de virer en tête à la pause, sur un penalty de Mège obtenu par « le remuant » Simon Stainrod. Parenthèse : Pita vient de reprendre avec l’équipe réserve. En attendant, l’Anglais galope de plus belle.
Hélas, la furia locale fait céder les Alsaciens en fin de match, battus sur un solo de Carmelo Micciche à la 81ème (1-1). Encore des points échappés en fin de match après avoir subi de longues minutes, triste running gag de la saison.

Scène insolite en Coupe d’Europe des Clubs champions : l’UEFA contraint Galatasaray à accueillir Monaco sur terrain neutre… à Cologne. Au tour précédent, à la grande fureur de Gilbert Gress, le Neuchâtel Xamax avait subi la foudre des champions de Turquie, mais surtout une pression folle de la part de leurs bouillants supporters, grands artisans d’une formidable remontatatürk (0-3 ; 5-0) – l’arbitrage permissif de Joël Quiniou avait achevé d’ulcérer le technicien.
Son compatriote Arsène Wenger est à son tour le dindon de la farce : le stade est rempli de Gastarbeiter et les Turcs se qualifient. Même le Premier ministre turc a fait le déplacement. Afin de se prémunir contre l’établissement des citoyens turcs en Allemagne parallèlement à cette transhumance, la police allemande a préparé un questionnaire sur les joueurs de Galatasaray à faire passer aux demandeurs de visas. On n’est jamais trop prudent…

On retrouve les Monégasques et la révélation Weah à la Meinau le 25 mars. Le Racing est d’entrée plombé par une étourderie de Gillot, qui oublie de « remonter » et laisse le jeune Libérien filer au but, libre de tout marquage. Il est ensuite récompensé d’un penalty, sur une petite Schwalbe de Reichert, qui a bien amplifié son plongeon. Hélas, Fabrice Mège bute sur un Ettori de gala. Le héros malheureux de Séville 82 s’emploie avant que ce bon vieux Tony Kurbos ne vienne poignarder le RCS. Le retourné de Péron demeurera insuffisant (1-2). Revoici les Ciels et Blancs barragistes, avant un match à six points de tous les dangers à Caen.

On a mesuré 26°C à la station météo d’Entzheim le 28 mars, mais rue de l’Extenwoerth, on ne craint pas la surchauffe. Le Publikumsliebling Peter Reichert a rempilé pour trois saisons, et Vincent Cobos pour deux. La rumeur envoie surtout le capitaine du Bayer Leverkusen, Wolfgang Rolff, au Racing la saison prochaine. Daniel Hechter serait prêt à débourser 2,2 millions de DM pour s’attacher les services du fameux aboyeur à l’immuable coupe mulet.
Le passage imminent de deux à trois étrangers pourrait également inciter le monument Karlheinz Förster à revenir à proximité de son Neckar natal. Plus réaliste, le transfert du jeune Dunkerquois Nicolas Huysman serait bouclé.

Destiné à mettre plusieurs fers au feu pour garantir la pérennité du RC Strasbourg, Hechter accueille avec gourmandise la décision du groupe Matra de se retirer du football en fin de saison, après un investissement de 300 millions de francs. S’il n’est pas relégué sportivement, l’ex-futur fleuron du football français risque de ne pas passer la barrière financièrement parlant.

Article réalisé à partir des archives des Dernières Nouvelles d'Alsace, consultables à la médiathèque André Malraux ou au Musée historique de Haguenau.

kitl

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