Capitaines ad hoc

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Par kitl
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L'emblématique capitaine René Hauss soulevant la Coupe de France 66

Relais de l’entraîneur, ambassadeur du club sur le terrain et en dehors, le capitaine a acquis une fonction centrale au gré de l’évolution du football. Les statistiques concernant le Racing Club de Strasbourg étant à présent complètes depuis 1952 (date de création des Dernières Nouvelles du Lundi, avec leur riche contenu sportif), c’est l’occasion de dresser une petite typologie…

Cet été, en consultant la passionnante et, hélas, méconnue page de statistiques consacrée aux capitaines du Racing, le lecteur ne pouvait décemment y trouver son compte. Seuls les saisons les plus récentes étaient répertoriées – les fiches de matchs publiées par la Ligue de Football Professionnel ne renseignent les capitaines qu’à partir de la saison 1998-1999 et sont, de toute manière, très rapidement lacunaires si l’on remonte dans le temps. Cela donnait un podium respectable mais largement incomplet : Corentin Martins, avec 103 capitanats, devançait Ernest Seka et Guillaume Lacour (respectivement 94 et 92).
Milovan Sikimic figurait en bonne place avec 52 brassards de capitaine lors des deux premières saisons de National. A noter que les deux saisons de CFA/CFA 2 ne sont pas comptabilisées, ce qui prive le glabre Serbe (quasi-contrepèterie) de 16 unités, tandis que Ludovic Golliard en compte 48 au total.

Où étaient les iconiques Heisserer, Haan et Hauss ? Les incontournables Duguépéroux et autre Pouliquen ? Pas vraiment dans les oubliettes de l’Histoire, mais c’était tout comme. Ils comptaient quelques unités, repérées sur des photos illustrant un match très clairement identifié, comme ce Strasbourg - Lyon de 1951, l’un des premiers disputés dans une Meinau rénovée. Edmond Haan y retrouvait son homologue lyonnais Fritz Woehl, qui n’est autre que son ancien coéquipier.

Méthodologie


Les anciennes vidéos centralisées sur le Stub furent également d’une précieuse aide, pour au moins donner une tendance. En scrutant attentivement, on distinguait là ce brassard blanc accroché au bras gauche de Dropsy ou celui rouge-blanc-rouge que portaient Leboeuf ou Baticle.
Il convenait également de se référer à ce topic animé par de prestigieux Founding Fathers.

Toutefois, il était impératif de se rendre à la source des sources pour garantir une certaine exhaustivité – allez, sur 99,4% des matchs depuis 1952. C’est principalement en consultant les Dernières Nouvelles d’Alsace sur cinq décennies que ces statistiques ont pu être constituées.
On se rend compte de l’évolution des pratiques journalistiques et même des usages. Ainsi le fameux brassard de capitaine n’apparaît au Racing qu’en 1958, au bras de Stéphane Brzezniak. Pratique reprise de la récente Coupe du monde en Suède ? Même pas, puisque ce bon Bobby Moore n’en porte pas en 1966. Il faut attendre 1970 pour voir les premiers brassards, et encore : Carlos Alberto n’en porte pas, au contraire de Facchetti. Par la suite, le brassard sera indissociable des triomphes de Beckenbauer, Passarella, Zoff, Maradona...Pour une fois, le rendez-vous planétaire s’est donc retrouvé à la remorque du football de club.

Autre curiosité, on ignore de quelle période date ce petit (cap.) glissé sur les fiches de matchs. Toujours est-il qu’il figure déjà adossé au nom de Segundo Pascual dans un compte-rendu rédigé par le correspondant nancéien des DNA en 1948 (!). Il attendra le début du XXIè siècle pour être généralisé, ce qui compliqua quelque peu nos affaires.
Reste la lecture attentive des articles, ceux qui relatent la partie et ceux qui l’annonçaient. Certains journalistes furent plus coopératifs que d’autres. Ainsi, Paul Fischer (années 1950) prenait un soin minutieux à relater le toss entre les deux capitaines, puis le choix du vent dans le dos ou du soleil dans les yeux de l’adversaire. Un gain de temps précieux, à l’heure où le capitaine est davantage un primus inter pares qu’une fonction véritablement identifiée.
Jean-Pierre Meyer, au style volontiers ampoulé, passa par tous les états en suivant le Racing des années 1970 à 1990. Il développa quelques formules particulièrement utiles – « les coéquipiers de Carsten Nielsen », « Vincent Cobos et ses hommes » – qui seront reprises par certains héritiers. Pratique également pour identifier les capitaines adverses…

Venons-en au fond du sujet. L’analyse des capitaines strasbourgeois depuis soixante-dix ans permet de distinguer trois principales catégories de capitaines : les patrons, leaders techniques ou autorités naturelles ; les fidèles, récompensés pour leur ancienneté ; enfin les porteurs d’eau, joueurs pas forcément les plus doués mais exemplaires.
Evidemment, un leader technique et un "joueur de club" peuvent avoir été fidèles. En revanche, on est rarement porteur d’eau et patron technique en même temps. Reste que cette catégorisation est essentiellement d’ordre "technique".

Avant de débuter, il convient de glisser un mot à propos des capitaines ancestraux identifiés du Racing : Albert Freyermuth, capitaine lors de la saison 1933-1934, la première chez les professionnels ; son successeur Frédéric Keller, premier capitaine en première division ; Lucien Halter, capitaine lors de la finale de Coupe de France 1937 ; le grandissime Oscar Heisserer, capitaine à la fois du RCS et de l’Equipe de France au moment de sa seconde carrière, après la guerre ; enfin Michel Wawrzyniak, le premier à soulever un trophée, la Coupe de France 1951.

Les patrons


C’est en homme fourbu mais au prestige incomparable qu’Oscar Heisserer débute la saison de la Libération, en août 1945. Son histoire personnelle, maintes fois contée, épouse celle de l’Alsace : il devient l’ambassadeur naturel du Racing jusqu’en 1948, lorsque ses dernières forces finiront par l’abandonner.
La saison 1946-1947 tient du chef d’œuvre inachevé : Strasbourg termine troisième du championnat et finaliste de la Coupe de France. Autour du cornac de Schirrhein, on retrouve d’anciens incorporés de force comme Lang ou Lergenmuller, les Lorrains Braun et Rolland, ou encore les réfugiés espagnols Mateo, Pascual et Gomez, autant de vies cabossées. Le nombre exact de capitanats d’Oscar Heisserer demeure délicat à déterminer, mais il devrait avoisiner la centaine.

Il a également connu, tout jeune, l’ère de la reconstruction. Grand disparu de l’année 2018, Edmond Haan fut intronisé capitaine dans la foulée de la victoire en Coupe de France 1951. Il s’agissait de récompenser un élément de valeur, international français au poste d’ailier gauche. Sujet à de nombreuses blessures que son jeu à risques – il fut un excellent joueur de tête – lui procurait, Haan fut le capitaine du Racing entre 1952 et 1954, avant de prendre du recul. Il alla même jusqu’à prendre un statut amateur la trentaine arrivée.
Toutefois, la thématique du retour d’Edmond Haan tint lieu de running gag à la fin de la décennie. Il incarna la valeur refuge, sur laquelle bon nombre d’entraîneurs battirent leur équipe, suivant ainsi les préceptes d’Antoine Pinay. Reconverti demi aile puis défenseur central, Haan fut nommé capitaine d’un groupe très inexpérimenté, en début de saison 1959-1960. Il sortit de ses gonds lors de la déroute historique de Limoges (8-0) et rendit définitivement ses galons. Ce qui ne l’empêcha pas de sortir une dernière fois de sa retraite, l’année suivante en Division 2, pour encadrer une marmaille promise à un bel avenir…

Haan participa à la phase aller, sans revêtir le brassard (qui existe depuis peu, rappelez-vous). Un capitaine naturel venait en effet de débarquer en Alsace : Robert Jonquet était l’emblématique capitaine du Stade de Reims, puis, à la suite du mythique Roger Marche, de la sélection nationale. Bob Jonquet conservera le brassard jusqu’à ce qu’il soit appelé à la tête de l’équipe en décembre 1961, en remplacement d’Emile Veinante. L’une de ses premières décisions sera d’acter le retour en grâce de René Hauss, capitaine si l’en est.

Devenu à son tour entraîneur en cours de saison 1966-1967, René Hauss choisira deux techniciens argentins pour lui succéder. D’abord José Farias, puis Ramon Muller.
Durant les années RPSM, on fit également appel au joueur le plus doué avec ses pieds pour commander l’équipe. Les "étrangers" Ivica Osim et Giora Spiegel, mais également les enfants prodigues Gérard Hausser et Gilbert Gress, qui cochent naturellement toutes les cases. Ils sont Strasbourgeois, ont une certaine ancienneté au club, fût-ce en deux époques, et c’est essentiellement d’eux que partent les actions dangereuses. Témoignage de l’instabilité du club, aucun de ces quatre joueurs de talent ne franchit la saison et demie de capitanat.

Il faut attendre 1984 et le départ de Dominique Dropsy – capitaine depuis 1980 et déjà intérimaire par le passé – pour que le brassard revienne au meilleur joueur de champ de l’équipe. Francis Piasecki a bien relayé le gardien durant sa blessure en mars-avril 1982, mais le Mosellan semble peu goûter la fonction. C’est donc Carsten Nielsen que choisit Sundermann, choix logique si l’on s’en tient à la proximité linguistique entre les deux hommes.
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Dominique Dropsy avec le brassard en 1980

Nouveau saut dans le temps jusqu’aux années 1990 : aux portes de l’Equipe de France, Frank Leboeuf s’affiche comme la plaque tournante du système Gress depuis son poste de libero, mais c’est toutefois Jeandupeux puis Duguépéroux qui en feront leur capitaine. Plus fruste techniquement, Teddy Bertin partage avec son prédécesseur sa frappe de balle et son adresse sur coup-francs et penalties. A noter que les deux liberos furent chacun meilleurs buteurs du RCS en championnat.
Quelques déclarations tapageuses – dans la presse pour Leboeuf, à l’encontre de supporters pour Bertin – coûteront à l’un et à l’autre leur brassard de capitaine. A rapprocher du sort de Grégory Paisley en 2009, qui lui n’était ni leader, ni fidèle, et encore moins impliqué dans le collectif.

Gérald Baticle enchaîna 65 capitanats consécutifs en Division 1, sans compter le triomphe en Coupe de la Ligue 1997 ou le parcours européen qui suivit. Attaquant replacé en soutien du duo Nouma-Zitelli, il s’est érigé comme le maître à jouer du Racing au cours de la transition Weller-McCormack. Première (et unique ?) vedette de la nouvelle ère, Corentin Martins récupéra le brassard au départ de Baticle. Un rôle qu’il avait déjà tenu à Auxerre. Le numéro 10 fut rapidement pris en grippe par le tandem infernal Mankowski-Le Roy : il est destitué en janvier 1999 au profit de Bertin, puis expédié en prêt à Bordeaux au mois d’août, où il vivra une pénible saison. Le Finistérien profita ensuite de la disgrâce du libero et sera le capitaine en chef sous Pouliquen, Hasek en D2 et au début de la période Kombouaré. En dépit d’une certaine discontinuité, il cumule un peu plus de 100 mentions entre août 1998 et mai 2004.

Au XXIè siècle, le recours au meilleur joueur se raréfie, le dernier en date étant certainement Mickäel Pagis. Parmi les meilleurs buteurs du championnat, il supplante Cédric Kanté au début du mois de février 2005. L’expérience débute en fanfare mais tournera court : le Racing se qualifie pour la finale de la Coupe de la Ligue, Pagis inscrit un triplé contre Caen puis se blesse à la cheville face au Paris-SG.
Jacky Duguépéroux reconduira l’expérience à l’intersaison, dans une optique de responsabilisation. Ce choix n’aura finalement pas l’effet escompté : démotivé, Pagis quitte le club en janvier, après avoir été relayé par Devaux et Lacour. C’est Yves Deroff qui bouclera la saison muni du brassard.
Depuis, la part belle a été donnée à des joueurs défensifs, certains, à l’image d’Ernest Seka, s’étant érigés comme d’authentiques meneurs d’hommes.

Les fidèles


Fidèle parmi les fidèles, René Hauss mena son équipe pour la première fois en mars 1954 à Reims, en absence de Sesia et Haan, et la dernière fois…treize ans plus tard à Sochaux, quelques jours jours avant d'endosser le training d'entraîneur. Cette exceptionnelle longévité lui permit de compiler 262 capitanats en 519 rencontres de championnat : Hauss était donc le capitaine du Racing lors de 50% de ses matchs. La carrière de l’arrière droit ne fut cependant pas un long fleuve tranquille : fracture du péroné et de la malléole en 1953 (six mois d’indisponibilité) ; désigné capitaine en octobre 1956 puis destitué sans raison en août 1958 ; mis à l’écart par Veinante en début de saison 1961-1962, avant un retour en grâce définitif à l’arrivée de Robert Jonquet, pour six saisons avec le brassard, qu’il n’abandonna que pour souffler lorsque les cadences s’accéléraient.
Hauss fut le capitaine des premières épopées strasbourgeoises en Coupe d'Europe. À ce titre, il joua un rôle majeur comme responsable du toss : la règle du but marqué à l'extérieur n'existant pas encore, il fallait passer par un match d'appui en cas d'égalité sur les deux manches. Si ce match d'appui se soldait par une nouvelle égalité, les deux équipes étaient départagées par un tirage au sort, à la pièce ! Optant pour "face" sous les conseils de Paul Frantz, le doyen eut le destin de son côté en 1965 face au FC Barcelone en 1/8e de finale de Coupe des Villes de foire, mais pas à San Siro la saison suivante. Pas épargné par la critique en son temps, comme son compère Edmond Haan d’ailleurs, René Hauss fait incontestablement office de capitaine honoraire du Racing.

Au printemps 1968, l’intronisation de Roland Merschel, l’un des derniers rescapés parmi les vainqueurs de Coupe de France 1966, répondait également à une forme de logique. Merschel fut désigné tireur de penalty – charge assumée en son temps par Hauss – et de tous les coups de pied arrêtés par Paul Frantz. Johnny Schuth succéda au blond milieu de terrain en 1969. Voir un gardien capitaine ne manquait pas de susciter la stupéfaction chez Freddy Koenig, l’envoyé spécial des DNA…
Raymond Kaelbel, d’abord comme étoile montante qui n’allait pas tarder à briller ailleurs, puis dans un rôle de vieux sage, compte également parmi les plus fidèles. Il fut nommé capitaine en 1955-1956 avant de partir pour la Principauté. A son retour, il fut une sorte d’intérimaire en l’absence de Hauss ou Merschel.

Enfin, Rémy Vogel vit son ancienneté récompensée en 1985. Capitaine d’un bateau ivre, il n’échappa pas à son tour à une courte disgrâce, à l’arrivée de Daniel Hechter.
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Rémy Vogel avec le brassard en 1985

Les porteurs d’eau


Sous ce vocable qui n’a rien de dépréciatif – l’italien issu du cyclisme gregario est déjà plus péjoratif – se cachent les joueurs habitués à « mouiller le maillot », attachés à la cohésion du vestiaire, pouvant servir de relais à l’entraîneur et parfois même déjà entraîneurs dans l’âme. Si Didier Deschamps n’a foulé qu’à trois reprises la pelouse de la Meinau, il personnifie plus que quiconque le porteur d’eau du football français.

Dans la lignée d’un René Hauss, on retrouve Jacky Duguépéroux, capitaine de 1976 à 1979. Joueur mettant son ego de côté pour occuper divers postes – arrière gauche, libero ou milieu défensif – il cultivera cet attachement au Racing durant de longues années, même si le club lui a peu rendu en retour.
Une fois la flamme des soldats connus de 1979 éteinte, c’est à Vincent Cobos qu’échut le brassard. Malgré son jeune âge, l’ainé des frangins était le plus ancien au club à la fin des années 1980. Il prit la suite de Léonard Specht, s’effaça derrière Wolfgang Rolff, Wasserträger de luxe pour la D2 avant de retrouver sa place en 1990-1991. A la fin de son bail, Vincent Cobos s’attira les foudres du public : il fut ainsi sifflé à sa sortie du terrain lors d’un Strasbourg-Istres, dernier match avant les barrages, quelques minutes après qu’un certain Serge Jenner ait subi le même sort.

Il a lui aussi occupé plusieurs postes durant sa carrière. Yvon Pouliquen était le capitaine du RCS au cours des barrages homériques de 1992. L’ancien Brestois et Lavallois avait supplanté en cours de saison Didier Monczuk, pour qui le brassard se révéla être un cadeau empoisonné. Agressé par le Lyonnais Péan, il manqua une large partie de la saison du retour avant d’effectuer un exercice 1993-1994 plein (68 minutes manquées). Après un intermède Leboeuf, Pouliquen mènera au propre comme au figuré le Racing en finale de la Coupe de France 1995.

Dévoué, valeureux, fidèle au point d’intégrer le cercle des dix joueurs comptant le plus de matchs sous le maillot frappé de la cathédrale, Guillaume Lacour réalise en quelque sorte la synthèse d’un capitaine du Racing. Baladé à tous les postes, artisan des montées ou des relégations, il ne connut au final qu’une saison complète de capitanat : la pire de toutes (2009-2010). Avant cela, il relaya Pagis, puis vit Abdessadki et Rodrigo lui passer devant, et récupéra enfin un brassard malmené par Paisley. Lacour n’était l’idole de personne, ce qui ne l’empêcha pas de susciter le respect chez les derniers supporters témoins d’une bien sombre période.

Bilan


Quelques tendances peuvent être dégagées d’une analyse saison par saison. A propos, connaissez-vous cette page monumentale ? On a également mis au jour les passes décisives…

Parmi ces capitaines, un certain nombre est devenu par la suite entraîneur du Racing. Certains à titre intérimaire, pour rendre service ou pallier l’indisponibilité de l’entraîneur en chef : Pascual succèda à Nicolas en avril 1952 alors que le Racing était condamné ; Haan remplaça Faczinek pour un match en mai 1958 ; Kaelbel, responsable de la réserve, remplaça de temps à autres Frantz retenu par ses obligations professionnelles ; Gemmrich fit la jointure entre Banide et Specht fin août 1989.
D’autres ont troqué directement le brassard pour le banc (Jonquet et Hauss). Humpal fut entraîneur-joueur et même capitaine intérimaire en 1952-1953 en Division 2. Pour le reste, on pense évidemment à Heisserer, Gress, Piasecki, Specht, Duguépéroux et Pouliquen, ce qui fait un sacré nombre de matchs dirigés !

Club très friand des retours, le Racing eut recours au brassard de capitaine pour témoigner de l’attachement à ses joueurs. Pour les retenir, souvent sans succès – Kaelbel, Molitor, Pagis, Paisley (rayez la mention inutile) – ou pour les faire revenir. On l’a vu, Heisserer faisait figure de capitaine naturel en 1945. Les frères siamois du Schluthfeld Gilbert Hausser et Gérard Gress furent tour à tour capitaines du RPSM à leur retour. Bien que congédié sans ménagement en 1972, alors qu’il était capitaine, Ivica Osim fit son retour en 1976 et accepta de porter le brassard en l’absence de Duguépéroux. Enfin, Specht en 1987 puis Ismaël en 2002 virent leur comeback assorti du rang de capitaine.

D’autre part, comment ne pas mentionner ce qui fit longtemps le sel du Racing, cette instabilité, ces changements de pied réguliers ? Le capitaine servit parfois de fusible – il y a moins d’indemnités à verser à un capitaine déchu qu’à un entraîneur limogé, voire pas du tout. A défaut de changer d’entraîneur, on change de capitaine, pour insuffler une nouvelle dynamique (exemples non exhaustifs : Muller/Merschel, Vogel/Six, Monczuk/Pouliquen, Raschke/Baticle, Martins/Bertin puis Bertin/Martins, Golliard/Sikimic…). Le cas d’un nouvel entraîneur changeant de capitaine pour matérialiser une rupture semble plus rare : ce fut le cas de Jeandupeux, qui dessaisit Pouliquen au profit de Leboeuf.
Bizarrerie historique, la saison qui vit le Racing utiliser le plus de capitaines fut une saison de calme plat – 1953-1954, avec Baillot, Carré, Krug, Haan et Hauss, avant que Sesia n’emporte le morceau pour mettre fin à ce capitanat tournant. Mais à cette époque, la symbolique du capitaine était moindre. Plus logique, le club consomma cinq capitaines en 1986-1987, 1988-1989 et 2005-2006, des saisons plus qu’agitées.

Autre découverte, qui n’en est pas vraiment une : parmi les dix joueurs les plus utilisés en championnat, neuf d’entre eux ont revêtu le brassard de capitaine. Seul René Deutschmann ne fait pas partie du cercle, une étrangeté eu égard à ses quinze saisons au club. Pour mémoire, voici le top 10 : Hauss, Dropsy, Specht, Deutschmann, Haan, Piasecki, Hausser, Kaelbel, J.Schuth, Lacour.

Cela nous conduit tout droit à une dernière remarque. Ces dix joueurs ont chacun remporté un titre avec le Racing Club de Strasbourg. Sans remonter jusqu’à la Coupe de France 1951, dont les glorieux Haan et Hauss garantirent longtemps le souvenir, il apparaît que les acteurs des deux trophées suivants ont imprimé durant de longues saisons le quotidien du club.
Ainsi parmi les vainqueurs de la Coupe de France 1966, une demi-douzaine est devenue capitaine, à la suite de René Hauss : Raymond Kaelbel – qui l’avait déjà été –, José Farias, Roland Merschel, Johnny Schuth, Gérard Hausser puis Gilbert Gress. Même combat pour les champions de France 1979 : Jacky Duguépéroux, Jacky Novi, Dominique Dropsy, Francis Piasecki, Rémy Vogel et Léonard Specht.

Ces deux trajectoires attestent du prestige des anciens de 66 et de 79, qui surent combler la région comme rarement et cacheter une marque indélébile sur le Racing, au risque que ce dernier ne se dessine un avenir uniquement en contemplant son passé glorieux.

ANNEXE
Le top 10 des capitaines du Racing en championnat (1951-2018)
R.HAUSS262
D.DROPSY156
C.MARTINS103
Y.POULIQUEN97
E.HAAN94
E.SEKA94
G.LACOUR92
J.DUGUÉPÉROUX89
J.SCHUTH68
G.BATICLE65
T.BERTIN65
Deux saisons pleines suffisent pour intégrer ce classement.

kitl

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