Disparition de Wolfgang Kaniber

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Par kitl
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Wolfgang Kaniber.png

Il aura marqué une génération, en dépit de la brièveté de son passage au Racing (1969-1971). Wolfgang Kaniber s'est éteint la semaine dernière à l'âge de 81 ans.

Il était de ces rencontres en marge d'un match de football, en bord de main courante ou depuis le zinc d'un troquet d'où l'on zieutait le petit écran. Au milieu d'une galerie de personnages truculents, entre deux digressions sur la longueur du terrain de Laubach, avec plusieurs picon bières au compteur, ce soir-là, il y eut un instant de grâce.

Minuit approchait. Alors qu'on lui demandait le joueur qu'il a préféré au Racing, Gérard s'exprima autrement qu'en ses borborygmes habituels et lâcha : « Kaniber ! »

Près de cinquante ans après ses furtifs exploits strasbourgeois, l'avant-centre allemand continuait de trôner en tête des souvenirs des baby-boomers, ceux à qui on a défendu de monter à Paris pour la finale de Coupe de France 1966 et qui étaient parfois appelés en 1979 à leurs devoirs conjugaux et/ou paternels.
Racingstub.com compte également un @kaniber68 qui prendra peut-être sa plus belle plume, une fois de plus.

A son arrivée en 1969, Wolfgang Kaniber impressionne par sa carrure (1m86 pour 86 kg) et la puissance de sa frappe. Il forme un tandem germanique avec le milieu de terrain Dieter Schurr, recruté lui aussi en Regionalliga, le deuxième niveau allemand. le président Alfred Wenger croit en la capacité d'entraînement de ses Allemands, capables de drainer un nombreux public.
Aussi brun que Gerd Müller mais bien plus athlétique, Kaniber est un buteur relativement obscur, il vient d'échouer en barrages d'accession en Bundesliga avec le VfL Osnabrück, pourtant le pari de Wenger marchera à plein.

Le RC Strasbourg de Paul Frantz achève la saison 1969/70 en cinquième position. Il compte la troisième attaque du championnat, puisqu'aux 19 réalisations de Kaniber s'ajoutent les 20 buts de Philippe Piat (dont 13 penalties) et les 17 buts du jeune Marc Molitor. Le Robertsauvien a d'ailleurs intégré l'Equipe de France en compagnie de Jean-Noël Huck.
En outre, avec une affluence moyenne frôlant les 14.000 spectateurs, la Meinau est le deuxième public de France, derrière Marseille.

Tout va pour le mieux, surtout que les meilleurs éléments de l'effectif sont conservés, les deux Allemands et les deux internationaux français.
Oh, on a bien laissé partir Philippe Piat, le souffre-douleur du public, en se disant qu'un autre que lui saura transformer les penalties. Les défenseurs Lopez et Burcklé ont fait leur valise, mais les jeunes Pierrots sauront les remplacer.

L'été 1970 marque en effet la naissance du RPSM, alliage bâtard entre un club professionnel de référence mais à la santé financière fragile et un club amateur réputé. On ne fera qu'additionner les "plus" pour porter à nouveau Strasbourg en Coupe d'Europe.

Evidemment rien ne se passe comme prévu. Hormis André Burkhard, aucun protégé de Stahl ne franchit le gué du professionnalisme. L'attelage technique Frantz-Mateo ne fonctionne pas, l'un supplante l'autre avant que l'on appelle un troisième larron, le Hongrois Czaknady, qui ne fera pas mieux. Surtout Kaniber peine à retrouver l'efficacité de sa première saison. Il n'inscrit que 6 buts en 20 matchs, connaît quelques pépins physiques et disparaît de l'équipe en fin de saison. Le RPSM, sujet à des trous d'airs défensifs, vient d'engager un troisième joueur étranger, le meneur de jeu yougoslave Ivica Osim...

Strasbourg relégué, Wolfgang Kaniber rejoint le Heimat. Il s'établit à Rüsselsheim où l'attend un contrat de footballeur et un poste à la compta du gros employeur local, Opel. C'est dans cette région entre Rhin et Main, plus précisément à Büttelborn, qu'il s'installe, et le jumelage entre cette commune et le village de Hoerdt, capitale de l'asperge, lui permettra en mars 2017 d'assister à une rencontre au stade de la Meinau.

Ce jour-là le RCS disposait de Brest par 4 buts à 1. La Meinau n'avait plus sa piste d'athlé ni ses gradins. Mais le public, celui qui venait vibrer grâce aux frappes canon de Kaniber, à moins que ce ne soient ses petits-enfants, ce public avait fini par redevenir fidèle au Racing.

kitl

Commentaires (5)

Flux RSS 5 messages · 1.958 lectures · Premier message par clutch · Dernier message par Lafoudre2

  • Merci pour cet article !
    Ce qui est incroyable c'est l'image qu'il a laissé alors qu'il n'a réalisé qu'une seule bonne saison.
    Mais pour l'avoir vu une fois à la Meinau, j'avais l'impression qu'on avait Superman tellement il paraissait puissant comparé aux autres.
    Cela dit je voyais cela avec des yeux d'enfant
  • Bel article et bel hommage !
    Il n'y a rien à dire de plus, je pense.
    Sinon que le Racing a toujours su révéler des talents qui s'ignoraient.
    Et qu'Ivica Osim, c'était quelqu'un aussi !
    Quant au RPSM, il symbolise assez bien, jusque dans sa dénomination, les luttes de pouvoir, les égos, les compromis mal ficelés qui ont toujours animé le Racing dans le passé, même assez récent. Bref, tout ce qu'on ne veut plus voir.

    ALLEZ RACING !!! ;)
  • Il a (avait :( ) aussi un nom qui marque les esprits, aussi puissant que son jeu, aussi tranchant que son passage au Racing. Bel article !
  • Un bel hommage à Wolfgang Kaniber the Bomber
    Une seule belle saison mais quelle belle saison avec les Piat, Molitor et Huck
    Souvenirs souvenirs....avec les gradins et un certain gratin du Racing de l'epoque
  • Je ne l'ai jamais vu jouer mais je l'avais dans mes vignettes Panini quand j'étais môme. Je ne collais pas les vignettes mais je faisais des matchs de foot avec sur la table de la salle à manger , la balle c'était une petite boulette de papier d'alu et les buts des livres de poche.
    Kaniber joue arrière central dans mon équipe de vignette ou il il y avait Johnny Schuth dans les buts et une attaque avec Huck Molitor et Grava. Que de souvenirs qui réapparaissent avec cet article
    Du coup ça disparation me touche comme si c'était encore un nouveau pan de ma jeunesse qui partait.

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